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Politique intérieure – Sérénité et détermination

Politique intérieure – Sérénité et détermination

Conjointement à la sécurité, nous a confirmé le président burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, la question sociale constitue l’autre volet prioritaire de son gouvernement.

C’est un secret de polichinelle : le président Roch Marc Christian Kaboré sera candidat à sa propre succession à la présidentielle du 22 novembre 2020. Ainsi, dans l’entretien exclusif qu’il a accordé à Économies Africaines et où il défend son bilan et la portée des actions de son gouvernement, deux mots résument sa position et son état d’esprit : détermination et sérénité. Quand on l’interroge sur les enjeux de cette présidentielle couplée à des législatives, il répond que pour le moment, c’est le combat contre l’insécurité qui est « le plus important ». Il précise aussi que, malgré la tension sur le front avec des groupes terroristes, le calendrier électoral doit être respecté. On aura compris que la seule idée d’un report donnerait du crédit aux groupes armés qui s’en prennent à son pays. Car souvenons-nous : au lendemain de son élection, un groupe terroriste sévissait sur le boulevard Kwame Nkrumah, l’artère commerçante de la capitale. Depuis lors, à l’instar du Mali et du Niger, le Burkina Faso connaît ce que le président du Faso appelle des « attentats et attaques terroristes répétés ». Le chef de l’État sait que la situation sécuritaire burkinabè s’est considérablement dégradée. Dès 2018, par la voix de son Premier ministre de l’époque Paul Kaba Thiéba, l’exécutif burkinabè avait clairement indiqué que le pays était « victime d’une tentative de déstabilisation », sans désigner nommément qui était derrière. C’est en raison de cette situation critique que le président Kaboré reprend son leitmotiv sur la nécessité d’une « union sacrée ». Selon lui, cet appel concerne et interpelle tout le monde « sans distinction d’origine, d’ethnie, de convictions politiques ou religieuses. Nous devons tous contribuer à la lutter contre le terrorisme », ajoutant qu’au-delà de cet appel au rassemblement, une loi visant à instituer les Volontaires pour la défense de la Patrie (VDP) a été adoptée à l’unanimité par le Parlement le 21 janvier 2020. On le voit, les députés burkinabè, dépassant leurs clivages et autres considérations politiques, ont compris
la nécessité de faire front commun et d’aller en rangs serrés contre les groupes terroristes en votant cette loi sur les VDP, qui n’a fait l’objet d’aucune abstention. Rappelons que c’est à la suite de l’onde de choc qui s’est propagée dans le pays après l’embuscade tendue le 6 novembre 2019 par des terroristes à un convoi de transport minier à Boungou, dans l’est du pays, que le chef de l’État a proposé de faire appel à des VDP.

Dans une allocution télévisée sur la chaîne nationale, le président Kaboré, en plus d’instituer un deuil national de trois jours, annonçait le recrutement de volontaires pour contribuer à la lutte contre le terrorisme, estimant que pour défendre « les intérêts supérieurs de la nation » menacés par le terrorisme, il fallait la « mobilisation générale » des citoyens. Concrètement, ces VDP doivent être âgés de 18 ans au moins et seront formés par des experts militaires au maniement des armes ainsi qu’à des notions de conduite et de droits humains. Même après leur déploiement, ils bénéficieront d’un encadrement sur le terrain pour « éviter qu’ils ne soient des milices », fait-on savoir au ministère de la Défense. Précisons aussi que ces VDP devront s’engager pour au moins un an sans percevoir de rémunération. Autres signes de la détermination du président Kaboré à protéger les Burkinabè du terrorisme : en sa qualité de chef suprême des armées, il préside depuis 2018 une réunion du Conseil supérieur de la défense nationale qui se tient toutes les deux semaines. En outre, le budget du ministère de la Défense a connu une hausse significative en passant de 169,9 milliards de FCFA en 2018 à 209,7 milliards en 2019, soit une augmentation de 23,41 %. La tendance est maintenue en 2020. Á noter aussi : la création d’une commission de réforme des Forces armées nationales assortie d’un Plan stratégique de réforme adopté par le gouvernement en 2017 pour la période 2018-2022. Enfin, mentionnons le feu vert donné par le chef de l’État pour l’acquisition de nouveaux équipements (moyens aériens, véhicules militaires tout terrain, etc.), sans oublier la formation continue d’unités spécialisées dans la lutte antiterroriste. C’est dire que depuis quatre ans, le président Kaboré gouverne dans un climat d’état de guerre permanent. Et en dépit de ces épreuves, il a pu malgré tout « mettre en oeuvre et exécuter des chantiers dans tous les secteurs de la vie économique et sociale, parmi lesquels la réalisation de nombreuses infrastructures socio-économiques dans les domaines de la santé, de l’énergie et des routes. Durant son mandat en passe de s’achever, le président n’a pas perdu de vue la question sociale, qui est restée, après la sécurité, l’autre volet prioritaire de l’action de son gouvernement. Il a privilégié une « politique volontariste » en matière de gratuité des soins pour les femmes  enceintes et les enfants de moins de 5 ans. Il a également créé depuis 2019 la Caisse nationale d’assurance-maladie universelle (CNAMU), un établissement public de prévoyance sociale chargé de gérer le régime d’assurance maladie universelle (RAMU). Le président en avait fait une priorité en termes d’avancée sociale dans la mesure où ce nouveau régime couvre toute personne vivant sur le territoire national, qu’elle soit burkinabè ou étrangère, et prévoit que 25 % de la population burkinabè soit couverte d’ici à la fin de l’année. Cette détermination à réussir et à aller jusqu’au bout de ses chantiers socio-économiques est aussi la marque de fabrique de la gouvernance du président Kaboré. Certes, l’opposition, qui est dans son rôle, a beau jeu de torpiller toutes les réalisations du pouvoir et de se focaliser sur le bilan sécuritaire. Cependant, c’est vite oublier que la guerre dans les pays du Sahel revêt une dimension internationale, car au-delà du cas spécifique burkinabè, quatre autres pays sont concernés : le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie. Quid de la position du président sur le thème sensible de la réconciliation nationale et du retour des hommes politiques de l’ancien régime ayant fui le pays – dont le plus illustre est l’ex-président Blaise Compaoré réfugié à Abidjan – à l’issue de la révolution populaire d’octobre 2014 ? Une avancée se profile, puisque le président Kaboré déclare : « Il est temps que le peuple burkinabè se réconcilie avec son histoire et que les Burkinabè se réconcilient entre eux. » C’est d’ailleurs à son initiative que s’est tenue au palais de Kosyam, du 15 au 22 juillet 2019, une rencontre portant sur le dialogue politique entre la majorité au pouvoir incarnée par le MPP et les principaux partis de l’opposition : UPC, CDP, ADF/ RDA, etc. L’organisation d’un forum national sur le thème de la réconciliation est également prévue. Mais le président pose les conditions : que ce processus pour assurer sa réussite se fasse nécessairement sous le triptyque vérité-justice-réconciliation.

Paul de Manfred

 

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