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édito: Un bilan à appréhender avec honnêteté

Il n’a échappé à personne que la Guinée connaît actuellement des manifestions liées à l’organisation d’un référendum visant à valider ou rejeter le projet de modification de la Constitution. Des rassemblements conduits par les ténors de l’opposition que sont Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo appuyés par des organisations de la société civile, ainsi que des contre-manifestions menées par les partisans du  président Alpha Condé comme le ministre de la Culture Sanoussy Bantama Sow qui a réussi, selon les autorités, à faire venir 1,3 million de personnes pour accueillir triomphalement le chef de l’État de retour d’une tournée internationale. Il s’agissait de montrer à l’opposition, mais aussi et surtout à l’opinion internationale, que le président guinéen n’était pas si isolé. Devant tant de tumultes, Économies Africaines a cherché en priorité à analyser un bilan présidentiel que l’opposition estime « négatif sur toute la ligne » avant la fin d’un mandat prévue pour 2020. Quelle a été son action ? Quelle est la portée des réformes mises en oeuvre ? Est-t-il parvenu à changer son pays ?

Outre les bailleurs de fonds (FMI et UE), la parole a aussi été donnée aux dirigeants de sociétés privées ou étatiques ainsi qu’à 10 des 33 ministres de l’équipe gouvernementale d’Ibrahima Kassory Fofana : Budget, Mines, Transports, Industrie et PME, etc. Chacun a souhaité défendre son action et celle du chef de l’État. Moustapha Naïté, ministre des Travaux publics, nous a même expliqué regretter que ses compatriotes aient souvent tendance comparer les travaux routiers entrepris en Guinée à ceux du Sénégal ou de la Côte d’Ivoire. C’est oublier une différence de taille : en arrivant au pouvoir, les dirigeants sénégalais et ivoirien ont trouvé des fondamentaux routiers qui, même s’ils étaient abîmés, ne l’étaient pas à plus de 80 % comme en Guinée. L’un a pu continuer aisément la construction d’autoroutes parce qu’il n’avait pas besoin de réhabiliter ou de reconstruire les principaux axes à Dakar et dans le reste du pays, et l’autre pouvait ériger de nouveaux ponts à péage à Abidjan parce que l’existant le permettait. Alpha Condé était dans une configuration où tout était à reconstruire. « Mais en cela, hélas, les Guinéens font preuve d’amnésie totale ! », lance celui pour qui l’objectif de 60 % de routes nationales en bon état sera atteint en 2020, sachant qu’il a déjà été réhabilité et reconstruit plus de 2 000 km de routes nationales, des kilomètres de voiries urbaines et, sur les routes préfectorales, plus de 2 600 mètres linéaires d’ouvrages de franchissement. Parmi les réformes majeures mises en route par ce gouvernement en termes de mobilisation des ressources, on compte la Mission d’appui à la mobilisation des ressources internes (MAMRI), dont l’un des objectifs est ni plus ni moins de permettre d’engranger des recettes fiscales annuelles d’environ 726 millions de dollars supplémentaires, soit l’équivalent de 6,6 points du PIB alors que le niveau actuel est de 13,4 % du PIB, contre 18 à 19 % dans la sous-région. L’autre réforme de taille concerne l’inclusion financière, avec la création de l’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (ANIES) dont l’une des activités principales est d’apporter une aide directe aux plus démunis, soit environ 60 % des Guinéens. Un conseiller du Premier ministre considère avec fierté et optimisme cette innovation guinéenne, aucun pays en Afrique n’ayant de dispositif similaire ni ne prévoyant de consentir un effort financier de 2 % du PIB en faveur de la réduction de la pauvreté. Autant d’innovations à mettre au crédit du président guinéen. Donc, sans aller jusqu’à prétendre qu’il a tout réussi en presque dix ans de gouvernance, il serait honnête de « rendre à César ce qui appartient à César »…

Par Serge-Henri Malet

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