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édito: Le pari de la transformation des matières premières agricoles sera-t-il gagné ?

À 16 mois de l’élection présidentielle de 2020, une question se pose : le président Ouattara a-t-il réussi à faire reculer la pauvreté ?

Les derniers chiffres font apparaître que cette dernière se situe à 46 % en 2018, contre 50 % au lendemain de la crise postélectorale de 2010. Mais, à la décharge du chef de l’État, on observe que cette pauvreté n’est pas nécessairement de son fait puisqu’elle n’avait pas cessé d’augmenter avant son arrivée au pouvoir : 36,8 % en 1995, puis 38,4 % en 2002 et 48,9 % en 2008 en raison des crises sociopolitiques et militaires successives… Toutefois, malgré cette faible performance, la Côte d’Ivoire a engrangé des succès économiques. L’attractivité de son climat des affaires en est la preuve. On le doit notamment à la création d’un tribunal et d’une cour d’appel de commerce à Abidjan, à la mise en place d’une Cour des comptes ou encore à l’adoption d’une loi de transparence des finances publiques dans le code pour la bonne gouvernance. Toutes ces réformes ont eu un impact sur le classement Doing Business où la Côte d’Ivoire a gagné 55 places, ce qui l’a repositionnée parmi les dix meilleurs pays réformateurs de la planète. Par ailleurs, les autorités ivoiriennes s’emploient à rendre plus inclusive sa croissance, comme le relève Souleymane Diarrassouba, ministre du Commerce, qui considère la progression de son taux comme l’une des plus rapides au monde. La promotion de l’entrepreneuriat, des PME et des startup, à laquelle il faut ajouter le nouveau code des investissements de 2018, renforcent cette attractivité tant recherchée par le gouvernement, surtout s’agissant des secteurs dits prioritaires tels que l’industrie, la santé, l’hôtellerie, l’éducation et l’agriculture. Sur cette dernière filière, le pays jouit d’une position de véritable puissance en étant le premier producteur mondial d’anacarde, mais aussi de fèves de cacao dont il possède à San Pedro le premier port d’exportation au monde, étant également le premier broyeur bien que malheureusement, il ne transforme que 35 % de sa production. Le gouvernement atteindra-t-il son objectif de 50 % de transformation de matières premières agricoles en 2020 ? La Côte d’Ivoire en prend le chemin puisque, pour la filière anacarde où la production totale est transformée à plus de 35 %, un accord tripartite signé le 20 mars 2019 entre le Groupement des exportateurs ivoiriens de noix de cajou, le groupe vietnamien T&T et le Conseil du coton et de l’anacarde a donné lieu à l’achat de 200 000 tonnes de noix de cajou ainsi qu’à la création d’une usine de transformation d’anacarde d’une capacité de 100 000 tonnes. Avant cela, d’autres usines de transformation locale, mais cette fois de cacao, avaient été créées dans la ville de San Pedro à l’initiative de sociétés chinoises, libanaises et françaises grâce aux subventions allégeant les conditions d’installation. Au niveau agricole, la balance commerciale bilatérale France-Côte d’Ivoire est à l’avantage de cette dernière. En 2017, les exportations françaises de produits agricoles (tabac, céréales, boissons et produits laitiers) vers Abidjan se sont élevées à 302 millions d’euros. En retour, les importations (cacao et fruits) de Côte d’Ivoire vers la France se chiffrent à 749 millions d’euros, soit plus du double. Ajoutons que la France n’est que le cinquième client de la Côte d’Ivoire mais demeure son premier fournisseur et son plus grand partenaire bilatéral. Cependant, cela n’a pas empêché la France de baisser sa contribution au Programme ivoirien d’investissement agricole 2018-2025 (PNIA2) estimé à 11 905 milliards de FCFA, alors qu’elle avait investi dans le PNIA 2012-2017 à plus de 80 % avec une mise de 224,612 milliards de FCFA. On comprend les soucis du ministre de l’Agriculture Mamadou Sangafowa, dont on ne sait comment il va convaincre les Français de revenir sur leur décision. Affaire à suivre…

Par Serge-Henri Malet

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