logo

Monnaie: Éco-franc CFA : le plaidoyer du président Ouattara

La disparition du franc CFA au profit de l’éco implique trois mesures fortes : la fin de la présence de la République française au conseil d’administration de la BCEAO, la fermeture du compte d’opérations à la Banque de France et le transfert à la BCEAO des devises actuellement déposées au Trésor français.

Au lendemain de l’annonce de la fin du franc CFA faite le samedi 21 décembre 2019 à Abidjan par les présidents français et ivoirien Emmanuel Macron et Alassane Ouattara, le chef de l’État ivoirien a multiplié les interventions médiatiques pour délivrer un véritable plaidoyer à la fois sur les atouts du franc CFA, monnaie commune depuis près de 60 ans aux huit pays de la zone UEMOA, et sur ceux de son futur remplaçant, l’éco. Pour défendre le fonctionnement du franc CFA, Alassane Ouattara revient sur ce qui en constitue la base : le rattachement à l’euro permettant une parité fixe à même d’assurer le remboursement d’une dette à taux d’intérêt invariable, ce qui n’est pas le cas pour une monnaie à la convertibilité flexible. Par exemple, si l’on emprunte 10 000 FCFA à un taux fixe de 10% pendant  10 ans, l’on remboursera 20 000 FCFA. Or, si le taux est flexible, la somme à rembourser, variable, rend le coût total du crédit impossible à connaître à l’avance. Mais surtout, son arrimage à l’euro garantit au FCFA une très faible inflation, donc une faible augmentation des prix à la consommation. D’où cette remarque du président ivoirien, qui fait subtilement observer : « Si les pays de l’UEMOA n’ont pas tellement de problèmes dans le règlement de leur dette, c’est grâce aussi à cette parité fixe. » En marge du 1er sommet Afrique/Grande-Bretagne du 20 janvier 2020 sur les investissements qui s’est tenu à Londres au sein du Royal Institute of International Affairs (Chatham House), le président ivoirien a rappelé que ses pairs lui avaient confié en 2016 au Bénin la présidence de l’UEMOA. Á ce titre, dès 2017, il avait engagé des discussions avec le président Macron sur le fait que les pays de l’UEMOA étaient désireux de voir évoluer l’accord monétaire les liant à la France. « Je souligne, à cet effet, que cette décision vient des Africains. (…) Les transformations nécessaires ont été amorcées, en relation avec la France, pour aller vers l’éco. Toutes ces décisions sont celles des chefs d’État qui m’ont donné l’autorisation préalable, le 3 décembre 2019 à Dakar, de prendre cette décision », a-t-il indiqué. Ces décisions comprenaient, a précisé M. Ouattara, trois mesures fortes. Tout d’abord « l’abandon de la terminologie de « franc CFA » au profit du nom « éco ». Ensuite, « les devises que nous avons à la Banque de France seront transférées à la BCEAO, qui en fera ce qu’elle veut. Elle pourra en placer une partie soit à la Banque d’Angleterre, soit à celle du Canada, soit à celle de France. Ces réserves ne seront plus au Trésor français, et le compte d’opérations sera clôturé. » Enfin, a-t-il ajouté, « nous avons décidé que les Français ne siègeraient plus au conseil  d’administration de la BCEAO, ni à son Comité de politique monétaire, et encore moins à sa Commission bancaire ». Regrettant les polémiques inutiles, M. Ouattara a rappelé à toute fins utiles qu’un pays tel que le Cap-Vert avait, lui aussi, une monnaie ancrée sur l’euro et possédait la garantie du Portugal. C’est ce même dispositif qui a cours pour les pays de l’UEMOA vis-à-vis du FCFA et de la France. « L’arrimage à une monnaie dépend du commerce que vous entretenez avec ces pays (1). Sachant que nous sommes des pays agricoles, les chefs d’État se sont mis d’accord pour continuer la fixité et l’arrimage à l’euro. C’est dans notre intérêt », a-t-il plaidé.

Louise Bibalou-Durand

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

EA Magazine LLB Afrique
Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.
SAVOIR PLUS
ARTICLES RÉCENTS
Contact Info
LLB Afrique
  • 91 Rue FAUBOURG ST HONORE 75008 Paris – France
  • +33 1 42 65 25 52