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Entretien – Ambassadeur de l’Union européenne en Guinée

« INTEGRA facilite l’accès des jeunes à la vie active »

Josep Coll, ambassadeur de l’UE en Guinée, évoque le dispositif INTEGRA qui vise à offrir aux jeunes des opportunités d’emploi pour les empêcher de s’engager dans des filières de migration clandestine. En partenariat avec le gouvernement, il s’agit de développer le secteur du travail à haute intensité de main-d’oeuvre (HIMO).

La Guinée et l’Union européenne ont procédé le 19 novembre 2018 au lancement du programme INTEGRA. Quel est son objectif ? On sait que l’enveloppe budgétaire est débloquée par le Fonds  fiduciaire d’urgence de l’UE pour l’Afrique, mais quels sont sur le terrain les partenaires qui contribuent à la mise en oeuvre d’INTEGRA ?

Josep Coll : L’objectif global d’INTEGRA est de contribuer à la prévention et à la limitation de la migration irrégulière. Le programme INTEGRA se veut également vecteur de réintégration des migrants de retour et facilitateur d’une insertion socio-professionnelle durable des jeunes Guinéens, ceci afin de promouvoir le développement économique inclusif de la Guinée. Spécifiquement, il s’agit de développer le secteur du travail à haute intensité de main-d’oeuvre (HIMO) en combinant plusieurs actions : l’établissement de plans de développement économique de niveau local, l’accès à la formation professionnelle ainsi que la préparation à la vie professionnelle, la création d’emplois durables à travers le développement de l’entrepreneuriat et le renforcement de certaines chaînes de valeur porteuses, une offre de services financiers adaptés répondant aux besoins des bénéficiaires diffusée et renforcée dans  les régions d’intervention, et enfin l’information des populations cibles dans les régions de départ et les zones d’intervention quant aux opportunités de ces actions et aux risques liés à cette migration irrégulière.

Á combien peut-on estimer le montant des investissements dédiés à INTEGRA ?

Il est de 65 millions d’euros et il est entièrement financé par l’Union européenne au titre du Fonds fiduciaire d’urgence pour l’Afrique. Les partenaires de mise en oeuvre sont la Coopération belge à travers ENABEL, la Coopération allemande à travers la GIZ et les agences du système des Nations unies : PNUD, UNCDF et ITC. La mise en oeuvre de ce programme est étroitement coordonnée avec les actions des ministères suivants : ministère de la Jeunesse et de l’Emploi des jeunes, ministère du Commerce, et enfin ministère de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle, de l’Emploi et du Travail.

Alors qu’il s’est déjà écoulé plus d’un an, êtes-vous en mesure d’avancer un premier bilan de ce dispositif prévu sur 4 ans ?

Comme pour tout projet, la première année est d’abord caractérisée par la mise en place du dispositif. Ceci est d’autant plus vrai pour un programme tel qu’INTEGRA, qui est d’une complexité élevée. Néanmoins, vous avez un premier aperçu de l’impact du dispositif avec l’avancée des travaux d’infrastructures en HIMO déjà commencés, et d’autres pour lesquels les préparatifs sont terminés, à l’instar des infrastructures prévues pour une meilleure gestion et exploitation de la plage de Bénarès à Conakry. Ensemble avec les jeunes du quartier et le ministre de la Jeunesse, nous y étions le 9 octobre 2019 pour une campagne d’assainissement fortement symbolique. Certains jeunes ont commencé leurs parcours d’intégration socio-économique et ont ouvert des comptes bancaires pour la première fois de leur vie. Sur leurs comptes seront versés les revenus qu’ils auront gagnés en travaillant sur les chantiers HIMO.

L’épargne que certains auront pu commencer constituera à la fin de leur parcours de formation une ressource pour se lancer dans des projets personnels ou avoir accès à des microcrédits. En termes de cohésion, de stabilité et de sécurité, quels sont les objectifs d’INTEGRA ?

La stabilité d’un pays dépend fortement de sa capacité à offrir à la jeunesse un accès à la vie active. La  cohésion sociale en dépend. C’est un enjeu majeur partout dans le monde. Dans un pays comme la Guinée où les moins de vingt-six ans représentent les deux tiers de la population, cette intégration dans la vie active est évidemment l’une des grandes priorités du gouvernement. Au vu de l’immensité de cette tâche, j’aimerais de nouveau souligner que l’Union européenne précise qu’INTEGRA doit être considéré comme une étape pour entamer une dynamique, une sorte de laboratoire pour mettre en place des approches nouvelles. INTEGRA à part, ce sont les politiques publiques qui doivent effectuer le gros du chantier. Cette approche fait écho à ce que propose la Commission européenne à travers la nouvelle alliance entre l’Afrique et l’Europe, une alliance pour des investissements et des emplois durables. Cette alliance permettrait de créer jusqu’à 10 millions d’emplois en Afrique au cours des cinq années à venir. Afin d’encourager ces investissements et de créer des emplois, il faut faire correspondre les compétences aux exigences du marché du travail.

Lors du lancement de ce dispositif, la directrice exécutive du Centre du commerce international a expliqué qu’INTREGRA était certes un catalyseur, mais pas la solution à tous les problèmes, proposant de l’utiliser de manière intelligente. Á quels types de  solutions faisait-elle allusion ?

Quand ma collègue de l’ITC a souligné cela au lancement d’INTEGRA, elle a voulu exprimer exactement ce que je viens de vous dire : INTEGRA n’est qu’un projet, mais la grande tâche de l’intégration de la jeunesse guinéenne dans la vie active doit être portée par notre partenaire, le gouvernement. En même temps, il faut appeler les jeunes bénéficiaires guinéens à bien vouloir comprendre et saisir l’opportunité unique qu’INTEGRA leur offre.

Qu’apporte INTEGRA au Plan national de développement économique et social (PNDES), sur lequel il s’est aligné ?

Le gouvernement de Guinée a récemment lancé le premier processus de stocktaking concernant les avancées réalisées dans le cadre du PNDES. Il est donc encore un peu tôt pour en parler. Toutefois, je suis convaincu que les objectifs d’INTEGRA s’alignent parfaitement sur ceux du PNDES. Il faut rappeler qu’avant de lancer INTEGRA, un exercice d’identification a été conduit avec les départements sectoriels concernés afin de travailler en parfaite synergie.

L’objectif de ce programme est d’améliorer notamment la formation à la vie professionnelle. Á cet effet, avez vous des synergies avec l’Office national de formation
et de perfectionnement professionnel guinéen ?

Évidemment, nous travaillons avec les structures nationales compétentes dans la formation professionnelle, l’enseignement technique, l’emploi jeune, les investissements, la finance inclusive, les partenariats public-privé, et j’en oublie. L’ONFPP en fait partie. Cela va de soi et illustre de nouveau l’esprit de notre coopération : nous pouvons fournir uniquement une aide financière et technique, car ce sont les structures nationales qui portent la dynamique du changement de la République de Guinée.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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