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Entretien – Chef d’état-major général des armées

« Les troupes sont sensibilisées sur les enjeux de cette guerre »

Depuis 2015, le Burkina Faso a connu près de 300 attaques de groupes terroristes et a subi des pertes civiles et militaires de l’ordre du demi-millier de personnes. Le général Moïse Miningou, chef d’état-major des armées, évoque les renforcements apportés à ses troupes et l’efficacité de la couverture aérienne lors des opérations de combat.

Le Burkina Faso connaît une guerre non conventionnelle et asymétrique. Comment l’armée s’adapte-telle ? Par ailleurs, où en sont aujourd’hui les Forces de défense et de sécurité (FDS), dont la création remonte à 1961, tant du côté de l’armée de terre et de la force aérienne que de la gendarmerie ?

Général Moïse Miningou : Je voudrais avant tout propos rendre hommage aux personnels des Forces de défense et de sécurité ainsi qu’aux populations civiles tombés sur le champ d’honneur. Les forces armées nationales sont confrontées depuis 2015 à des attaques terroristes récurrentes qui ont parfois mis à rude épreuve leurs capacités opérationnelles. L’armée burkinabè a dû faire preuve de résilience dans tous les domaines pour prendre la pleine mesure de cette nouvelle menace. De nos jours, nos forces ne sont plus sur la défensive et, de plus en plus, nous obtenons des résultats qui confirment que nous sommes dans une dynamique positive. Du 4 avril 2015 jusqu’à ce jour, votre pays a connu près de 300 attaques qui ont provoqué un demi-millier de morts et 308 blessés. De quels types de renforcements avez-vous bénéficié, tant en équipements qu’en stratégie militaire, pour tenter d’enrayer cette menace et réduire le nombre d’attaques ? Les Forces armées nationales sont reconnaissantes de l’effort consenti par les Burkinabè à travers la loi de programmation militaire pour leur permettre de renforcer leurs capacités opérationnelles et logistiques. Cela a conduit à mieux réorganiser tactiquement les unités pour mieux contenir la menace. La lutte contre le terrorisme nécessite aussi une mutualisation des efforts et des moyens au niveau sous-régional. C’est en cela que le G5 Sahel constitue une réponse stratégique pour les pays membres qui font face aux mêmes défis que le Burkina Faso. Certains experts militaires soutiennent que les groupes terroristes ont gagné en technicité, en nombre et en puissance dans la mesure où ils ont osé s’attaquer aux casernes et emporter vos propres matériels. Pour enrayer cette menace spécifique, l’armée a-t-elle pu prendre des dispositions musclées ? Il est vrai que l’ennemi améliore constamment ses modes d’actions. C’est peut-être d’ailleurs l’une de ses forces. Mais les forces armées nationales sont en pleine montée en puissance et font preuve de résilience, Entretien – Chef d’état-major général des armées ce qui les rend aptes à apporter une meilleure réponse et à contenir l’activité terroriste. L’une des grandes demandes de l’armée au gouvernement était d’assurer une couverture aérienne efficace des troupes au sol au moment des opérations de combat.

Cette demande a-t-elle été accordée et quelle est aujourd’hui la situation des patrouilles aériennes ?

Le facteur aérien est d’une importance capitale dans la lutte contre le terrorisme, et le gouvernement en est conscient : il s’efforce de donner les meilleurs moyens aux unités engagées. Actuellement, grâce aux efforts consentis, les forces armées nationales disposent de nouveaux moyens aériens qui leur permettent de projeter et d’appuyer les unités au sol. La communication en temps de guerre n’est pas la même qu’en temps de paix, surtout avec un ennemi diffus et aussi imprévisible que ces groupes terroristes. Comment s’adapte, là aussi, la communication de l’armée auprès des populations ? Et comment soutenez-vous le moral des troupes et des familles de militaires ? Dans la lutte contre le terrorisme, la communication est un champ de bataille qui peut faire basculer le rapport de forces. Les forces armées nationales savent que gagner cette bataille est un enjeu majeur. C’est pourquoi l’armée travaille à adapter sa communication pour être en phase avec les exigences du contexte. La communication est partie intégrante aussi bien de la planification que de la conduite des opérations. Nous oeuvrons à gagner l’accompagnement et la collaboration des populations d’une part, et à répondre à temps aux besoins d’information des médias d’autre part. De même, les troupes sont sensibilisées sur les enjeux de cette guerre.

Cette guerre va être longue et sans doute encore coûteuse en nombre de vies tant pour les populations que pour vos hommes. Sachant que vos compatriotes n’accepteront jamais, au grand jamais, de perdre un centimètre de leur territoire, comment l’armée compte-t-elle redonner aux Burkinabè la fierté de leur pays et la sécurité qu’ils chérissent tant ?

Les Burkinabè n’ont jamais perdu la fierté de leur pays et ils ne la perdront jamais. Je considère les épreuves que nous traversons comme un épisode douloureux de notre histoire. Notre pays en a connu d’autres, et comme toutes les autres fois, les Burkinabè sauront relever le défi pour préserver le vivre ensemble ainsi que l’intégrité de leur territoire. C’est en cela qu’il faut saluer la mobilisation des populations derrière leur
armée.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

 

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