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Entretien – Co-fondatrice de Trust Africa

« Dans un monde en évolution, la formation n’a pas de limite »

Chez Trust Africa, l’on travaille avec conviction. Recruter pour les entreprises les compétences adéquates, ajuster par la formation l’offre et la demande d’emplois, voilà qui contribue, selon Mélina Rafin Gozlan, au développement d’un pays. La Guinée ou… les pays voisins.

Votre cabinet est spécialisé en solutions globales pour les ressources humaines. Quel bilan pouvez-vous tirer de l’exercice 2018 par rapport à 2017 ? Et pour 2019, les objectifs seront-ils atteints ?

Mélina Rafin Gozlan : Notre cabinet a évolué depuis sa création. Nos ambitions étant à long terme, chaque année est positive selon les objectifs fixés, ce qui nous rassure sur nos choix stratégiques. En 2018, nous avons profité de la confiance de notre clientèle acquise pour développer notre portefeuille clients. Nous travaillons avec plus de PME guinéennes et nous avons renforcé nos équipes, d’où une meilleure chasse sur les talents nationaux et la diaspora ainsi que sur les profils d’experts internationaux. Malgré le contexte difficile de cette fin 2019, nous avons senti un changement positif auprès de nos clients : ils passent pour la plupart d’une « administration du personnel » à une « gestion des ressources humaines ». Si les défis restent énormes dans le secteur de l’emploi en Guinée, nous sommes fiers de certaines success stories aussi bien de candidats qui ont connu grâce à TA une ascension professionnelle que d’employeurs ayant atteint une meilleure productivité avec les talents recrutés par notre cabinet. Donc oui, nos objectifs ont été atteints, même si nous rêvons plus grand.

Également spécialiste du conseil et de la formation professionnelle, vous avez développé des coopérations avec des organismes comme l’AGUIPE ou l’APIP. Pensez-vous être éligible au projet INTEGRA de la Délégation guinéenne de l’Union européenne ?

En effet, en tant que société privée spécialiste de l’emploi, Trust Africa se doit de nouer une coopération
étroite avec les acteurs publics afin de dynamiser le secteur : nous le faisons avec l’AGUIPE, l’APIP ou l’ONFPP. Concernant le projet INTEGRA, nous pensons bien sûr être un interlocuteur crédible parfaitement conscient des réalités du marché et en relation quotidienne avec les demandeurs d’emploi et les employeurs. La transparence de nos processus de recrutement ainsi que la confiance de nos clients sont des atouts recherchés. Nos organisations pourraient donc se compléter pour l’insertion de la jeunesse guinéenne dans le monde du travail. La formation professionnelle étant selon nous la clé de la réussite pour les Guinéens et pour les entreprises, nous avons travaillé au développement dans notre cabinet de ce pôle sur lequel le projet INTEGRA met l’accent. Certes, nous souhaitons nous développer
dans la sous-région, mais notre fierté première demeure une implantation forte et stable en Guinée, objectif qu’une éventuelle collaboration avec le projet INTEGRA nous permettrait sans nul doute d’atteindre.

Les recrutements pour les PME-PMI ou les grandes firmes minières sont-ils nombreux ?

Les demandes sont nombreuses venant des firmes minières et industrielles : leurs besoins sont plus grands et elles souhaitent un processus de recrutement sérieux et transparent. Notre expérience et nos résultats nous ont acquis leur confiance et notre profil franco-guinéen leur confirme une maîtrise conjointe du marché local et des standards internationaux. Les PMI, start-up et PME limitent quant à elles leurs demandes aux postes stratégiques. Sachant que, formelles ou non, elles représentent la majorité des employeurs en Guinée, nous développons chaque jour de nouvelles stratégies pour les attirer, obtenir leur confiance et surtout démontrer l’importance de recruter des compétences adéquates, sachant que pour elles, un seul employé peut mettre en danger l’entreprise. Faire appel à un cabinet de recrutement réduit considérablement le risque d’erreur. Si, par exemple, une PME a un comptable très compétent mais une équipe commerciale médiocre, son évolution sera très lente, voire impossible.

Dans votre gamme de services large et variée, quel est le plus sollicité par vos clients ?

La formation. Que les demandes viennent des entreprises ou des particuliers, nous avons constaté qu’ils
ont hélas souvent été confrontés à des formations de mauvaise qualité ou inadaptées à leurs attentes. Ils
veulent aujourd’hui s’assurer que leur investissement leur apporte une réelle valeur ajoutée. Une formation répondant à un besoin de l’entreprise apportera forcément une satisfaction à l’apprenant mais aussi à l’employeur. Nous offrons des formations de qualité car nous les adaptons au marché guinéen mais aussi à la culture de l’entreprise et aux profils des apprenants, ceci en adéquation avec l’objectif du client. Le but est d’acquérir des compétences et non de répondre à des obligations de certificats.

Quels sont les enjeux de la formation en Guinée dans les années à venir ? Diriez-vous que c’est un secteur stratégique pour le développement des pays africains ?

Nous savons que la qualité des formations estudiantines ou scolaires en Afrique, notamment en Guinée, est faible. La jeunesse n’a en majorité pas accès à une scolarité de qualité et/ou adaptée aux réalités du marché de l’emploi. Nous voyons des CV illogiques de chercheurs d’emploi : formations, stages et aspirations professionnelles ne sont pas en cohérence, ce qui freine l’accès au premier emploi. La faute n’est pas seulement celle des candidats, car le système ne communique pas les orientations et opportunités liées à l’activité économique du pays. Même avec toute la bonne volonté du monde, ils passent entre les mailles du filet en n’ayant ni la formation, ni l’expérience requises. Le manque de qualification est un réel frein pour la jeunesse guinéenne et le développement économique du pays. Nous avons aussi le cas de la diaspora avec ses profils qualifiés, parfois surqualifiés, mais inconscients de la réalité du marché local. Ils reviennent en Guinée avec de beaux diplômes et de l’expérience dans de grandes entreprises mais sont trop souvent déconnectés des conditions du marché de l’emploi en Guinée. Les compétences en management interculturel sont nécessaires pour pénétrer le marché et y évoluer de manière stable et productive. Le secteur de la formation professionnelle est donc la condition sine qua non pour le développement de nombreux pays africains : elle palie les lacunes de la scolarité et de l’éducation en général, la mauvaise orientation ou l’ignorance des réalités locales. Ceci explique notre combativité dans le développement de ce département au sein de notre cabinet. Dans un monde en perpétuelle évolution, nous considérons que la formation n’a pas de limite et doit accompagner les personnes actives tout au long de leur carrière. Le développement sous-régional de Trust Africa est une stratégie de long terme.

Quels pays voisins seraient dans votre ligne de mire ?

J’ai toujours considéré les pays voisins de la Guinée comme proches, voire senti une certaine fraternité entre eux. Née en Côte d’Ivoire, j’ai grandi en Guinée et une partie de mes aïeux est malienne. Je retrouve des similitudes entre ces pays. Ainsi, la dynamique économique de la Côte d’ivoire et le potentiel du Mali font d’eux des marchés potentiels pour Trust Africa.

Propos recueillis par Andju Ani

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

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