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Entretien – Commissaire chargé du Département de l’agriculture, des ressources en eau et de l environnement: « Promouvoir une approche innovante de la gestion durable des déchets »

Les questions environnementales, et en particulier celles liées à la gestion des déchets, sont primordiales pour le Département en charge de l’agriculture, des ressources en eau et de l’environnement (DAREN) dirigé par le commissaire béninois Jonas Gbian, qui précise les contours de ses actions.

Vous est-il possible de résumer le rôle dévolu au DAREN au sein de la Commission UEMOA ?

Jonas Gbian : Le Département de l’agriculture, des ressources en eau et de l’environnement (DAREN) est chargé de la coordination et de la supervision de la Politique agricole de l’Union (PAU) ainsi que de la Politique commune d’amélioration de l’environnement (PCAE) de l’UEMOA. De façon spécifique, il s’agit d’assurer la coordination et la supervision des activités dans un certain nombre de domaines prioritaires : la création d’un environnement propice aux investissements et au développement de l’entrepreneuriat agricole, le développement des filières agricoles et la gestion de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, la gestion durable de la pêche, l’harmonisation et la coordination des interventions en matière de gestion des ressources en eau, le renforcement de la gouvernance en matière de conservation et de valorisation durable des ressources naturelles, la gestion des ressources naturelles transfrontières, et enfin la promotion d’un environnement sain et durable dans l’espace communautaire.

S’agissant de préservation de l’environnement, où en sont les pays de l’UEMOA en ce qui concerne la réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre ?

Le profil d’émission des gaz à effet de serre (GES) révèle que les pays de l’UEMOA contribuent pour moins de 0,4 % aux émissions globales. Toutefois, en prélude à la 21e Conférence des parties à la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques, autrement dit la COP21 de Paris, ils ont tous soumis des contributions déterminées au niveau national (CDN) témoignant de leur engagement à prendre part aux efforts globaux de réduction des émissions : ils ont tous affiché un taux prévisionnel de réduction à environ 0,2 % des émissions mondiales attendues entre 2030 et 2040. Depuis lors, plusieurs projets et programmes ont été élaborés et sont en cours de mise en oeuvre dans les États membres pour l’atteinte de cet objectif. Ajoutons que ces CDN traduisent la détermination des États membres de l’UEMOA à contribuer aux efforts mondiaux de réduction des émissions, une détermination renforcée par le fait que les populations de l’Union vivent au quotidien les affres des changements climatiques consécutifs au réchauffement de la planète. La plupart des pays de la sous-région ont décidé de la suppression des sachets plastiques.

Pourquoi cette mesure ? La prolifération des déchets plastiques est un phénomène qui a pris de l’ampleur dans l’espace UEMOA, avec une production déjà estimée à plus d’un million de tonnes au titre de l’année 2010 dans l’espace UEMOA, sans compter la Guinée-Bissau. Dans quel but a-t-on décidé de leur disparition ?

Parce que les déchets plastiques ont de lourdes conséquences sur la qualité de l’environnement et sur la préservation des ressources naturelles : ils rendent le sol moins perméable et contribuent à la récurrence des inondations, ils représentent un danger pour la faune terrestre et marine par emprisonnement, ingestion, etc., et enfin ils favorisent le transport d’organismes invasifs, ce qui constitue une menace non négligeable pour les écosystèmes. Les États membres ont donc adopté des textes juridiques nationaux visant à réduire voire éliminer l’usage des sachets plastiques. En soutien à ses États membres, la Commission de l’UEMOA travaille à la mise en place d’un cadre régional harmonisé pour la gestion des déchets plastiques. Y a-t-il au sein de l’UEMOA une coordination des programmes de lutte contre l’insalubrité urbaine ? Pour la Commission de l’UEMOA, la salubrité urbaine est une préoccupation inscrite dans sa politique. Les différentes initiatives ont abouti à la formulation d’un projet régional de gestion des déchets et de réduction des polluants organiques persistants dans les États membres de l’UEMOA. Son démarrage est imminent. Il sera financé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) et la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) pour un montant de 148 millions USD, et il vise à promouvoir une approche innovante pour la gestion durable des déchets dans les centres urbains, y compris les polluants organiques persistants, le mercure et les gaz à effet de serre.

Par ailleurs, une étude est en cours sur la gestion des déchets d’équipements électriques et électroniques, constituants très toxiques des déchets urbains dont les quantités sont hélas en nette augmentation dans nos États. Á la tête du DAREN, quelles sont vos priorités pour 2020 ?

L’année 2020 est consacrée à la consolidation des acquis  de la mise en oeuvre des deux politiques communautaires dont le DAREN a la charge : la Politique agricole de l’Union (PAU) et la Politique communautaire d’amélioration de l’environnement de l’UEMOA (PCAE). Plus spécifiquement, au niveau du secteur agricole et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les efforts porteront essentiellement sur l’amélioration de la compétitivité des filières agricoles prioritaires, sur la gouvernance régionale de l’agriculture et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en vue de la réduction durable de la vulnérabilité des populations de l’Union, et enfin sur l’organisation de l’environnement technique et réglementaire favorable au développement des ressources animales et halieutiques ainsi qu’à l’amélioration de la qualité des médicaments vétérinaires. En matière de préservation de l’environnement et de gestion des ressources naturelles, nos priorités s’articuleront autour des actions visant notamment l’amélioration des cadres réglementaires et institutionnels en matière de gestion des déchets plastiques, le renforcement de l’accès aux infrastructures d’alimentation en eau potable et d’assainissement, le renforcement des capacités de planification et de mise en oeuvre de mesures d’adaptation au changement climatique, et enfin l’amélioration des cadres de gouvernance et de valorisation durable des écosystèmes transfrontaliers.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

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Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

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