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Entretien – Commissaire chargé du Département de l’aménagement du territoire communautaire et des transports: « Nous avons réussi à faire baisser de moitié la surcharge à l’essieu »

Le Dr Paul Koffi Koffi, commissaire ivoirien en charge du Département de l’aménagement du territoire communautaire et des transports (DATC) à la Commission de l’UEMOA, déplore que le Sénégal et la Côte d’Ivoire engagent chacun près de 65 milliards de FCFA en coût d’entretien routier annuel du seul fait de la surcharge à l’essieu.

En quoi consiste la fonction de commissaire du DATC ?

Dr Paul Koffi Koffi : Le commissaire chargé du DATC oriente, coordonne et supervise les politiques communes de l’Union dans les domaines de l’aménagement du territoire communautaire, du renforcement du développement local et de la coopération transfrontalière, des infrastructures et systèmes de transports, de la facilitation des services de transport, de la promotion des services de transport ainsi que de la supervision de la sécurité et de la sûreté de l’aviation civile, conformément à l’organisation des services de la Commission et sous l’autorité de son président.

Le DATC travaille par ailleurs en synergie avec les autres départements de la Commission sur les questions d’intérêt commun. Les appuis de guichets internationaux soutiennent le transport routier, mais la mise en oeuvre coordonnée des actions financées rencontre des difficultés. Cela ne risque-t-il pas de décourager les bailleurs de fonds ?

D’abord, permettez-moi de préciser que pour les programmes et projets d’infrastructures dans l’espace UEMOA, les conventions et contrats de financement sont signés entre les États et les bailleurs de fonds. Ces programmes et projets sont exécutés par les États conformément aux procédures qui les lient avec ces bailleurs. La Commission n’étant pas autorisée à contracter des prêts, elle s’engage de préférence sur les études préalables à la construction des infrastructures, études réalisées par des cabinets sélectionnés par appels d’offres. Le problème est de savoir si la Commission doit ou non continuer à faire assurer la mise en oeuvre de ces études, ce qui relève de ses autorités et de sa vision concernant les infrastructures de la sous-région. Il arrive également que la Commission suscite la mobilisation de ressources auprès des bailleurs de fonds pour financer des travaux, faisant alors le lien entre les États et les bailleurs et s’appuyant sur la BOAD, qui a un mandat explicite de financement. Comment votre département s’emploie-t-il à sensibiliser les différents acteurs du transport routier sur les questions de sécurité routière, de dégradation des routes et de lutte contre la surcharge à l’essieu ? Dans le cadre de la surveillance des infrastructures routières communautaires, la Commission de l’UEMOA assure le suivi régional de l’application de la réglementation communautaire relative au respect de la charge à l’essieu (Règlement 14 : R 14) et mène des actions de sensibilisation et de pédagogie auprès des acteurs du système de transport routier : production de notes techniques sur les tendances d’application du R14 au niveau des États et mesures de mitigation à prendre, missions de suivi-évaluation dans les États, plaidoyer auprès des administrations nationales et des acteurs du transport, publication de bulletin périodique sur l’application du R 14, production de vidéo de sensibilisation, organisation en 2019 d’un débat télévisé sur la problématique de la surcharge routière, et enfin organisation annuelle de réunions d’experts et des ministres des États membres sur l’application du R 14. Dans ces différents domaines, des avancées significatives ont été enregistrées depuis 2017 selon une approche progressive de la mise en oeuvre du R 14. Ainsi, en deux ans, nous avons réussi à faire baisser la surcharge de moitié : elle est passée de 40 à 20 %. Il est maintenant question d’arriver à éliminer totalement cette surcharge qui pénalise l’état des routes à deux niveaux : elle entraîne la réduction de la durée de vie des chaussées, faisant qu’une route construite pour 15 ans n’en durera que sept, et elle a un impact sur le coût de l’entretien routier dans les dépenses publiques. Le Sénégal et la Côte d’Ivoire y engagent chacun au moins 65 milliards de FCFA dans leurs budgets annuels.

Quelles sont vos actions prioritaires en 2020 ? Avez-vous fait avancer la cause du transport durant votre exercice ?

L’année 2020 est marquée par la crise du coronavirus qui a réduit fondamentalement nos capacités d’intervention et de réalisation. D’ailleurs, nous avons réuni les ministres des Transports le 28 mai 2020 en vue d’apprécier les incidences de la pandémie sur le secteur, qui connaît une baisse drastique de ses activités à la suite de la fermeture des frontières : baisse de 95 % du trafic aérien avec un risque de faillite des compagnies aériennes, baisse du transport routier en dehorsdu transport des marchandises sensibles, sociétés de transport à l’arrêt… Au niveau maritime, les armateurs sont à quai. Notre objectif actuel est donc la réouverture des frontières par les États, de manière concertée et en respectant de façon stricte les mesures barrière édictées. Par rapport à notre programme courant, nous exécutons les activités qui ne sont pas touchées par cette situation. Pour ce qui est de l’impact de nos efforts, il sera apprécié à la fin de notre mandat. Notons toutefois la création de l’URSAC, qui permet à la Commission de l’UEMOA de superviser les activités de sûreté de l’aviation civile de la région, conformément aux exigences et recommandations de l’OACI.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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