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Entretien – Conseiller spécial auprès du Premier ministre chargé de l’Économie, des Finances et du Budget

« Les fruits de la croissance doivent être partagés »

Ansoumane Camara, conseiller spécial auprès du chef du gouvernement, définit les grandes orientations pour favoriser le partage des fruits de la croissance : augmenter les ressources, réduire les dépenses et soutenir les plus démunis.

Conseiller spécial auprès du Premier ministre, vous avez oeuvré à la création de la Mission d’appui à la mobilisation des ressources internes (MAMRI), dont vous assurez la coordination. En quoi cet outil est-t-il original et pourquoi l’avoir créé ?

Ansoumane Camara : La MAMRI a été créée en janvier 2019 pour impulser la modernisation des  administrations fiscales et des régies financières de l’État afin d’accroître la mobilisation des ressources internes. Elle comprend un comité de pilotage présidé par le Premier ministre et regroupant les départements ministériels concernés par la problématique ainsi qu’une équipe technique permanente d’une quinzaine d’experts qui procèdent à des analyses approfondies puis formulent des recommandations soumises au comité de pilotage pour validation politique. Elle veille ensuite au suivi de leur application par les administrations concernées. La création de la MAMRI s’imposait d’elle-même. La Guinée a besoin de ressources pour financer son développement. Sauf à s’endetter inconsidérément, le pays ne peut compter sur les seuls financements extérieurs. Donc, il faut plus de ressources internes : elles représentent 13,4 % du PIB de la Guinée, alors qu’en Afrique subsaharienne, la moyenne se situe plutôt entre 18 et 19 %. En 2015, la conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement a encouragé à viser un niveau de collecte de 20 %, objectif fixé à la MAMRI. Cela représente environ 726 millions de dollars, soit 6,6 points de PIB. C’est réalisable, surtout avec l’impulsion politique nouvelle liée au rattachement de la MAMRI au cabinet du Premier ministre.

La création de l’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (ANIES) est-elle LA solution pour l’aide directe aux plus démunis ?

L’Agence nationale d’inclusion économique et sociale (ANIES) a été créée le même jour que la MAMRI. Depuis 2010, si l’on considère l’évolution du PIB, la Guinée s’est enrichie. Les succès économiques sont réels, notamment dans le cadre du PNDES : le secteur minier a été relancé, avec un afflux d’investissements étrangers, l’attractivité s’est renforcée et l’agriculture, qui occupe 76 % de la population active, est soutenue par les pouvoirs publics. Toutefois, les effets restent imperceptibles sur la réduction de la pauvreté et des inégalités sociales qui affectent environ 60 % des Guinéens. D’où les engagements fermes pris au sommet de l’État en faveur de l’inclusion, clé de voûte de l’action économique gouvernementale. L’ANIES en est la formalisation. C’est une innovation guinéenne : aucun pays en Afrique ne prévoit de consentir un effort financier de 2 % de PIB à la réduction de la pauvreté ni ne possède un dispositif d’inclusion élaboré de façon aussi transversale, d’où les demandes d’information de la part de pays étrangers et d’organisations internationales sur sa conception et son déploiement. L’ANIES va réaliser des aides directes sous forme de transferts monétaires, de l’assistance avec la rétribution de travaux à haute intensité de main-d’oeuvre, et enfin l’inclusion financière des plus démunis. Elle s’adresse aux 40 % les plus pauvres de la population, soit environ 6 millions de personnes. Un opérateur international, IDEMIA, a été recruté par appel d’offres pour l’identification biométrique des futurs bénéficiaires afin de sécuriser les paiements. L’ANIES débutera ses activités de redistribution dès ce mois de décembre 2019.

Entre la loi de finances 2019 et celle de 2020 en préparation, quelles sont les innovations majeures ?

Les dépenses de fonctionnement – hors dépenses de personnel, d’investissement et de subvention – de tous les départements y compris la Primature ont subi une coupe de 20 % par rapport à 2018. Seuls les ministères de la Justice, de la Défense, de la Police et de l’Action sociale n’étaient pas concernés. L’économie réalisée finance l’investissement dans l’agriculture, l’éducation et la santé, car derrière la démarche du Premier ministre, il y a une logique économique, une vision politique. Le budget est un acte politique qui doit incarner la vision du leadership et donner des indications sur les grandes orientations économiques.

Quel État serions nous si les autorités les plus légitimes, le président de la République et le Premier ministre, n’avaient pas leur mot à dire sur la conception du budget de l’État ?

Pour le budget 2020, dans la même logique, les instructions données par la Primature s’articulent autour de 5 axes : stabilité macroéconomique et respect des engagements internationaux (notamment l’effort budgétaire en faveur de l’agriculture, de l’éducation et de la santé), renforcement du caractère inclusif de la croissance économique avec un meilleur partage de la prospérité, transparence budgétaire et gestion efficiente des finances publiques, renforcement de l’État de droit et consolidation de la démocratie, et enfin amélioration du cadre de vie de la ville de Conakry.

Au vu des actions et réformes impulsées par le Premier ministre, êtes-vous optimiste sur l’atteinte des objectifs ?

Absolument. Je suis optimiste. L’ANIES, par exemple, est la mère de toutes les réformes. Nous allons très rapidement déployer une politique majeure, qui va avoir un impact direct sur la vie des gens. Nous allons donner aux Guinéens la preuve que nul ne doit être laissé pour compte, que les fruits de la croissance économique doivent être partagés. L’échec, dans les réformes que nous conduisons, n’est pas une option. L’exigence de réussite dans nos réformes n’est pas une simple affaire technocratique ou économique. C’est un impératif politique.

Propos recueillis par Andju Ani

Auteur

EA Magazine

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