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Entretien – Directeur général de l’Office national de formation et de perfectionnement professionnel

« Nous passons de 730 femmes formées en 2017 à 1 332 en 2018 »

Lucien Beindou Guilao, directeur général de l’Office national de formation et de perfectionnement professionnel (ONFPP), met en avant un bilan positif. Cependant, il explique que son institution ne pourra pas atteindre la totalité de ses objectifs stratégiques à l’horizon 2020.

Pensez-vous atteindre d’ici à 2020 les objectifs fixés par le plan stratégique de l’ONFPP, qui se définit en trois axes : modernisation de la structure, renforcement des capacités des ressources et appui à la compétitivité ?

Lucien Beindou Guilao : Non, je ne pense pas que notre institution puisse atteindre la totalité des objectifs stratégiques fixés à l’horizon 2020. Cependant, ce dont nous sommes sûrs, c’est que l’ONFPP est devenue une institution forte et incontournable dans l’écosystème de la formation professionnelle continue et de l’apprentissage guinéens. Nous avons réussi en 4 ans à restaurer le climat de confiance qui faisait cruellement défaut entre l’ONFPP et les entreprises du secteur privé et parapublic. Disons qu’aujourd’hui, l’ONFPP peut compter sur ses forces : son expérience, la qualité de sa communication, les textes juridiques et légaux, son autonomie financière et administrative, mais aussi et surtout la motivation de ses ressources humaines bien formées, bien rémunérées et bien soignées. Pouvoir compter sur ses forces est une bonne chose, mais nous avons su profiter des opportunités qui se sont présentées, telles que la volonté politique affichée de l’État, les besoins accrus en termes de formation et de perfectionnement de nos cibles, et enfin l’existence de textes juridiques. Par contre, l’ONFPP a souffert de certaines faiblesses qui expliquent notre léger retard dans l’atteinte de nos objectifs stratégiques, notamment l’insuffisance de ressources financières, d’infrastructures et d’équipements. Comme toute entité, l’ONFPP a fait face à quelques menaces, et l’octroi d’exonérations de façon abusive constitue la principale menace à laquelle nous avons dû faire face.

Quel est votre bilan pour l’exercice 2018 par rapport à 2017, notamment sur votre Programme d’autonomisation des femmes en milieu rural et péri-urbain, un programme qui vous est cher ?

Le Programme d’autonomisation des femmes par la formation et l’apprentissage s’était donné pour objectif d’ici à 2020 de former 15 000 femmes en milieu rural et péri-urbain. En 2018, nous avons fini l’année avec 1 332 femmes formées et équipées, alors que l’année dernière nous n’avions pu former et équiper que 730 femmes.

Avez-vous mis en place des outils de suivi pour ce dispositif afin de vous assurer que les objectifs de formation sont atteints ?

Absolument. La division ingénierie de la formation est
en charge du suivi et de l’évaluation des formations
que nous finançons au bénéfice de nos cibles. Ces évaluations
sont très importantes en ce sens qu’elles nous
permettent d’estimer le nombre de situations où les
bénéficiaires ont pu mettre en oeuvre les compétences
acquises. Pour ce qui est du Programme d’autonomisation
des femmes en milieu rural et péri-urbain, au-delà
des aspects classiques, nous essayerons d’évaluer ce
qu’ont apporté nos formations sur le plan économique.
Les résultats sont encourageants, en ce sens que les
femmes bénéficiaires du programme gagnent mieux
leur vie que par le passé.
Pourquoi l’ONFPP s’engage-t-elle par ailleurs dans la
lutte contre l’émigration clandestine par le biais de la
formation ? Comment cela se caractérise-t-il sur le terrain
et espérez-vous un soutien de l’Union européenne
sur ce sujet délicat ?
La migration irrégulière constitue aujourd’hui une question
récurrente qui se pose avec acuité aux autorités
guinéennes et à leurs partenaires au développement.
Ce phénomène très ancien est actuellement ravivé par
une jeunesse de la tranche d’âge 14-35 ans, qui pense
trouver avec l’émigration une solution à ses problèmes
d’emploi et de revenus (lire notre article sur le film
The Way p. 30). Le développement de réseaux clandestins,
avec des passeurs professionnels attirés par
l’appât du gain, rend difficile l’action des différents
intervenants dans la lutte contre ce fléau. Le caractère
multidimensionnel de l’émigration irrégulière nécessite
une action coordonnée de toutes les structures
impliquées dans la lutte contre ce fléau, c’est-à-dire la
famille, les autorités religieuses, la société civile, l’État
et les partenaires au développement. À l’ONFPP, nous
pensons qu’il faut aussi sensibiliser et conscientiser
les candidats potentiels avant de leur proposer une
alternative. C’est donc pour cela que depuis le début
de cette année, nous avons initié sur fonds propres un
vaste programme qui part de la sensibilisation pour
aboutir à la proposition d’une alternative crédible et
objective. Le phénomène de l’émigration clandestine
n’étant pas propre à la Guinée, le Réseau africain des
institutions et fonds de formation professionnelle
(RAFPRO) a, sur proposition de l’ONFPP, décidé à
l’unanimité de mettre en oeuvre un programme régional
d’insertion socioprofessionnelle des jeunes ayant entre
16 et 35 ans. Pour ma part, je pense que pour parvenir
à des résultats conséquents dans la lutte contre le
phénomène de l’émigration clandestine, nous devons
d’abord compter sur nous-mêmes.
Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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EA Magazine

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