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Entretien – Directeur général de l’Office national de l’eau potable « Le défi : mobiliser les financements du programme Eau Pour Tous »

Ibrahiman Berté, directeur général de l’Office national de l’eau potable (ONEP), dresse un bilan des activités de l’institution en 2018 et donne un aperçu des objectifs à atteindre ainsi que des investissements prévus dans le secteur de l’eau d’ici à 2020.

Dans quelle mesure l’ONEP peut-il assurer que l’ensemble
des Ivoiriens a effectivement accès à l’eau potable ?

Ibrahiman Berté : Plusieurs programmes sont en cours pour permettre aux populations ivoiriennes d’avoir accès à l’eau, comme le programme « Eau Pour Tous », d’un montant global de 200 milliards de FCFA, pour tout le territoire national à l’échéance 2020. Á l’échéance 2025, ce sont 1 300 milliards de FCFA. Ce programme, dans sa première phase, va coûter
200 milliards de FCFA et traitera 200 chefs-lieux et sous-préfectures, avec un raccordement de 450 000 abonnés. Sera également effectuée la réparation de 21 000 pompes défectueuses. L’accès à l’eau potable passera aussi par des facilités d’abonnement. Aujourd’hui, le coût de l’abonnement
à la SODECI peut sembler relativement élevé pour les bourses moyennes puisqu’il peut aller de 150 à 200 000 FCFA. Dans le cadre du programme « Eau Pour Tous », il ne sera que de 10 000 FCFA et sera soumis à un échéancier. D’ici à 2020, quelle est l’ampleur des investissements de l’ONEP ?
Nous avons mis en place 31 projets structurants. Il s’agit de raccorder
tous les chefs-lieux de région, les villes secondaires et le maximum de localités rurales à un réseau alimenté par un grand fleuve, d’accélérer les études en matière d’hydraulique urbaine s’agissant de la mise à niveau des anciennes unités de production ou de nouvelles infrastructures d’hydraulique urbaine à développer, de mettre en exploitation les capacités de la nappe du Sud Comoé (Bonoua 1 et 2) où plus de 160 000 m3/ jour signent le retour à une exploitation normale et de poursuivre l’amélioration de la distribution, de mettre en exploitation les eaux de surface de la Mé
(240 000 m3/j), de la lagune Aghien et des nappes souterraines de Dabou-Niéky susceptibles d’un apport additionnel de 440 000 m3/j, et enfin de mettre en exploitation les eaux de surface du fleuve Bandama à Tiassalé pour satisfaire les besoins du district d’Abidjan jusqu’en 2030 avec plus de 600 000 m3/jour à réaliser en deux phases ainsi que l’extension des réseaux
secondaires et du nombre de branchements sociaux. Pour les zones rurales, la politique du gouvernement est orientée vers la réalisation et la réhabilitation de forages équipés de PMH pour les localités de 100 à 1 000 habitants et la réalisation de systèmes d’hydraulique villageoise améliorée (HVA) pour les localités de 1 000 à 4 000 habitants ainsi que vers l’entretien, la maintenance et la professionnalisation de la gestion des ouvrages en milieu rural. De quels moyens dispose l’ONEP pour vérifier la qualité de l’eau distribuée à la population ?
Depuis sa création, l’ONEP avait recours à des laboratoires extérieurs pour assurer le contrôle de la qualité de l’eau. Depuis 2015, il s’est doté du Laboratoire d’analyse et de contrôle de la qualité de l’eau (LACQUE). L’ensemble du projet a nécessité un financement de 1,4 milliard de francs assuré par l’État de Côte d’Ivoire avec le Fonds de l’eau, par la République française avec le Contrat de désendettement et de développement (C2D), et enfin par la Banque arabe de développement économique en Afrique (BADEA). Conçue pour une capacité annuelle de 4000 échantillons, cette structure renforce le contrôle sur toute l’étendue du territoire ivoirien. Ainsi, ce sont 15 000 échantillons d’eau de consommation qui ont été contrôlés par l’ONEP durant la période 2015-2018. En plus des contrôles sur les eaux de consommation, le laboratoire poursuit le développement de ses compétences sur la surveillance des ressources en eau et sur le contrôle dans l’eau de polluants tels que les pesticides utilisés en agriculture et les métaux issus de l’orpaillage. L’effectivité du laboratoire LACQUE-ONEP et ses missions attestent de la volonté de l’État de Côte d’Ivoire, et plus spécifiquement du ministère de l’Hydraulique, d’offrir à l’ONEP les moyens de contrôler la qualité de l’eau, étape indispensable pour l’aide à la décision
et à l’orientation stratégique de sa mission de mise à disposition d’eau potable pour tous les Ivoiriens.

Quelle place accordez-vous à la relation avec le client et à ce titre, la création du Centre de relation avec les consommateurs (CRC) a-t-elle renforcé l’image de l’ONEP auprès des populations ?
L’une des missions de l’ONEP est de défendre les intérêts des usagers de l’eau potable en s’assurant du respect des obligations du service public et en gérant les réclamations. Créé en novembre 2015, le CRC est un outil majeur de communication et un recours pour les consommateurs. Il a pour vocation de développer une relation de proximité par la gestion des appels et l’orientation des consommateurs. Vu le bilan qu’affichent les 3 années d’existence du CRC, nous pouvons affirmer qu’il a renforcé l’image de l’ONEP auprès des usagers de l’eau potable.

Quel est le bilan en termes d’investissement dans le secteur de l’eau potable depuis 2011 ?
Depuis 2011, ce sont plus de 500 milliards de FCFA qui ont été investis sur le terrain et qui nous ont permis d’atteindre un taux de couverture actuel de 68 %, contre 40 % avant 2011. Entre 1960 et 2011, la population ivoirienne utilisait 400 000 m3 d’eau par jour. Entre 2011 et 2015, il a été produit à peu près 200 000 m3 d’eau par jour. Ce qui veut dire qu’en quatre ans, nous avons produit la moitié de l’eau que nous consommons.
C’est la preuve que des progrès sensibles ont été faits. Le déficit d’eau dans certains quartiers d’Abidjan a été réglé. Des quartiers comme Koumassi Nord-Est qui avaient des surpresseurs au bas des immeubles sont désormais un vieux souvenir. C’est pour dire que des investissements et progrès importants ont été faits dans le secteur de l’eau potable.

Quel est le bilan de vos activités en 2018 par rapport à 2017 ?
Par rapport à 2017, l’année 2018 a enregistré une hausse dans la réalisation d’infrastructures hydrauliques sur le territoire national : 527 unités de production en 2017, contre 577 en 2018 ; 515 châteaux d’eau en 2017,
contre 560 châteaux d’eau en 2018 ; une capacité de production installée de 809 038 en 2017, contre 1 039 800 en 2018 ; et enfin 1 056 localités desservies en 2017, contre 1 081 en 2018. Le gouvernement s’est engagé
à assurer la couverture en eau potable à 95 % de la population d’ici à 2020.
Quels défis sont à relever en 2019 pour l’ONEP ?
Le défi pour l’année 2019 est de mobiliser les financements du programme « Eau Pour Tous » qui va contribuer de manière substantielle à l’atteinte de cet objectif. Le programme social du gouvernement prévoit dans son compartiment « eau » l’accès des Ivoiriens à l’eau potable à moindre coût. Le défi majeur reste la mobilisation des fonds nécessaires pour l’atteinte des objectifs qui nous sont assignés d’ici à 2020.

Propos recueillis par Paul de Manfred

Auteur

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