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Entretien – Directeur général de la Société Burkinabè des Fibres Textiles (SOFITEX)

Entretien – Directeur général de la Société Burkinabè des Fibres Textiles (SOFITEX): « La BADF va octroyer des crédits compatibles avec le risque agricole »

Wilfried Aimé Guillaume Sidbéwindé Yameogo, directeur général de la Société Burkinabè des Fibres Textiles (SOFITEX), salue la création d’une nouvelle banque agricole très attendue par les acteurs du secteur.

Pour la campagne de production de coton-graine
2018-2019, l’objectif est fixé, selon l’Association
interprofessionnelle du coton du Burkina (AICB), à
836 000 tonnes, soit plus 37 % par rapport à 2017-
2018. Cet objectif sera-t-il tenu et quelles sont les
innovations pour cette campagne à venir ?
Wilfried Aimé Guillaume Sidbéwindé Yameogo : Les
836 000 tonnes de coton-graine pour la campagne
2018-19 constituent un objectif national et, comme
tel, il est porté par l’ensemble des acteurs de la filière :
les vaillants producteurs fédérés au sein de l’UNPCB et
les sociétés cotonnières FASO COTON, SOCOMA et
SOFITEX. Les fondamentaux aménagés pour la campagne
2018-19 sont assez incitatifs. Il s’agit notamment
du prix d’achat du coton-graine fixé à 250 FCFA/kg,
contre 245 FCFA la campagne précédente, du prix de
cession des intrants maintenus aux mêmes niveaux
que ceux des trois campagnes précédentes grâce à
une subvention de 9,614 milliards de FCFA de l’État
burkinabè et de 6,674 milliards de FCFA de la filière,
et enfin de la subvention de 5 milliards de FCFA de
l’État pour soutenir l’apurement de la dette interne des producteurs. Je voudrais vous faire remarquer que la
production 2017-2018 ne saurait être une référence
dans la mesure où elle s’inscrit dans un contexte particulier
avec l’apparition de la chenille légionnaire qui
habituellement n’était pas observée dans les champs de
coton. Pour ce qui est de nos objectifs de production,
les difficultés rencontrées dans le nord du Kénédougou
vont certainement engendrer quelques perturbations
mais nous avons bon espoir que le dialogue et la
concertation avec les producteurs de cette zone de
production cotonnière et céréalière permettent de
normaliser la situation.
Pourquoi avoir estimé nécessaire, dans un communiqué
du 1er février dernier, de donner avec force détails la
version de la direction générale en réaction aux médias
mettant en cause la SOFITEX dans sa gestion de la
campagne ?
J’ai voulu, face aux critiques véhiculées dans les médias
tendant à incriminer la qualité des intrants agricoles
mis en place par la SOFITEX au titre de la campagne
2017-18, donner à l’opinion nationale et internationale
la juste lecture qu’il faut avoir des événements.
La SOFITEX tenait à rassurer l’opinion publique et
les producteurs sur la rigueur qu’elle observe dans ses
dispositions, en collaboration avec la Recherche, dans
le processus de commande des intrants au profit des
producteurs. Les procédures, de même que la composition,
les formules et les types d’intrants sont déterminés
par la Recherche cotonnière sur la base de plusieurs
années d’expérimentation et prennent en compte les
contraintes techniques : baisse de fertilité et dégradation
des sols, résistance des insectes ravageurs aux
insecticides, développement des maladies
fongiques, etc. Il est important de savoir
que de manière systématique, la Recherche
procède au préalable à la conduite d’essais en
stations expérimentales. Sur la base des résultats
observés, elle fait des recommandations
des formules efficientes aux sociétés cotonnières,
dont la SOFITEX. Il est également important
de souligner que c’est à partir des recommandations
de formules de la Recherche que la SOFITEX conduit
des tests en milieu paysan (pré-vulgarisation et démonstration).
Ces tests sont menés auprès des producteurs
eux-mêmes, et ils apportent sur les nouvelles formules
testées des appréciations sur la base desquelles les
recommandations techniques sont choisies pour être
vulgarisées. Á partir de l’analyse des résultats des tests
réalisés en station et en milieu paysan, les formules les plus efficientes sont retenues à l’issue
d’une concertation avec la Recherche pour
faire l’objet de commande.
Le gouvernement a débloqué plus de
9,614 milliards de FCFA pour amortir le
coût des intrants de la campagne 2018-
19 et les sociétés cotonnières ont injecté
plus de 6,674 milliards, soit un total de
16,288 milliards pour maintenir le prix
des intrants au même niveau que l’année
dernière. Comment mesurer l’apport de
ces capitaux ?
Ces efforts financiers traduisent l’engagement
à la fois de l’État burkinabè et de la
filière coton à assurer la pérennité de la
culture cotonnière dans notre pays. Ces
efforts financiers se mesurent sur le terrain
par l’adhésion des producteurs à nos mots
d’ordre et par le maintien effectif du prix
des intrants aux prix de la campagne dernière
malgré le renchérissement des coûts
d’acquisition. Bien entendu, avec l’engagement
des producteurs et une bonne saison
hivernale, les performances de production
seront au rendez-vous.
Quel sera le prix d’achat du kilo de cotongraine
cette année ?
Le prix d’achat du coton-graine cette
campagne a été comme à l’accoutumée
annoncé par l’AICB avant les semis de la
campagne 2018-19, précisément fin avril
2018. Il est de 250 FCFA le kilogramme
pour le premier choix et de 225 FCFA pour le cotongraine
de deuxième choix. Ces prix sont contractuels
et seront payés aux producteurs quelle que soit l’évolution
défavorable des cours mondiaux de la fibre.
Notre conviction est que la hausse du prix d’achat
du coton-graine et le maintien du prix des intrants
agricoles amélioreront sensiblement la « marge après
remboursement des intrants » du producteur.
Le président Kaboré a respecté une promesse de campagne
faite aux agriculteurs : créer la Banque Agricole
du Faso (BADF). Cette nouvelle banque va-t-elle révolutionner
le quotidien des agriculteurs burkinabè ?
Je voudrais avant tout propos traduire ici toute ma
reconnaissance au président du Faso pour avoir donné
corps à cette banque tant attendue par les acteurs
du monde agricole que nous sommes. Un des gros
handicaps de l’agriculture burkinabè étant sa faible
mécanisation, cette nouvelle banque orientée vers le
monde agricole permettra, je l’espère, d’octroyer des
crédits à des conditions compatibles avec le risque
agricole, afin que dans un avenir proche les grandes
superficies emblavées par les producteurs, toutes spéculations
confondues, puissent se faire sans mettre à
rude épreuve leur condition physique. En soulageant
leur labeur avec la mécanisation du parcours cultural,
nous créerons en même temps les voies du progrès de
notre agriculture vers les sommets de l’autosuffisance
alimentaire et une hausse vertigineuse de la production
cotonnière. Je terminerai en saisissant l’opportunité de
cette tribune pour témoigner à récurrence la gratitude
des acteurs de la filière à Son Excellence Monsieur le
président du Faso et aux membres du gouvernement
pour tout le soutien accordé au secteur coton. J’adresse
mes encouragements soutenus à tous les vaillants producteurs
qui, en ce moment, redoublent d’ardeur et
de génie afin de vaincre l’adversité de la nature pour
porter encore plus haut le flambeau de la production
cotonnière du Burkina Faso.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

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