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Entretien – Directeur général de la Société Guinéenne du Patrimoine Minier (SOGUIPAMI)

« Nous ne pouvons laisser nos richesses géologiques en jachère »

Forte de son personnel adéquatement formé et expérimenté, la SOGUIPAMI dirigée par Mamady Fofana, dépositaire et optimisatrice du portefeuille minier de l’État, dépasse sa fonction de gestionnaire administrative pour s’engager dans une démarche résolument prospective au service de la vision du développement portée par les autorités guinéennes.

En tant que directeur g énéral, pouvez-vous nous présenter la Société Guinéenne du Patrimoine Minier ?

Mamady Fofana : La Société Guinéenne du Patrimoine Minier (SOGUIPAMI) est une société  commerciale régie par l’OHADA (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) et dont l’actionnaire unique est l’État guinéen. Elle est chargée de la gestion des participations de l’État dans les sociétés minières ainsi que du développement de permis miniers en partenariat technique et financier avec des investisseurs. Mais elle est aussi mandatée par l’État pour commercialiser sa part des minerais produits dans le pays et pour transporter jusqu’à 50 % de cette production sur une base logistique fiable. Elle participe aux négociations du gouvernement sur les contrats miniers stratégiques
établis entre l’État et les investisseurs, effectuant une analyse de modèles financiers tout en développant
l’attractivité et la bancabilité des projets d’infrastructures majeurs. La création de cette entité répond donc au besoin de rendre effective la distinction entre les prérogatives de l’administration minière, qui relèvent du domaine public, et celles de la SOGUIPAMI, qui relèvent de l’aspect commercial et transactionnel.

Comment avez-vous vécu votre nomination à la tête de cette institution ?

Je remercie Son Excellence M. le président de la République, le professeur Alpha Condé, de me permettre d’apporter mon humble contribution à l’émergence d’une Guinée forte qui soutient et met en avant sa jeunesse bien formée et compétente pour relever le défi de l’émergence au moyen d’un secteur minier mieux valorisé. La SOGUIPAMI est devenue un partenaire incontournable pour l’investissement minier en Guinée. Les demandes de partenariat affluent grâce à une visibilité accrue et un accompagnement technique et administratif reconnu par les sociétés minières ayant déjà bénéficié de ses services.

En quoi la SOGUIPAMI participe-t-elle au progrès économique et social voulu par les autorités guinéennes ?

Notre valeur ajoutée réside non seulement dans le fait de défendre les intérêts miniers de la Guinée par une juste valorisation commerciale des actifs de ce secteur, mais aussi et surtout dans celui d’être un partenaire rassurant et fiable pour des primo-investisseurs dont les modèles de gestion des risques ne sont pas toujours adaptés à nos réalités africaines. Vous le savez, le défi majeur de notre secteur est de transférer la richesse du sous-sol vers nos populations, à commencer par les couches les plus vulnérables, et le gouvernement dirigé par le Premier ministre, le docteur Ibrahima Kassory Fofana, a déjà articulé des mécanismes inédits de répartition de richesse directement ou indirectement basée sur les redevances minières, d’où le rôle majeur de la SOGUIPAMI dans l’accroissement des revenus miniers et des dividendes de l’État.

Sur quelles bases s’appuie la valorisation du patrimoine minier ?

L’exigence d’accroissement passera par la mise en exploitation de nouveaux projets miniers sur des minerais du futur comme le nickel, le cobalt, le manganèse, le lithium et le graphite, qui bénéficient d’une forte demande, à satisfaire de façon écologique pour rester dans le sens de l’histoire. La commercialisation des minerais, notamment de la bauxite, s’appuie sur nos connaissances approfondies du marché et des prix sur toute la chaîne de valeur minière, de l’extraction à la livraison chez le client. Je suis très fier de cette ouverture sur le marché qui permet à la Guinée de parler d’égal à égal avec les acheteurs potentiels. Dans la dynamique d’un marché, s’il est porteur et la demande forte, c’est au vendeur de fixer le prix. Nous adoptons donc une approche très stratégique sur certains aspects de nos opérations. La SOGUIPAMI a pour vocation de jouer pleinement son rôle dans l’accomplissement de la vision minière de Son Excellence M. le président de la République, qui destine le secteur minier à servir de levier de croissance fort pour les autres secteurs de l’économie que sont l’agriculture, l’énergie et l’éducation, sans oublier le fort impact sur le développement de nouvelles infrastructures : port, chemin de fer, raffineries… Je profite d’ailleurs de la tribune que vous m’accordez pour remercier nos partenaires de leur confiance, qui se traduit par des investissements conséquents, et nous les encourageons à se conformer aux dispositions de notre code minier.

Dans un domaine aussi spécialisé que le vôtre, quelle est la place accordée à la formation de votre personnel ?

La direction de la SOGUIPAMI s’inscrit ainsi dans une vision stratégique en appui au programme économique du président de la République. L’opérationnalisation de cette vision, initiée depuis 2014, passe prioritairement par des programmes de formations spécialisées continues de son personnel et de l’administration minière. Ces formations pointues s’inspirent des techniques modernes de gestion de projet et de structuration de partenariat afin de créer des véhicules d’investissement sécurisés et fiables pour attirer davantage d’investisseurs. Notre politique de développement du capital humain est dictée par la nécessité d’avoir des compétences dans certains types de métiers spécialisés et bien identifiés : commodity traders, analystes financiers, project managers prince 2, ingénieurs, etc. Ils sont nécessaires à l’accomplissement de notre mandat, mais aussi et surtout à l’accompagnement de nos partenaires dans le développement de cycles de projets complexes. Nous avons d’ailleurs plusieurs ingénieurs spécialisés et quelques MBA expérimentés.

Quelles sont les perspectives de votre établissement à court, moyen et long termes ?

Nous développons notre propre portefeuille d’actifs miniers en diversifiant les projets par type de minerai afin de construire un solide portefeuille de projets rentables et bancables. Nous visons à devenir un acteur majeur de classe internationale dans les trois prochaines années. Dans cette perspective, notre stratégie a débuté en août 2017 par l’acquisition de notre premier actif, une mine de bauxite de classe mondiale dont la production débutera en 2020. Nous avons ensuite accéléré notre développement grâce à l’acquisition de permis d’exploration d’or sur le corridor Birimien de Siguiri et, en 2018, d’un permis de diamant et pierres précieuses offrant un bon potentiel de découverte de nouveaux gisements. Actuellement, nous nous engageons résolument dans l’avenir avec un projet de développement de minerais du futur – nickel, cobalt, scandium – faisant l’objet d’une procédure d’appel à partenariat international. Nous nous intéressons aussi au manganèse, que nous ambitionnons d’être les premiers à développer sur un marché très porteur. Enfin, nos derniers partenariats dans le développement de nouveaux gisements de minerai de fer vont nous permettre de positionner à court terme la Guinée sur le marché international du fer, son minerai naturel, dont les prix ont retrouvé des niveaux propres à nous inciter à réactiver des projets rangés dans les tiroirs. Nous ne pouvons plus nous permettre de laisser en nos richesses géologiques en jachère !

Propos recueillis par Andju Ani

Auteur

EA Magazine

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