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Entretien – Directeur général de la Société nationale de l’amenagement des terres et de l’equipement rural

« L’usine de montage de tracteurs agricoles aura un fort impact sur l’économie »

Tasré Bouda, directeur général de la Société nationale de l’aménagement des terres et de l’équipement rural (SONATER), se félicite de la réception de 400 tracteurs en novembre 2019. Cette acquisition, deuxième du genre après celle de 500 tracteurs réalisée en 2017, va donner à la société les moyens de quitter un cycle de croissance en dents de scie pour amorcer un développement durable.

Comment évaluer l’impact de la mesure gouvernementale visant à mécaniser l’outil de production des agriculteurs, et comment suivez-vous les rendements des agriculteurs ayant bénéficié de tracteurs ?

Tasré Bouda : Je voudrais d’abord rappeler que l’opération du 29 novembre 2019 a consisté en la remise officielle aux producteurs agricoles par Son Excellence Monsieur le président du Faso de 400 nouveaux tracteurs agricoles équipés. Ensuite, il nous faut comprendre que nous sommes dans un contexte où le pays n’a pas d’autre choix que de s’engager résolument pour la mécanisation durable de l’agriculture. En effet, face à la contrainte de main-d’oeuvre agricole, aux inégales répartitions spatio-temporelles des pluies et à la nécessité pour les producteurs de respecter les calendriers culturaux, le ministère en charge de l’Agriculture, à travers la SONATER, met à leur disposition un ensemble de matériels agricoles allant des équipements de production à ceux de la petite transformation. Ainsi, nous vendons à prix subventionnés par l’État des tracteurs, des motoculteurs, des motopompes, des semoirs, des égreneuses multifonctions, des batteuses-vanneuses, des botteleuses, etc. L’impact de ces interventions n’est plus à démontrer. En effet, selon le rapport d’évaluation finale du Projet de développement de la mécanisation agricole et de soutien au secteur hydraulique (PDMA-SSH) paru en 2017, il a été constaté une augmentation moyenne des superficies emblavées de l’ordre 7,52 ha par bénéficiaire de tracteur, induisant ainsi une augmentation des productions de l’ordre 18,40 tonnes pour le coton, 25,45 tonnes pour le maïs et 3,31 tonnes pour les autres céréales. Les résultats obtenus par ce projet conduit par le FEER, actuelle SONATER, renforcent la volonté et l’engagement de l’État à poursuivre ses efforts pour une mécanisation durable du secteur agricole, surtout lorsque l’on sait que, selon plusieurs sources, plus de 80 % des travaux champêtres et de transformation des produits agricoles par les exploitations familiales rurales sont réalisés à la main. Il est donc temps d’inverser la  tendance pour espérer l’atteinte de la sécurité alimentaire,voire de la souveraineté alimentaire. Une usine de montage de tracteurs agricoles, dont la première pierre a été posée également le 29 novembre dernier, devrait voir le jour prochainement.

Quel en sera l’impact pour l’économie burkinabè et que va-telle représenter pour les agriculteurs ?

La mise en place de l’usine de montage de tracteurs agricoles aura un impact considérable sur l’économie burkinabè car elle permettra notamment la réduction des coûts unitaires des produits finis que sont les tracteurs et les motoculteurs qui y seront montés, grâce à la fabrication nationale de certaines composantes de ces machines agricoles avec la contribution de l’expertise nationale. Le schéma envisagé est une contractualisation avec des structures telles que la SAP Olympique pour la production des pneus, des fonderies nationales pour le moulage de certaines pièces, la Chambre des métiers et de l’artisanat du
Burkina Faso (CMABF) pour la fabrication des remorques, etc. Symboliquement, cette usine sera perçue par les agriculteurs comme un signal fort du gouvernement à accompagner leurs efforts pour la modernisation de leurs exploitations, une incitation à délaisser leur matériel rudimentaire relevant du musée au profit de technologies de production avancées, conformément aux ambitions de l’Union africaine.

Pouvez-vous nous faire un résumé de la contribution de la SONATER aux infrastructures et aux aménagements ruraux dans le cadre de la mise en oeuvre du PNDES ?

En matière d’aménagement des terres agricoles, des maîtres d’ouvrages et partenaires techniques et financiers se sont attachés les services de la SONATER pour notamment réaliser 981 hectares (ha) de basfonds dans les régions du Centre, du Centre-Sud, du Centre-Nord, du Centre-Ouest, du Centre-Est, du Plateau Central, du Nord et des Hauts-Bassins dans le cadre du Programme de développement de la petite irrigation villageoise (PPIV) et du Projet d’amélioration de la productivité agricole et de la sécurité alimentaire (PAPSA), 218 ha de périmètres irrigués dans les régions du Centre, de la Boucle du Mouhoun, du Centre-Ouest, du Centre-Sud, de l’Est, du Nord et du Sahel dans le cadre du PPIV, du PAPSA et du Projet national d’aménagements hydrauliques (PNAH), ainsi que pour réhabiliter 653 ha de périmètres irrigués dans les régions de l’Est, du Centre-Est, des Cascades et de la Boucle du Mouhoun pour le compte du PPIV, du PAPSA, du Programme de restructuration et de mise en valeur de la plaine aménagée de Niofila/Douna (PRMV/ND) et de l’Autorité de mise en valeur de la Vallée du Sourou (AMVS). En matière d’infrastructures rurales, l’appui de la SONATER aux maîtrises d’ouvrages a consisté notamment à conduire des études et à réaliser 44 forages, 23 adductions d’eau potable simplifiées (AEPS), 9 magasins de stockage assortis d’aires de séchage et 20 puits à grands diamètres dans diverses localités du Burkina Faso.

En termes de résultats financiers, les tendances sont-elles en hausse , et quelles sont vos projections pour 2020 ?

Généralement, les revenus de la SONATER sont essentiellement tirés de la vente des équipements agricoles, car les chiffres d’affaires de l’ordre respectivement de deux milliards et de quatre milliards pour les années 2017 et 2018 proviennent à environ 90 % de la vente desdits équipements. Pour 2020, avec la réception des 400 tracteurs en novembre 2019, les perspectives sont bonnes. Par conséquent, à partir de 2020, la SONATER espère quitter son cycle de croissance en dents de scie pour amorcer un développement durable.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

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