logo

Entretien – Directeur général des Douanes: « Redéfinir la carte douanière pour un maillage plus efficace »

Le commissaire général Amadou Halilou, qui dirige les Douanes nigériennes depuis deux ans, s’est employé à mettre cette administration aux normes internationales en appliquant une série de réformes comme le paiement électronique pour la sécurisation des recettes de l’État.

Comme directeur général des Douanes depuis près de deux ans, quel bilan pouvez-vous mettre en avant au plan de la gouvernance ainsi qu’en matière de rendement et de mobilisation des recettes ?

Amadou Halilou : Depuis notre nomination le 1er décembre 2016, nous nous sommes attelé à améliorer la bonne gouvernance au sein de l’administration des Douanes. Nous nous sommes également évertué à implémenter les meilleures pratiques et normes internationales afin de faire de la Douane nigérienne une administration moderne et efficace. Plusieurs actions de renforcement des capacités des agents des Douanes ont également été organisées afin de les former à l’évolution accélérée du commerce international et des normes édictées par l’Organisation mondiale des douanes. Au registre de la mobilisation des recettes, malgré les chocs sécuritaires et la récession économique mondiale, la Douane nigérienne a tenu le cap, parvenant même à dépasser les objectifs assignés par la loi de finances 2017, ce qui a valu au corps les félicitations de Monsieur le ministre des Finances. Pour une plus grande performance des unités douanières, chaque bureau s’est vu assigner des objectifs mensuels régulièrement évalués par le ministère des Finances. Il faut aussi relever une plus grande maîtrise des exonérations, qui sont une source d’évasion fiscale.

Quelles ont été les performances en termes de recettes en 2017 et quels sont les objectifs visés pour 2018 ?

En 2017, sur des objectifs de recettes douanières cash, la Douane a enregistré un taux de réalisation de 101,72 %. En 2018, pour les objectifs cash, le taux de couverture jusqu’à fin octobre 2018 s’élève à 71,83 %. Nous mettrons, s’il plaît à Dieu, le dernier trimestre de l’année en cours pour atteindre, voire dépasser, le taux de réalisation de 100 %.

Qu’en est-il des actions visant à lutter contre la corruption, un sujet d’ailleurs inscrit parmi vos priorités ?

La corruption est un phénomène mondial qui dérégule l’économie mondiale et crée de l’injustice fiscale. Si elle n’est pas l’apanage des services douaniers, nous sommes toutefois en train d’adopter des mesures qui, à terme, l’atténueront et même la feront disparaître du milieu douanier. Celles-ci prévoient la formation des agents sur l’éthique et la déontologie en se basant sur la déclaration d’Arusha révisée concernant la bonne gouvernance et l’éthique en matière douanière, la multiplication des audits et contrôles internes et pour ce faire, la Direction de l’audit et du contrôle interne (DACI) sera renforcée en personnel qualifié –, le traitement électronique de toute la chaîne des procédures douanières à travers le plan de développement informatique grâce auquel elles seront informatisées du transit électronique au paiement électronique afin de raréfier les contacts physiques, le relèvement des revenus des agents des Douanes par l’adoption du décret d’application du statut autonome du personnel de Douane, et enfin la culture de l’esprit de sanctions, qu’elles soient positives ou négatives.

« Un environnement commercial sûr au service du développement économique » fut le thème retenu cette année pour célébrer la Journée internationale de la Douane. Que signifie cet événement pour les Douanes nigériennes ?

Le choix de ce thème, vous vous en doutez, n’est pas fortuit : il est la conséquence du rôle central de la Douane dans la régulation du commerce international. Au Niger, comme les années précédentes, nous avons célébré la Journée internationale des Douanes avec une conférence-débat relative au thème choisi. L’objectif est d’entretenir l’auditoire sur le rôle de la Douane dans l’économie nationale et sur les mesures prises pour harmoniser les procédures douanières et faciliter le commerce licite. Au cours de cette journée, les agents des Douanes ainsi que les opérateurs sont informés sur l’évolution du commerce international avec l’orientation édictée par l’Organisation mondiale des douanes (OMD) et l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Quelles réformes comptez-vous initier pour moderniser les Douanes nigériennes ?

La Douane nigérienne a entrepris depuis quelques années un ambitieux processus de modernisation. Plusieurs chantiers sont achevés et d’autres en cours. Nous pouvons citer, sans être exhaustif, la migration de SYDONIA + à SYDONIA WORD, l’adoption d’un nouveau code des Douanes inspiré de l’Accord de Bali sur la facilitation des échanges et de la Convention de Kyoto révisée sur l’harmonisation et la simplification des procédures douanières, l’adoption de la gestion prévisionnelle des effectifs, des emplois et des compétences (GPEEC), ou gestion axée sur les compétences, le démarrage du paiement électronique pour la sécurisation des recettes de l’État, le démarrage du Guichet unique automobile ou encore la création d’une Cellule valeur et d’une Cellule des réformes et de la modernisation. Tous ces projets seront vides de sens si le personnel chargé de les appliquer n’est pas solidement formé. C’est dans ce cadre que plusieurs actions de formation continue sont organisées sur fonds propres ou avec l’appui des partenaires. Dans le même ordre d’idées, nous comptons renforcer les capacités humaines de l’administration par le recrutement d’agents douaniers spécialistes : juristes, économistes, statisticiens, informaticiens, etc. L’objectif est d’avoir un personnel douanier en nombre suffisant et suffisamment qualifié pour répondre au besoin d’une Douane moderne et parvenir à un meilleur cadrage du territoire national. Enfin, nous projetons également une redéfinition de la carte douanière aux fins d’un maillage plus efficace de nos portes d’entrée.

Durant les trois prochaines années, quelle stratégie les services des Douanes vont-ils mettre en place pour atteindre vos engagements financiers fixés dans le cadre du Programme de la Renaissance acte II ?

Le Programme de la Renaissance acte II est un ambitieux programme du président de la République visant à transformer structurellement le Niger. Cette mutation nécessite, vous vous en doutez, d’énormes ressources internes. C’est à ce niveau que le rôle de la Douane est primordial. Tous les projets de modernisation auxquels je faisais tantôt allusion ne sont que des actions de mise en oeuvre du Programme de la Renaissance. Aussi nous comptons, pour les trois années à venir, transformer le visage de l’administration des Douanes pour en faire un service public dans lequel primeront l’intégrité, l’efficacité et la compétence. C’est dans ce cadre qu’un comité a été créé pour l’élaboration d’un plan stratégique pluriannuel qui prendra en compte tous les enjeux qui s’imposent à une administration douanière moderne, efficace et au service du développement du pays. L’élaboration de ce plan sera achevée à la fin de l’année 2018 et il sera mis en oeuvre dès janvier 2019. J’appelle donc l’ensemble des agents des Douanes à se mettre dans cette dynamique pour un Niger renaissant.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

EA Magazine LLB Afrique
Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.
SAVOIR PLUS
ARTICLES RÉCENTS
Contact Info
LLB Afrique
  • 91 Rue FAUBOURG ST HONORE 75008 Paris – France
  • +33 1 42 65 25 52