logo

Entretien – Directeur général des Douanes

Entretien – Directeur général des Douanes: « Nous mettrons tout en oeuvre pour recouvrer 695 milliards »

Adama Sawadogo, directeur général des Douanes, loue la qualité du service de la plate-forme SYLVIE, fait le bilan des recettes mobilisées en 2017 et défend le retour à l’assainissement des opérations liées au secteur des voitures d’occasion.

En 2017, avez-vous atteint votre objectif de recettes de
603 milliards ? Si oui, sur quelle stratégie cette performance
représentant 20 % de plus qu’en 2016 s’est-elle
appuyée ?
Adama Sawadogo : La fiscalité est intimement liée à
la performance économique. L’année 2017 a été marquée
par une reprise progressive des activités, mais
comme vous pouvez l’imaginer, on ne se relève pas
facilement de crises sociales, sécuritaires et politiques
comme celles qu’a connues notre pays en 2014, en
2015 et en 2016. Cette reprise n’a cependant pas été
suffisante pour garantir un recouvrement à la hauteur
des ambitions affichées par le gouvernement dans la loi
de finances 2017. Sur un objectif de 603 milliards de
FCFA au titre de l’année 2017, nous avons recouvré
575 milliards, soit un taux de réalisation de 95,3 %.
Certes, nous avons manqué la cible, mais c’est tout de
même une augmentation de plus de 87 milliards par
rapport à l’année 2016.
S’il est vrai que nous n’avons pas atteint l’objectif de
603 milliards, il est aussi vrai que, l’accroissement du
volume des importations étant faible d’une année à
l’autre et la dépense fiscale devenant de plus en plus
importante, nous avons pris conscience du fait qu’il
fallait que nous fassions mieux ce qui n’était pas totalement
bien fait. Cela passe par la lutte contre la fraude
et l’introduction de réformes allant dans le sens de la
modernisation et de la simplification de nos procédures
de dédouanement.
Dans quelle mesure la plate-forme SYLVIE, mise en
cause par certains commerçants, a-t-elle contribué à
atteindre ce niveau de performances inédites pour les
Douanes burkinabè ?
Le SYstème de Liaison Virtuelle pour les opérations
d’Importations et d’Exportations (SYLVIE) est un
guichet unique de collecte des documents requis pour
les formalités de dédouanement. Il a apporté plus de
transparence et d’efficience dans les formalités du commerce
extérieur. Les bénéfices liés à sa mise en oeuvre
sont partagés : les importateurs et les exportateurs
tirent profit du gain de temps et de coûts induit par
son exploitation et l’administration douanière de la
transparence engendrée, ce qui permet de sécuriser
les recettes. La mise en oeuvre d’une réforme de cette
envergure entraîne nécessairement une méfiance de la
part des bénéficiaires que sont les importateurs, les
exportateurs et même certains agents des Douanes. La
gestion du changement devient alors la clé de voûte pour
le succès de la réforme. Aujourd’hui, on peut affirmer
sans risque de se tromper que le guichet unique SYLVIE
a conquis sa place dans l’environnement des affaires
au Burkina Faso.

Á propos de l’assainissement du secteur des véhicules
d’occasion, de quoi s’agit-il exactement pour les services
des Douanes ?
L’assainissement du secteur des véhicules d’occasion
suppose trois choses. D’abord, permettre au Centre de
contrôle des véhicules automobiles (CCVA) d’évaluer
les véhicules âgés de dix ans et les engins de travaux
publics d’occasion quel qu’en soit l’âge. Ensuite, dresser
une liste limitative des experts automobiles remplissant
les conditions légales, administratives et techniques
pour l’évaluation des véhicules de plus de dix ans d’âge.
Enfin, en relation avec certains partenaires traditionnels,
nous allons construire un guichet unique de dédouanement
de véhicules automobiles où tous les acteurs
(Douanes, Direction des transports terrestres et maritimes,
concessionnaires de plaques d’immatriculation,
CDA) seront regroupés en un seul lieu pour plus de
transparence et d’efficacité dans l’accomplissement de
formalités de dédouanement et d’immatriculation des
moyens de transport au Burkina Faso. Pour l’administration
des Douanes, l’assainissement du secteur des
véhicules d’occasion a pour objectif de la repositionner
dans son rôle régalien de contrôle des déclarations, car
l’impôt de douane est un impôt déclaratif. Du reste,
bon nombre d’administrations de la CEDEAO ont
adopté ce principe fiscal pour lutter contre la fraude
qui sévit dans le secteur des transports et mobiliser
davantage de ressources au profit des budgets de leurs
États. Le gouvernement s’était d’ailleurs inscrit dans
cette perspective d’assainissement en autorisant à nouveau,
lors du Conseil des ministres du 29 juin 2016, la
réinstallation de COTEC au Burkina Faso.
L’administration des Douanes est, faut-il le rappeler,
l’une des plus importantes régies financières au Burkina
Faso. Les mouvements d’humeur d’une partie du
personnel du ministère des Finances peuvent-ils affecter
vos performances en 2018 ?
Depuis un certain temps, la fronde sociale s’est installée
au ministère de l’Économie, des Finances et du Développement
en paralysant malheureusement l’activité
économique nationale. Pour ce qui concerne l’administration
des Douanes, nous pouvons dire qu’à court
terme, ces mouvements sociaux ont un effet négatif sur
nos performances, mais considérés au niveau annuel,
nous ne pensons pas qu’ils aient une incidence significative
car toutes les opérations de dédouanement
suspendues reprendront tôt ou tard, et les droits et taxes
seront perçus conformément aux règles en vigueur. Il
s’agit, en d’autres termes, d’un recouvrement différé.
Dans quelle mesure les Douanes seront-elles mises
en contribution en matière d’exécution du PNDES
en 2018 ?
Nous savons que 64 % des investissements inscrits au
PNDES doivent être financés sur ressources propres. Par
sa mission régalienne de collecte de ressources au profit
du Trésor public pour l’année 2018, l’administration
des Douanes mettra tout en oeuvre pour le recouvrement
de 695 milliards de FCFA, tel que prévu par la
loi de finances 2018, pour le financement du PNDES.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

EA Magazine LLB Afrique
Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.
SAVOIR PLUS
ARTICLES RÉCENTS
Contact Info
LLB Afrique
  • 91 Rue FAUBOURG ST HONORE 75008 Paris – France
  • +33 1 42 65 25 52