logo

Entretien – Directeur général du Conseil du coton et de l’anacarde: « Nous projetons de produire 800 000 tonnes de noix de cajou en 2019 »

Le docteur Adama Coulibaly, directeur général du Conseil du coton et de l’anacarde, rappelle que son pays est le premier producteur et exportateur mondial de noix brute, et qu’il ambitionne aussi, à l’instar de l’Inde et du Vietnam, d’en être grand transformateur, visant 50 % à l’horizon 2020.

La campagne 2019 de la noix de cajou s’est ouverte avec un prix bord champ fixé à 375 FCFA/kg. Comment ce prix est-il fixé ?
Dr Adama Coulibaly : Les filières coton et anacarde sont des filières majeures dans l’économie des régions du centre et du nord de la Côte d’Ivoire. La fixation des prix de la noix de cajou obéit à un processus qui part des concertations avec l’ensemble des acteurs de la filière jusqu’au président de la République qui, en dernier ressort, prend la décision. Le processus consiste à analyser la campagne précédente par rapport à celle en cours ainsi que le comportement du marché, c’est à-dire la demande par rapport à l’offre, y compris le niveau du prix FOB et du prix bord champ moyen de l’ensemble de la campagne… C’est donc sur la base de l’analyse de l’ensemble de ces éléments que le gouvernement a indiqué aux producteurs le prix plancher 2019 fixé à 375 FCFA/kg, contre 500 FCFA/kg en 2018.

Cette campagne semble faire apparaître quelques difficultés. Quelle en a été l’origine?

Ces difficultés sont d’ordre économique. Je dois rappeler qu’avant la réforme de 2013, la noix de cajou en Côte d’Ivoire s’achetait, dans le meilleur des cas, entre 25 et 200 FCFA/kg. Au pire des cas, les noix n’étaient même pas achetées, ce qui fait que beaucoup de producteurs se retrouvaient avec leurs produits sans preneurs. Á la faveur de la réforme, les prix ont commencé à grimper : 275 FCFA/kg en 2014, puis 350 en 2015, ensuite 440 en 2017 et enfin 500 en 2018. Cette embellie a coïncidé avec la forte demande des grands pays transformateurs que sont l’Inde et le Vietnam, qui voulaient absolument atteindre leurs objectifs en termes de transformation. Rappelons que les Indiens ont une capacité de transformation de 1,650 million de tonnes de noix brutes de cajou et que le Vietnam en a 1,6 million de tonnes. Ces deux pays disposent donc à eux seuls d’unités d’une capacité de transformation de 3,250 millions de tonnes de noix brutes. À eux deux, ils importent 96 % de la production ivoirienne. Leurs besoins ont permis au prix de s’envoler, puisque chacun  voulait avoir le maximum de produits, étant entendu que l’offre n’était pas à la hauteur de la demande. En 2017, par exemple, nous avons même eu des offres d’achat à 950 FCFA/kg bord champ alors que le gouvernement avait fixé le prix plancher à 440 FCFA… Cette course effrénée pour la matière première a fini par rattraper les transformateurs, qui ont vu leurs marges s’éroder au point que certains industriels ont fait faillite. Au Vietnam, par exemple, près de 80 % des petites unités étant en faillite, beaucoup n’ont plus respecté leurs contrats, et cela a eu un impact sur la trésorerie des petits exportateurs ivoiriens, entraînant des difficultés réelles d’enlèvement des produits à la fin de l’année 2018. En conséquence, le prix bord champ fixé aux producteurs n’a pas été respecté.

Quel est le volume projeté en 2019 ?

Nous projetons 800 000 tonnes en 2019. Nous avons terminé la campagne de 2018 avec 761 000 tonnes. Mais en réalité, nous sommes convaincus qu’une partie de notre production passe les frontières de façon frauduleuse.

Le Premier ministre annonce 50 % de transformation d’ici à 2020. N’est-ce pas un peu trop optimiste ?

Les engagements que prend le Premier ministre sont pour nous des instructions. Donc, à l’horizon 2020, nous devons pouvoir transformer 50 % de notre production. Nous fondons notre optimisme sur les nombreuses intentions d’installation d’unités de transformation, de même que sur d’autres projets déjà en cours de réalisation. Mieux, conscients de ce que la filière est encore jeune, nous sommes en train de travailler sur les difficultés qui freinent la transformation. Gérer une unité de transformation de noix de cajou nécessite des fonds de roulement extrêmement importants, puisque le produit se commercialise sur trois mois seulement et qu’il faut absolument l’acheter durant cette courte période pour espérer travailler toute l’année. Cela nécessite de mobiliser beaucoup de fonds, mais malheureusement, le coût de l’argent en Côte d’Ivoire est une contrainte forte. L’autre contrainte forte sur laquelle nous travaillons est la qualité de la main-d’oeuvre. Nous devons renforcer les capacités de nos compatriotes qui, aujourd’hui, sont formés sur le tas par les industriels eux-mêmes. Cela constitue, pour nous, un des points critiques, parce qu’en termes de rentabilité, nous sommes largement en dessous des grands pays transformateurs que sont l’Inde et le Vietnam. Enfin, nous devons travailler aussi sur la facilitation de l’accès au foncier des investisseurs qui arrivent. Tous ces éléments sont pris en compte dans le cadre d’un projet pour lequel le gouvernement a obtenu de la Banque mondiale un financement de 200 millions de dollars (107 milliards de FCFA) qui permettront de tirer le volume de la transformation au niveau indiqué par le Premier ministre.

La Côte d’Ivoire a été un grand pays producteur de coton. Aujourd’hui, on n’en parle presque plus. Comment se porte vraiment cette filière ?

Je pense que les uns et les autres sont mal informés aujourd’hui sur la filière cotonnière en Côte d’Ivoire. Il faut rappeler que nous sommes  aujourd’hui le 4e producteur africain de coton après le Mali, le Burkina Faso et le Bénin. La filière coton a souffert de la crise que nous avons connue. Mais depuis la réforme de 2013, la filière coton a retrouvé sa place. Nous avons atteint 413 000 tonnes de coton-graine lors de la campagne 2017-2018, et nous espérons faire mieux pour la campagne 2018-2019 qui va se terminer d’ici un mois : 413 000 tonnes, c’est une grande progression
par rapport aux 328 000 tonnes de 2016-2017 et aux 310 000 tonnes de 2015-2016. Certes, la filière coton a souffert de la crise politique, mais il y a aussi des raisons endogènes. Celles-ci relèvent de l’organisation de la filière, notamment avec la Compagnie ivoirienne pour le développement des textiles (CIDT) qui est passée d’une société d’État à trois sociétés à la suite de la privatisation de 1998, quand le gouvernement a décidé de vendre une partie des zones dédiées à cette société. Deux sociétés ont pu acheter deux blocs identifiés par le gouvernement et donc, par le jeu de cette privatisation, nous avions trois sociétés. En 2000, le gouvernement a décidé de libéraliser entièrement la filière. Cela veut dire que chacun est  libre de créer une société cotonnière, de l’installer où il veut et d’exercer où il veut. Cela a entraîné un désordre dans la filière. Et ce désordre a impacté négativement aussi bien les rendements que la production. Donc, en décembre 2016, le gouvernement a décidé d’instituer un système de zonage en attribuant à chaque société cotonnière un espace délimité permettant de couvrir ses besoins. Cela a ramené de la sérénité dans la filière, et tous les voyants sont repassés au vert au bout d’une seule campagne.

Propos recueillis par Alexis Noumé

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

EA Magazine LLB Afrique
Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.
SAVOIR PLUS
ARTICLES RÉCENTS
Contact Info
LLB Afrique
  • 91 Rue FAUBOURG ST HONORE 75008 Paris – France
  • +33 1 42 65 25 52