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Entretien – Directeur général du Trésor et de la comptabilité publique: « Améliorer l’administration des services et moderniser les outils et méthodes de gestion »

Issa Djibo, directeur général du Trésor et de la comptabilité publique, indique que les réformes visent à conformer la gestion financière de l’ensemble des ressources publiques à la réglementation en vigueur.

Cela fait deux ans que vous avez pris les rênes de la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique. Quel bilan pouvez-vous en tirer à ce jour ?

Issa Djibo : À notre prise de service en décembre 2016, nous nous sommes engagé sur un ensemble de réformes visant à assurer une gestion saine des deniers publics et à améliorer la qualité du service offert au public. Pour ce faire, nous nous sommes fixé pour objectifs principaux d’améliorer l’administration des services et de moderniser les outils et méthodes de gestion, à travers notamment la création et l’opérationnalisation du compte unique du Trésor, la connexion du Trésor aux nouveaux systèmes et moyens de paiements, l’adaptation du système informatique aux nouvelles réformes comptables, et enfin l’interconnexion entre les services du siège et ceux déconcentrés. Nous nous sommes également engagé à internaliser l’arsenal juridique et institutionnel transposé des directives de l’UEMOA, à déployer le contrôle interne dans tous les services et à faire respecter les procédures comptables. Et après deux ans de mise en oeuvre, les résultats obtenus sont très satisfaisants, grâce notamment à l’appui de notre hiérarchie. Á travers ces réformes, nous sommes également parvenu à réduire considérablement les délais de paiement. Et dans ce cadre, nous avons créé et opérationnalisé un poste comptable principal chargé des opérations dans nos représentations diplomatiques et consulaires, la Trésorerie générale pour l’étranger (TGE), afin de rendre notre système plus performant. Nous avons aussi récemment créé une Agence centrale chargée des dépôts (ACCD), en vue de mieux suivre les opérations des démembrements de l’État. D’ailleurs, cette restructuration a déjà eu pour effet de décongestionner certaines structures comptables auparavant engorgées.

Attardons-nous un peu sur le compte unique du Trésor. Quelles sont les avancées enregistrées dans sa mise en oeuvre et quelles en sont les contraintes éventuelles ?

Le compte unique du Trésor répond à la nécessité de moderniser et de rationaliser la gestion de la trésorerie de l’État. Ainsi, pour limiter la fragmentation de cette trésorerie, la loi a fait obligation de dépôt, au Trésor, des fonds appartenant à l’État et aux organismes publics, notamment les établissements publics nationaux et les collectivités territoriales. Pour y parvenir, les principales étapes retenues sont la mise en place du cadre légal, le recensement des comptes des entités publiques ouverts dans les livres des banques primaires, ainsi que la clôture de ces comptes et le transfert de leurs soldes créditeurs au compte unique du Trésor. En termes de contraintes, la principale difficulté relative au compte unique du Trésor est celle liée à l’inexistence d’un schéma standard ou d’une directive de l’UEMOA qui porterait sur le processus de sa mise en place, à l’image des autres réformes de gestion des finances publiques. Il fallait donc innover, et c’est ce que nous avons fait.

Quelles dispositions avez-vous prises pour éviter l’ouverture de nouveaux comptes par les organismes publics ?

Nous avons commencé par informer toutes les banques sur la nécessité de se conformer à la législation en vigueur dans notre pays, qui interdit aux organismes publics de détenir des comptes dans leurs livres. Nous avons ensuite tenu le même langage à tous les responsables en charge des organismes publics, et nous sommes aujourd’hui ravis d’avoir pu endiguer ce phénomène totalement contraire à l’essence même du compte unique du Trésor.

Et qu’en est-il des comptes des projets, dans lesquels se trouve logée une autre catégorie de ressources publiques ?

Disons qu’à l’heure actuelle, les comptes des projets sont traités au cas par cas, en relation avec les partenaires financiers. Mais en tout état de cause, des dispositions sont en train d’être prises afin de conformer la gestion financière de l’ensemble des ressources publiques, y compris les ressources des projets, à la réglementation en vigueur.

Le Trésor public concourt également au financement de l’économie à travers la mobilisation de ressources sur le marché financier régional. Quel bilan tirez-vous des émissions réalisées en 2018 ?

Le Trésor public est intervenu 25 fois sur le marché régional des titres publics en 2018, soit une moyenne de 2 émissions par mois. C’est ainsi que pour un montant attendu de 575 milliards de FCFA, l’État du Niger a levé 540 milliards, soit un taux de réalisation d’environ 94 %, et ce en dépit des décisions de resserrement de la politique monétaire prises par la BCEAO. Cela témoigne de la confiance des investisseurs en la qualité de la signature du Trésor public nigérien. En outre, au cours de la période sous revue, un montant de 413 milliards de FCFA a été remboursé. À titre de comparaison, on remarque donc que par rapport à l’année 2017, le montant mobilisé sur le marché a plus que doublé, passant de 234 à 540 milliards de FCFA. Et notre objectif pour l’année 2019 est de mobiliser un montant de 400 milliards de FCFA, tous instruments confondus.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

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