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Entretien – Directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique: « Nous envisageons de lever davantage de capitaux à moindre coût »

Jacques Konan Assahoré, directeur général du Trésor et de la Comptabilité publique, rappelle que, la qualité de la signature de l’État de Côte d’Ivoire aidant, son département continue sa quête de nouveaux instruments pour lever davantage de capitaux à moindre coût afin de répondre aux besoins d’investissement du pays.

Quel sens donnez-vous à la lutte contre la corruption et quels résultats espérez-vous des actions entreprises pour l’endiguer au sein de votre administration ?

Jacques Konan Assahoré : La position du Trésor public sur les questions de corruption et infractions assimilées est « zéro prévarication, zéro impunité ». Á cet effet, nous nous sommes dotés d’un code d’éthique et de déontologie dont la promotion est assurée par l’Observatoire de l’éthique et de la déontologie. Un numéro vert, le 8000.10.10, est également mis à la disposition de nos usagers victimes ou témoins de corruption ou d’infractions assimilées. Au fil des années, les formes de fraude se sont complexifiées, rendant caduques les dispositifs individuels et peu outillés des structures administratives. Au regard de cette complexité, nous avons signé une convention avec la Haute Autorité pour la bonne gouvernance et avec l’Inspection générale des finances le 23 janvier 2019, essentiellement pour accroître la portée de nos actions de lutte contre la corruption. Dans ce partenariat, nous entendons tirer profit de la mutualisation des moyens techniques, matériels et humains pour une meilleure synergie d’actions.

Vous vous êtes doté d’une plate-forme numérique, « Baobab », pour interagir en temps réel avec vos usagers-clients. Quel est aujourd’hui l’impact de cet outil de gestion sur la visibilité de vos services ?

La plate-forme interactive « Baobab » lancée en novembre 2018 est une innovation du Trésor public inspirée des technologies de l’information et de la communication. Aujourd’hui, l’usager-client du Trésor public n’a plus besoin de se déplacer pour avoir accès  à nos services. Les informations sur le suivi de ses dossiers ou le statut de ses paiements viennent à lui par le canal de notre plate-forme. C’est effectivement un outil inédit dans l’administration publique, simple d’utilisation et accessible à partir de nos Smartphones et tablettes via une souscription non payante et une connexion Internet. Nous mesurons quotidiennement l’indice de satisfaction de nos clients puisque le caractère interactif de « Baobab » permet de capter en temps réel à la fois les préoccupations postées par les usagers et leurs évaluations. Il faut signaler que « Baobab » intègre les anciennes fonctionnalités de « Qlickview » à l’attention des fournisseurs et prestataires de l’État. En termes de statistiques, le nombre d’utilisateurs de « Baobab » est passé de 374 en novembre 2018 à plus de 6 245 à fin février 2019. Et ce sont 100 % des problèmes posés qui ont été résolus, dont 90 % effectués dans les délais, avec un taux de clients très satisfaits de 83 %. Nous veillons particulièrement à la promptitude dans la prise en charge des préoccupations formulées ainsi qu’à la pertinence des réponses apportées pour améliorer ce taux. Les effets du changement climatique sont perceptibles sur les économies et sur la sécurité alimentaire du continent.

En tant que superviseur national de l’African Risk Capacity, quelles mesures de solidarité proposez-vous ?

Il est exact d’affirmer que les changements climatiques ont des répercussions très négatives sur les économies et la sécurité alimentaire de la sous-région, voire du continent. Une récente étude du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) a démontré que les changements climatiques pouvaient conduire à une baisse de 2 % à 4 % du produit intérieur brut. Par ailleurs, l’indice de vulnérabilité au changement climatique de 2015 indique que sur les dix pays les plus menacés par le changement climatique, sept sont en Afrique. Ces indicateurs sont d’autant plus préoccupants que les capacités et mécanismes de réponse dont disposent nos pays africains sont souvent insuffisants. C’est donc pour apporter une réponse locale et rapide à ces problématiques que 34 États, dont la Côte d’Ivoire, ont créé le 16 juillet 2012, à l’initiative des ministres des Finances de l’Union africaine, la Mutuelle panafricaine de gestion des risques, en abrégé ARC. La solidarité, valeur fondamentale des sociétés africaines, en est l’un des principes fondateurs, puisque cette association mutualise sa réponse de proximité et à moindre coût aux risques liés aux changements et événements climatiques extrêmes. Il faut savoir en effet que 1 dollar dépensé par le biais de l’ARC représente une économie de près de 4,5 dollars pour l’État sinistré. Depuis sa création, l’ARC a décaissé près de 36 millions de dollars au profit du Sénégal, de la Mauritanie et du Malawi pour des cas de sécheresse, de déficit pluviométrique ainsi que du phénomène El Niño. Le cyclone Idai, qui a récemment frappé le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi, nous rappelle tout l’intérêt de l’existence de la Mutuelle panafricaine de gestion des risques.

En tant que patron du Trésor public, quel bilan dressez-vous de l’exercice 2018, notamment en matière de dette (extérieure, financière, fournisseurs, flottante), et quelles sont les perspectives pour 2019 ?

En notre qualité de gestionnaire des deniers publics, les domaines sur lesquels nous nous auto-évaluons sont prioritairement la réalisation des objectifs de mobilisation de fonds et le règlement à échéance de la dette publique. Avant d’en arriver au bilan détaillé de la gestion de la dette, permettez-moi d’indiquer brièvement les résultats obtenus sur la question de la levée de fonds, préalable au règlement de toute dépense. En 2018, sur
un objectif de 1 524,1 milliards de FCFA à mobiliser sur les marchés de capitaux, nous avons pu mobiliser un montant de 1 584 milliards, soit une plus-value de 4 %. Au niveau des recettes fiscales et non fiscales, le Trésor public a apporté une contribution d’un montant de 1 160 milliards, soit 22 % de plus qu’en 2017. Concernant la gestion de la dette, il n’y a aucun reste à payer au titre de la gestion écoulée en ce qui concerne la part État des projets cofinancés. Pour ce qui est de la dette fournisseur, ce sont au total 10 172 fournisseurs, dont 9 546 PME réparties sur le territoire national, qui ont bénéficié de paiement au titre de la gestion 2018 et du reliquat des dépenses liées à l’exercice 2017, avec un traitement spécifique en faveur du règlement des frais d’écolage. Je voudrais, après le bilan des performances techniques, évoquer quelques aspects du bilan social au regard de l’importance que revêt le capital  humain dans l’atteinte des performances opérationnelles. Après la Caisse de retraite complémentaire créée en 2017, nous avons procédé à l’ouverture en 2018 de deux chantiers importants pour le bien-être social : la construction du restaurant des agents et le lancement du projet immobilier « 1 000 logements pour les agents du Trésor ». Il s’agit de projets structurants dont nous surveillons avec attention l’évolution en vue de leur achèvement dans les délais fixés.

Propos recueillis par Alexis Noumé

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