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Entretien – Directeur général des Impôts

Entretien – Directeur général des Impôts « Payer ses impôts au Burkina Faso doit être simple, rapide et sécurisé »

Grâce au projet eSINTAX.bf, Adama Badolo, directeur général des Impôts, modernise son administration en y introduisant des techniques digitales qui facilitent les démarches des contribuables.

Lors de la rentrée fiscale, vous avez indiqué que votre
administration devait être « moderne, performante dans
la mobilisation des ressources internes et conforme
aux standards internationaux ». Quelles actions la
Direction générale des Impôts (DGI) met-elle en place
pour atteindre ces objectifs de gouvernance ?
Adama Badolo : Les actions entreprises au sein de la
DGI pour l’atteinte des objectifs de notre plan stratégique
2017-2021 sont nombreuses : au titre de la
modernisation de notre administration, nous avons
élaboré et fait adopter le premier code général des
impôts (CGI) de notre pays. Nous avons ainsi mis
fin à la prolifération des sources juridiques avec un
code fiscal exhaustif, englobant toutes les dispositions
fiscales jusque-là éparpillées dans l’ordre juridique
burkinabè, et rédigé dans un style moderne facilitant
la compréhension. Le nouveau CGI et a été édité en
6 000 exemplaires distribués gratuitement à nos agents,
nos partenaires et nos contribuables. Il est également
téléchargeable sur le site de la DGI. Par ailleurs, nous
avons lancé en avril 2018 un portail Web de téléprocédures
fiscales. Il permet aux contribuables de déclarer
et payer leurs impôts et taxes sur Internet, sans aucune autre démarche à effectuer auprès de l’administration
fiscale ou de leur banque, ainsi que de gérer leur dossier
fiscal et consulter leurs documents dématérialisés
au format PDF. La poursuite de l’informatisation
intégrale de la DGI s’est notamment traduite par
le développement de modules complémentaires sur
le logiciel SINTAX, la révision du logiciel IFU et le
renforcement du logiciel SIGU. L’informatisation de
la chaîne du contrôle fiscal pour faciliter la sélection
des dossiers selon l’analyse risques est en cours, ainsi
que l’implémentation du cadastre fiscal qui, à travers
le développement d’outils modernes, va permettre
une meilleure maîtrise de l’assiette des impôts fonciers.
Grâce à notre plan stratégique, on peut noter
également une nette amélioration des conditions de
travail des agents de la DGI. Ainsi, avec l’aide de l’État
et de nos partenaires techniques et financiers, nous
avons pu investir dans l’immobilier, l’informatique
et la communication, le matériel roulant, le matériel
technique de travail, etc.
En termes de valeur ajoutée, quel est l’apport d’applications
comme la télédéclaration et le télépaiement
des impôts ?
Ce projet de mise en place de notre portail de télédéclaration
et de télépaiement dénommé eSINTAX.bf
est le projet phare de la DGI car grâce à eSINTAX,
nous voulons que payer ses impôts au Burkina Faso
soit simple, rapide et sécurisé. Depuis juillet 2018,
cet objectif est atteint : il est désormais possible de
déclarer et de payer ses impôts en quelques minutes
à partir de son espace personnel sécurisé
sur Internet. Pour le télépaiement, nous
avons interconnecté eSINTAX avec les
14 banques du Burkina Faso afin que
les contribuables puissent transmettre
leurs ordres de paiement à leur banque
directement en ligne. Une fois que la
banque a confirmé le paiement, le contribuable
reçoit en temps réel sa quittance
en ligne. Notre projet constitue une avancée majeure
pour notre pays car il s’agit du premier portail eServices
transactionnel mis en ligne dans l’administration
burkinabè. Nous avons souhaité ainsi nous inscrire
dans la stratégie digitale du PNDES. Nous sommes
fiers de notre projet qui, à mon sens, va devenir une
référence majeure dans la sous-région car nous offrons
la possibilité de télédéclarer tous les impôts et de les télépayer à partir de comptes bancaires ouverts dans
toutes les banques.
Estimez-vous cette démarche de digitalisation nécessaire
pour renforcer de nouveaux contrôles ainsi que votre
propre système de sécurité, puisque la DGI a retenu un
système basé sur « l’authentification forte » ?
Cette nouvelle offre digitale de la Direction générale
des Impôts avec la mise en place d’eSINTAX s’est
accompagnée d’un renforcement de nos capacités et
l’accompagnement de partenaires spécialisés. L’application
eSINTAX a été réalisée en partenariat avec une
société française, IKA Conseil, qui avait réalisé un projet
similaire en Côte d’Ivoire. Nous avons décidé avec son
accompagnement de mettre en place des équipements
appropriés de renommée internationale pour garantir
un haut niveau de sécurité de notre application.
Concernant l’authentification forte, effectivement,
afin de rassurer au maximum le contribuable, il doit
pour se connecter à son espace personnel, en complément
de son mot de passe personnel, saisir un code à
usage unique qu’il reçoit sur son adresse email. Nous
pouvons ainsi garantir un niveau de sécurité optimal à
nos contribuables. Enfin, sur les contrôles, pour vous
rassurer, la DGI effectuait des contrôles sur pièces
et sur place avant eSINTAX, et elle continuera de le
faire après. La différence est qu’avant eSINTAX, tous
les formulaires déposés en centre des impôts étaient
saisis manuellement par les agents de la DGI, alors
qu’avec eSINTAX, toutes ces données seront automatiquement
intégrées dans nos outils internes. Idem
pour les paiements qui nécessitaient un travail manuel
de nos receveurs. Nos agents vont pouvoir ainsi se
déployer dans nos métiers à forte valeur ajoutée qui
sont axés autour du contrôle et de la connaissance de
nos contribuables.
En matière digitalisation de la DGI et dans la perspective
d’améliorer les fonctionnalités d’eSINTAX,
qu’attendez-vous des bailleurs de fonds ?
Les bailleurs de fonds nous accompagnent déjà, et je
tiens à remercier la Banque mondiale qui a financé la
phase du télépaiement à travers le Projet gouvernance
économique et participation citoyenne (PGEPC), ainsi
que la Coopération danoise dont l’appui va nous
permettre de généraliser les téléprocédures à tous
les contribuables burkinabè avant la fin de l’année
2018, d’introduire les paiements mobiles, de délivrer
des e-attestations de situation fiscale et de retenue à
la source, etc. Dans notre volonté de nous conformer
aux standards internationaux et avec l’appui financier
de la Coopération suisse, nous nous sommes soumis à
l’évaluation TADAT (Tax Administration Diagnostic
Assessment Tool). Cette évaluation, première du genre
au Burkina Faso dont le rapport est disponible sur
les sites du FMI et de la DGI, constitue un point de
référence dans l’évaluation de la performance de la
DGI du Burkina Faso : la digitalisation a été identifiée
comme point central d’amélioration de nos performances.
J’invite donc les partenaires techniques et
financiers à nous accompagner dans cette stratégie de
digitalisation que nous venons juste d’engager, et qui
va se poursuivre et s’intensifier dans les années à venir.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

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