logo

Entretien – Directeur général du Laboratoire national du Bâtiment & Travaux publics

Entretien – Directeur général du Laboratoire national du Bâtiment & Travaux publics: « Le LNBTP est un carrefour de compétences pour tous les acteurs du BTP »

Daouda Zongo, directeur général du Laboratoire national du Bâtiment & Travaux publics (LNBTP) qui compte un effectif d’environ 300 agents, revient sur le rôle majeur de son établissement dans la conception et la réalisation des projets de construction, et évoque les priorités du plan stratégique 2018-2022.

Pouvons-nous avoir un aperçu du chemin parcouru
et des missions spécifiques du Laboratoire
national du Bâtiment et des Travaux publics
créé en 1968, soit il y a déjà 50 ans ?
Daouda Zongo : Établissement public de l’État
né dans la période post indépendances, le LNBTP
a vu ses activités ainsi que sa gestion placées
sous contrôle du CEBTP de France. Passé sous
statuts de société d’État en 1994, le LNBTP est
présent de nos jours dans la plupart des projets
d’infrastructures socio-économiques. Il compte
environ 300 agents et s’est doté d’équipements
de pointe à même de répondre aux sollicitations
des différents partenaires. Les missions spécifiques
du LNBTP sont d’une part de réaliser des
essais et analyses des matériaux, d’autre part de
réaliser les études, contrôles et analyses nécessaires
à la mise en oeuvre des projets. De nos
jours, le LNBTP peut être considéré et reconnu
comme un carrefour de compétences où se rencontrent
tous les acteurs du BTP : entreprises du
BTP, administration publique, bureau d’études,
architectes, ingénieurs, particuliers, centres de
formation, associations et ONG….
En quoi votre rôle est-il stratégique pour la
qualité des infrastructures ?
Le LNBTP, en tant que structure d’appui à la
réalisation des projets de construction dans le
secteur du BTP, joue un rôle très important à plus
d’un titre car il assure la fiabilité des données
relatives à la conception et à la réalisation des projets
de construction dans le domaine du génie civil au profit
des acteurs du secteur d’activité : maîtres d’ouvrages,
maîtres d’oeuvre, bureaux d’étude et de contrôle, etc.
Par ailleurs, il garantit la sécurité des bâtiments, routes,
barrages et tous types d’ouvrages entrant dans la
catégorie des infrastructures économiques et sociales
ainsi que la durabilité des investissements publics et
privés en veillant à la pérennité des ouvrages dans
un contexte de rareté des ressources financières et de
nécessité d’optimisation des financements mobilisés.
J’ajouterais que le LNBTP est le laboratoire agréé
par l’État burkinabè et représente un outil important
dans la mise en oeuvre du PNDES, car la route du
développement passe par l’édification d’infrastructures
de qualité. En dépit de son rôle de premier plan,
le LNBTP reste confronté à certaines
difficultés. Peut-on en avoir un aperçu ?
Au registre des difficultés majeures, je
rappellerai, au plan technique et commercial,
notre qualité de sous-traitant.
Ainsi, dans le contrôle des ouvrages, le
LNBTP peut être saisi directement par
l’État, par une mission de contrôle, par
une entreprise ou par des personnes physiques. Cependant,
dans la plupart des cas, le LNBTP ne contracte
pas directement avec le maître d’ouvrage en ce qui
concerne le volet contrôle de qualité, mais intervient
pour le compte d’une mission de suivi-contrôle qui
est attributaire d’un marché, et dont il est dépendant.
Autrement dit, le bureau d’étude et de contrôle à bon
gré s’adresse au LNBTP, sollicite ses prestations, et le
laboratoire lui fournit une offre. S’il y a accord, les
résultats des essais et des contrôles des travaux de
construction lui sont transmis au regard des clauses
contractuelles. Si vous m’avez bien suivi, vous remarquez
que dans ces conditions, le laboratoire ne joue
qu’un rôle de second plan, donc le régime de sous-traitant
constitue un vrai handicap dans les projets de
construction d’infrastructures importants, à caractère
d’intérêt public ou d’intérêt national.
Au plan administratif et financier, malgré les réformes
de procédures de marchés publics – exonération de la
TVA pour les marchés sur financements extérieurs –, et
compte tenu des difficultés rencontrées par les sociétés
d’État dans leur ensemble, le LNBTP reste confronté
aux problèmes de commande des équipements de
laboratoire qui lui sont spécifiques : livraisons hors
délais, cas récurrents de non-conformité, avec pour
conséquence de longues tractations dans le processus
de levée de réserves et de réception, etc. Cette situation
a un impact négatif sur les actions de renforcement
des capacités opérationnelles de la société en vue de
répondre plus efficacement aux sollicitations de la
clientèle.
Comment faire pour dépasser ces handicaps et ne pas
entacher votre réputation ?
En termes de perspectives, sachez que le laboratoire
agit et continue de se battre pour rappeler son rôle de
premier plan, c’est-à-dire stratégique, dans la qualité
des infrastructures au niveau national, à travers des
plaidoyers auprès des autorités et des décideurs, afin
de reconquérir son statut de co-contractant.
En 2016, les créances impayées par les bureaux d’études
ainsi que par l’État et ses démembrements se chiffraient
à plus de 3 milliards de FCFA. Peut-on estimer qu’en
2018, la situation a été apurée ?
Il convient de rappeler la situation socio-politique
nationale de 2014 qui a eu beaucoup d’impact sur cette
situation. Bien entendu, l’État et ses démembrements
ainsi que tous les acteurs du secteur du BTP ont été
touchés financièrement, y compris le LNBTP. C’est
ce qui explique l’importance
du portefeuille des impayés en
2016. La situation des paiements
s’est améliorée en 2017
compte tenu de la normalisation
et de la reprise de l’économie
nationale, même si les
restes à recouvrer demeurent
encore élevés. Le LNBTP est également victime d’un
double impact : d’une part le paiement tardif de l’État
et de ses démembrement pour leur prestations directement
commandées, et d’autre part les difficultés de
paiement des décomptes par l’État au privé (bureaux
d’étude et de contrôle) pour des chantiers sur lesquels
le laboratoire intervient comme sous-traitant.
Quels sont les grands chantiers du LNBTP à l’horizon
2020 ?
Ils sont de six ordres : au premier rang, élaborer et
mettre en oeuvre notre plan stratégique 2018-2022 ; en
second lieu, étendre la couverture nationale du LNBTP
par la création de nouvelles agences et de directions
régionales ; en troisième point, entamer le processus
de mise en oeuvre du Système de management de la
qualité (SMQ) en vue d’obtenir la certification ; ensuite,
construire des infrastructures devant abriter le siège et
les salles d’essai du laboratoire ; cinquièmement, continuer
à renforcer ses équipements ainsi que la capacité
de son personnel ; et enfin, développer de nouvelles
prestations dans la mise en oeuvre de la diversification
des activités en vue de sa stratégie de croissance.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand