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Entretien – Directeur général du Trésor et de la comptabilité publique

« La très bonne qualité de la signature de l’État n’est plus à démontrer »

Le Burkina Faso est régulièrement noté par l’agence américaine Standard & Poor’s. Á en croire Célestin Santéré Sanon, directeur général du Trésor et de la comptabilité publique, la dernière évaluation de 2019 a octroyé à son pays une note de B/B avec perspectives stables, et ce malgré la crise sécuritaire qui sévit depuis 2016.

Le PNDES a récolté environ 15 000 milliards de FCFA de financements auprès de la communauté internationale. Pourquoi, alors, lancer des emprunts obligataires sur le marché ?

Célestin Santéré Sanon : En effet, depuis la table ronde de Paris, les intentions de concours financiers annoncées s’élevaient même à hauteur de 18 000 milliards de FCFA pour un besoin exprimé de 5 570,2 milliards. Le coût global de la mise en oeuvre du PNDES a été arrêté à 15 395,4 milliards, financé à 63,8 % par les ressources intérieures (9 825,2 milliards) et 36,2 % par les financements extérieurs (5 570,2 milliards). Sur ces annonces, un travail a été mené au niveau national afin de ne retenir que les meilleures offres, en cohérence avec nos stratégies de financement, notamment la Stratégie de gestion de la dette à moyen terme (SDMT), et avec nos engagements internationaux, principalement envers le FMI. Ce travail nous a conduits à prendre en considération des annonces pour un montant total de 8 353 milliards. Á ce jour, sur ce montant, nous avons pu signer des accords (hors PPP) de 5 712,88 milliards de FCFA, soit 68,4 %. Mais comme je l’ai indiqué, dans le financement du PNDES, l’État devait intervenir par ses ressources propres à hauteur de 9 825,2 milliards de FCFA sur la base des recettes fiscales complétées par les ressources mobilisées sur le marché financier. C’est dans ce cadre qu’interviennent les emprunts obligataires que vous évoquez. Le Burkina Faso, comme beaucoup d’États africains, a rarement voté un budget en équilibre.

S’agissant de celui de 2020, à quelle hauteur a été fixé pour votre direction le volume des capitaux à rechercher sur le marché sous-régional ou auprès des bailleurs de fonds pour assurer l’équilibre du budget ?

Chaque année, nous élaborons une SDMT sur 3 ans assortie d’un plan de financement de l’année concernée. Pour 2020, le besoin de financement est estimé à 942,47 milliards de FCFA. C’est ce même montant que nous envisageons de mobiliser auprès des bailleurs de fonds et du marché financier sous-régional, soit respectivement 242,47 et 700 milliards de FCFA, obligations et bons compris.

Actuellement, qu’en est-il de l’évolution de la dette burkinabè et de son niveau par rapport au PIB ?

Au cours des quatre dernières années, l’encours de la dette publique a connu une hausse continue en passant de 2 188,51 milliards de FCFA à fin 2015 à 3 365,95 milliards en 2018, soit une croissance annuelle moyenne de 15,52 % sur la période. Au 31 décembre 2019, l’encours provisoire de la dette est projeté à 3 663,02 milliards de FCFA : 2 004,54 milliards de dette extérieure et 1 658,48 milliards de dette intérieure. S’agissant de son niveau rapporté au PIB, il faut noter que ce ratio est passé de 35,5 % en 2015 à 42,9 % en 2018, avec une projection attendue de 44 % en 2019. Ce ratio est d’ailleurs l’un des critères de convergence de premier rang de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Il a toujours été respecté par notre pays, et les projections laissent même entrevoir son repli dans les années à venir.

D’après votre expérience du marché financier sous-régional, quelle est la qualité de la signature burkinabè ?

Il faut d’abord noter que le Burkina Faso est régulièrement noté par Standard & Poor’s depuis 2006. La dernière évaluation de 2019, comme les deux précédentes, a octroyé au pays une note de B/B avec perspectives stables, et ce malgré la crise sécuritaire qui sévit depuis 2016. Au niveau régional, si nous nous référons aux émissions de 2019, il été relevé un taux moyen de couverture de nos émissions de 105,65 % et 109,94 % respectivement pour les bons du Trésor et les obligations. Pour ces dernières, il faut indiquer que le dernier appel public à l’épargne réalisé en octobre 2019 a même dégagé un taux de couverture de 166,67 %, soit la deuxième meilleure performance jamais réalisée sur notre marché régional. En 2020, la première émission que nous venons de réaliser le 9 janvier a confirmé cette tendance, avec un taux marginal de 5,1200 % et un taux moyen pondéré de 4,8676 % pour un taux de couverture de 319,98 %. Tout cela démontre la très bonne qualité de la signature de l’État du Burkina Faso.

Quelles sont vos priorités en 2020 ?

La mise en oeuvre du premier plan stratégique de la Direction générale du Trésor et de la comptabilité publique 2009-2020 arrive à échéance bientôt. La relecture de cet outil nous conduira à définir une nouvelle vision pour le Trésor public tenant compte des besoins de nos usagers et des exigences de notre environnement national et international. En attendant ce rendez- vous, plusieurs axes majeurs de notre action vont être déployés cette année, notamment la participation du Trésor aux deux systèmes de paiement de l’UEMOA que sont SICA (Système interbancaire de compensation automatisé) et STAR (Système de transfert automatisé et de règlement) afin d’améliorer la qualité et le délai de ses transactions dans le circuit interbancaire. Le Trésor public s’y prépare depuis quelques années déjà. Ainsi en 2012, il a pu opérationnaliser SICA UEMOA pour son volet compensation des chèques. Il reste le volet virement de SICA (virements de moins de 50 millions) et STAR (virements de plus de 50 millions) ayant reçu courant 2019 l’accompagnement de la Banque mondiale pour sa mise en place. L’année 2020 en verra l’opérationnalisation effective.

Propos recueillis par Paul de Manfred

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