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Entretien – Directrice générale de l’Agence nationale de gestion des déchets: « Une agence opérationnelle pour moderniser la gestion des déchets »

Pour l’Agence nationale de gestion des déchets (ANAGED) dirigée par Sarrahn Ouattara, le maintien de la propreté dans la ville d’Abidjan reste une priorité. Á l’intérieur du pays, la mise en place de la collecte des ordures va se poursuivre dans certaines villes.

Comment est née l’Agence de gestion des déchets (ANAGED) et quelles sont ses missions ?

Sarrahn Ouattara : L’ANAGED a été créée par décret n° 2017-692 du 25 octobre 2017 à la suite de la dissolution-fusion de l’Agence nationale de la salubrité urbaine (ANASUR) et du Fonds de financement des programmes de salubrité urbaine (FFPSU). L’ANAGED devient l’autorité de régulation de la filière des déchets en Côte d’Ivoire. Elle assure la gestion de tous types de déchets solides à l’exception des déchets dits dangereux, ainsi que des déchets médicaux. L’Agence assure ainsi la délégation du service public de nettoiement incluant la collecte, le transport et la  valorisation des déchets. Elle est chargée de la planification et de la création des infrastructures ainsi que de la mobilisation des ressources financières nécessaires à la gestion des déchets solides ménagers et assimilés (DSMA).

Le Conseil de gestion a été officiellement installé le 20 mars 2018 au siège de l’ANAGED. Quel est son rôle et quelles sont les différentes entités qui le composent ?

Comme tout établissement public national (EPN) en Côte d’Ivoire, l’ANAGED est placée sous l’autorité d’un Conseil de gestion. Son rôle est de contrôler la préparation et l’exécution du budget, de veiller à la mise en oeuvre de la politique du gouvernement en matière de gestion des déchets et d’examiner les comptes financiers de l’Agence produits par l’agent comptable en fin d’exercice. Le Conseil de gestion se réunit au moins quatre fois par an. Il faut toutefois préciser que celui-ci peut être consulté autant de fois que l’intérêt de l’établissement le requiert. C’est un organe fondamental de l’ANAGED parce qu’il valide les orientations essentielles proposées par la direction générale. Cette structure est composée des représentants de la présidence de la République, de la primature, des ministères en charge de l’Environnement, de l’Assainissement, des Collectivités territoriales, de l’Économie et des Finances, du Budget, de la Santé et de l’Industrie, de l’Union des villes et communes de Côte d’Ivoire (UVICOCI), de l’Assemblée des régions et districts de Côte d’Ivoire (ARDCI) et de la Faîtière des associations de consommateurs. Vous pouvez constater la diversité des institutions et organisations représentées dans ce Conseil, qui traduit l’approche inclusive et participative adoptée par le gouvernement dans la quête permanente d’une gestion rationnelle des déchets en Côte d’Ivoire.

L’ANAGED s’est dotée d’un pool de réclamations pour recueillir et traiter les plaintes des populations. Cette initiative rencontre-t-elle du succès ?

Face aux défis liés à la nouvelle politique de gestion des déchets, la prise en charge des préoccupations et suggestions des populations représente un axe essentiel dans la stratégie de lutte contre l’insalubrité. En effet, pour un meilleur traitement des réclamations, l’ANAGED a mis en place un pool de réclamations. Ce pool assure le traitement de toutes les réclamations relatives aux questions de non-enlèvement des ordures et à celles des nuisances sonores. Cette plate-forme se positionne aujourd’hui comme un véritable indicateur de l’état de salubrité des villes et communes, et partant du niveau de satisfaction des populations. Ainsi, depuis le début de l’année 2019, le pool a pu enregistrer et traiter plus d’une centaine de réclamations clients provenant des communes  du District autonome d’Abidjan et de certaines villes de l’intérieur du pays. Des actions de communication sont menées à travers les médias d’État et privés pour diffuser les coordonnées du pool afin de le rendre plus accessible aux populations ivoiriennes.

Comment évoluent les travaux du Centre de valorisation et d’enfouissement technique (CVET) de Kossihouen ? En quoi sera-t-il différent de la décharge d’Akouédo ?

Les travaux du CVET de Kossihouen sont achevés et celui-ci est pleinement opérationnel depuis novembre la réalisation de cette infrastructure traduit la volonté des autorités ivoiriennes de moderniser la chaîne de traitement des déchets solides ménagers et assimilés du District autonome d’Abidjan. Le CVET de Kossihouen est construit pour recevoir et traiter plus d’un million 250 000 tonnes de déchets par an. Cette capacité va s’accroître pour permettre le traitement d’au moins 90 % de la production totale de déchets du District autonome d’Abidjan sur les sept ans de  délégation de service dont jouit l’opérateur. Á la différence de l’ancienne décharge d’Akouédo, ce nouveau Centre prévoit un traitement professionnel des déchets. Les déchets sont enfouis dans des casiers imperméabilisés disposés par couches successives de 1,5 m d’épaisseur, alternées de couvertures en matériau inerte de 20 cm d’épaisseur. Ce dispositif permet de réduire au maximum
les odeurs des déchets et empêche l’envol de leurs particules.

Quelle est votre feuille de route pour 2020 et quelles sont vos priorités du moment ?

L’ANAGED est une agence opérationnelle qui aspire à moderniser la gestion des déchets, à l’instar des pays développés. Après avoir mis en place des dispositifs pour améliorer la propreté du District autonome d’Abidjan et lancé le processus de modernisation de la gestion des déchets, l’ANAGED envisage à court terme de lancer la politique de valorisation des déchets telle que souhaitée par le gouvernement. Le maintien de la propreté du District autonome d’Abidjan demeure toujours notre priorité. Nous espérons faire mieux pour garantir un meilleur cadre de vie aux populations. À l’intérieur du pays, nous avons amorcé de manière effective la concession de la collecte des ordures dans certaines villes, notamment à Bouaké, Yamoussoukro, San Pedro et Korhogo, et ouvert des représentations à Man, Bondoukou, Grand Bassam et Gagnoa. Nous envisageons d’étendre les activités de l’ANAGED dans trois autres villes avec l’installation de trois nouvelles délégations régionales, et de les équiper. Il nous faut également amorcer le tri sélectif des déchets et renforcer la sensibilisation par la mise en oeuvre d’actions de communication de  proximité pour améliorer l’état de salubrité de nos villes et permettre aux Ivoiriens de vivre dans un environnement sain. À cet effet, plusieurs actions de sensibilisation de proximité sont prévues à l’endroit des populations en général, et des enfants en particulier. Il s’agira d’organiser des manifestations ludiques et éducatives portant sur les questions liées à l’hygiène et à la salubrité. Car l’on ne peut pérenniser la propreté et la salubrité sans une évolution des mentalités et des comportements.

Propos recueillis par Paul de Manfred

Auteur

EA Magazine

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