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Entretien – Fondateur et directeur de publication du quotidien L’Intelligent d’Abidjan: « J’envisage de créer L’Intelligent de Dakar, L’Intelligent de Ouaga, etc. »

Avec un modeste budget de 197 millions de FCFA par an, L’Intelligent d’Abidjan est entré dans sa seizième année d’existence. Au-delà de ses ambitions dans la sous-région, son directeur Wakili Alafé veut aussi développer des supports d’information dématérialisés : site, magazine, lettre d’information, etc.

En 2018, vous avez commémoré en grande pompe les 15 ans du quotidien L’Intelligent d’Abidjan à New- York, à Paris et à Abidjan. Pourquoi cette dispersion des festivités et comment cet  événement a-t-il été vécu par le personnel ?

Wakili Alafé : Nous avons effectivement commémoré les 15 ans du quotidien L’Intelligent d’Abidjan en 2018. Au milieu de l’effervescence et des turbulences de notre histoire récente, être encore là au bout de 15 ans et continuer à paraître relève d’une forme d’exploit pour un quotidien uniquement porté par la motivation de ses équipes et le soutien de ses fidèles lecteurs. Nous nous devions donc d’organiser cette commémoration  aux trois endroits symboliques que sont Abidjan, Paris et New-York. Abidjan est au coeur de notre lectorat, tandis qu’à Paris et à New-York vit une  diaspora importante.

Vous parlez de « dispersion » et de « festivités ». Dispersion ?

Non. Je préfère parler d’un continuum de lieux : on peut passer de l’un à l’autre de façon continue, Paris et New-York symbolisant notre ouverture et celle de l’Afrique à l’international.

Festivités ? Non. Mais j’accepte le terme de « fêtes » pour des retrouvailles, des rencontres, des hommages rendus à toutes celles et à tous ceux qui nous ont soutenus tout au long de ces 15 ans  ainsi qu’à ceux qui nous ont rejoints. Ces commémorations ont permis à notre personnel et à nos journalistes de mesurer l’impact et le rayonnement du journal. Un journal n’existe que parce qu’il  est connu et lu, ce qui est le cas de L’Intelligent d’Abidjan. Chacun a compris que nous voulions encore être présents les 15 prochaines années. Cette motivation nous a conduits à proposer une  nouvelle maquette du journal pour plus de contenus et une meilleure lisibilité. Le résultat est satisfaisant, puisque nous gagnons des lecteurs et des annonceurs.

Avec plus de vingt quotidiens par jour, le bouillonnement de la presse écrite ivoirienne est à la fois étonnant et hallucinant, sachant que le Congo ou le Gabon n’ont qu’un seul quotidien. La qualité et la crédibilité sont elles toujours au rendez-vous ?

Plus de 20 quotidiens par jour en Côte d’Ivoire, oui, mais tous les journaux n’ont pas la même vocation. Chaque parti politique, ou presque, a son journal. Cette presse partisane est utile, car ses  contenus alimentent le débat d’idées, hors de l’illusion d’un consensus qui nierait les divergences et les oppositions. Certains quotidiens s’inscrivent dans le registre de l’info-divertissement et des thématiques sociétales.

Quel est alors le positionnement de L’Intelligent d’Abidjan et quel est son budget de fonctionnement à l’année ?

L’Intelligent d’Abidjan est un quotidien généraliste, au sens classique du terme, non partisan, avec un souci d’objectivité et de crédibilité. La crédibilité relève d’un travail sérieux de journaliste, ce  que nous faisons ; la qualité demande des moyens financiers pour avoir de grandes signatures (chronique, tribune, etc.), des reportages sur le terrain, une meilleure impression sur un meilleur papier et une meilleure distribution. Un journal, ce ne sont pas uniquement des articles, c’est aussi une entreprise avec de nombreux postes de dépenses et la contrainte de la rentabilité. Nous tirons à 5 000 exemplaires/jour, plus dans certains cas ou pour des tirages spéciaux. Notre budget annuel est modeste, car il est de l’ordre de 300 000 euros, soit près de 197 millions de FCFA.

Quelles sont les synergies mises en place dans votre groupe pour développer d’autres titres en plus du titre phare que représente L’Intelligent d’Abidjan ?

L’Intelligent d’Abidjan est non seulement notre titre phare, il marque aussi notre volonté d’être présent, sous la forme d’un quotidien, dans le créneau de la presse papier. Je crois en l’avenir de la presse papier et j’envisage de créer L’Intelligent de Dakar, L’Intelligent de Ouaga, etc. En Côte d’Ivoire, L’Intelligent d’Abidjan se décline à travers L’Intelligent Le Mag et des numéros spéciaux ou thématiques. Nous cherchons, bien entendu, à développer les supports d’information que permet la digitalisation : site, magazine, lettre d’information, etc. Il s’agit de répondre aux attentes d’un lectorat nouveau qui s’informe sur des tablettes, des Smartphones.

Comment est structurée votre rédaction ?

Notre rédaction est structurée de façon classique. Nous avons innové cette année avec « le rédacteur en chef de la semaine », une personnalité extérieure qui définit la ligne éditoriale du numéro qui lui est consacré.

Pourquoi êtes-vous le seul visage qui émerge à l’international sous l’étiquette L’Intelligent d’Abidjan ? Stratégie assumée ou fruit de vos propres contacts ?

Sur son rayonnement à l’international, il est évident que le journal doit s’incarner à travers une figure tant que la marque n’est pas reconnue ou certifiée comme peuvent l’être les médias devenus  des institutions, qui ont survécu à leurs fondateurs. Cette figure est celle du directeur général, et ce pour deux raisons : d’abord, le directeur de publication incarne la ligne éditoriale, et ensuite, il dispose d’un réseau qui lui permet de multiplier les contacts. Mais je n’oublie pas qu’un journal est avant tout un travail d’équipe.

L’aide de l’État à la presse privée est-elle conséquente ? Les recettes publicitaires sont-elles plus captées par les médias d’État ou sont-elles équitablement réparties entre presse privée et publique ?

Dans toutes les grandes démocraties, l’État vient en aide à la presse privée à travers toute une série de mesures (aides financières, cadre fiscal, etc.), car il s’agit de préserver la diversité des opinions. C’est le cas en Côte d’Ivoire. En 2012, le président Ouattara avait promis au secteur de la presse son inscription dans le Programme national de développement (PND) 2012-2015, sans préciser d’enveloppe budgétaire. En 2016, l’État avait quadruplé l’aide à la presse. En dépit des multiples aides et subventions de l’État, la situation de la presse ivoirienne ne s’améliore guère, et la
presse écrite en particulier connaît toujours de graves difficultés. Le lundi 17 septembre 2018, le Groupement des éditeurs de presse de Côte d’Ivoire (GEPCI) présidé par Patrice Yao avait envisagé une « Journée presse morte » dans le pays pour marquer son « désaccord » sur la « réorientation de l’aide publique à l’impression » des journaux. Les entreprises de presse fonctionnent toujours en mode survie. Des solutions existent pourtant, à la fois du côté de l’État, avec des aides mieux orientées, et du côté des entreprises de presse, avec une plus grande professionnalisation et une amélioration de la qualité. S’agissant de la publicité, je peux noter qu’elle n’est pas équitablement répartie. Cela peut faire partie des solutions.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

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