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Entretien – Ministre du Commerce: « Renforcer le pouvoir d’achat des Guinéens »

Boubacar Barry, ministre du Commerce, évoque les priorités de sa feuille de route d’ici à 2020. Dirigeant de l’UNR allié au parti présidentiel, le ministre se prononce en faveur d’une modification de la Constitution.

En charge de l’industrie et des PME dans le précédent gouvernement, du commerce dans l’actuel, vous avez affaire au secteur privé. Dans la courte périodequi nous sépare de 2020, quelles actions majeures comptez-vous impulser ?

Boubacar Barry : Mes priorités en prenant les rênes du ministère du Commerce étaient de redonner de la vitalité au secteur du commerce en Guinée et de restaurer l’autorité de l’État. Á cet effet, les axes majeurs des réformes que j’ai initiées en cohérence avec ma lettre de mission et du projet de société du président de la République le Pr Alpha Condé sont l’intégration du commerce au niveau sous-régional, régional et international. Primo, une présence plus marquée de la Guinée aux différentes rencontres internationales, principalement dans le cadre de la ZLECAf. Deuxio, la promotion des produits guinéens à l’export pour mieux vendre la destination Guinée et accroître les revenus des entreprises exportatrices. Dans ce sillage, l’Agence guinéenne de promotion des exportations (AGUIPEX) est positionnée comme la structure de référence. Tertio, le développement du commerce intérieur dans une logique de protection des consommateurs, d’intensification du contrôle de la qualité et de surveillance des produits et denrées de première nécessité. Les clés en sont la transformation de l’Office national de contrôle de qualité (ONCQ) en référence sous-régionale de la qualité, la réglementation commerciale afin d’instaurer des pratiques adaptées au contexte actuel, et enfin le renforcement des capacités du ministère du Commerce par la formation des cadres et la modernisation des outils, le rajeunissement et la féminisation des services et des directions, avec une mutation générationnelle progressive, et enfin l’amélioration du climat et du cadre de travail. Dans le classement Doing Business 2019, la Guinée est dans le trio de tête des pays de la sous-région pour les réformes facilitant les affaires. Au niveau du commerce transfrontalier et de l’exécution des contrats, quelles innovations avez-vous introduites et leurs répercussions sur le climat des affaires du pays ? La performance en matière d’investissement en Guinée est faible mais en amélioration. Après plusieurs années proches du bas du classement Doing Business de la Banque mondiale, la Guinée s’est améliorée progressivement pour atteindre un classement de 152 (sur 190 pays) en 2018, contre 179 en 2012. Les réformes mises en oeuvre en 2018 ont par exemple favorisé un climat d’investissement pour démarrer une entreprise en simplifiant les enregistrements grâce au Guichet unique, pour construire avec la réduction du coût et du temps requis pour obtenir un permis de construction, pour enregistrer la propriété avec une réduction des frais de transfert de propriété, et enfin pour les échanges commerciaux à la frontière en éliminant les inspections des importations avant expédition et en faisant respecter les contrats par une loi qui régit tous les aspects de la médiation en tant que mécanisme alternatif de résolution des litiges. On peut s’attendre à ce que le tribunal de commerce qui vient d’être créé améliore encore l’environnement juridique opérationnel des entreprises, mais il aura probablement besoin d’un soutien technique important pour devenir pleinement opérationnel. La création du Guichet unique du commerce extérieur va aussi avoir une répercussion favorable au niveau du climat des affaires en Guinée.

Comment comptez-vous donner du pouvoir d’achat aux Guinéens et alléger le panier de la ménagère ?

Pour renforcer le pouvoir d’achat des Guinéens, le ministère du Commerce a initié des projets et programmes devant faciliter la commercialisation des produits en y ajoutant de la valeur. Cela a permis au Guinéen moyen de vivre de sa production, ce qui trouve son illustration dans la mise en oeuvre amorcée du Projet chaîne de valeur que mon département vient d’obtenir avec un financement de 45 millions de dollars de la Banque islamique de développement. Pour l’appui à la commercialisation, je voudrais rappeler le rôle majeur qu’y jouent les femmes, surtout dans le commerce transfrontalier. La Guinée est partie du Schéma de libéralisation des échanges (SLE) de la CEDEAO, et le commerce transfrontalier s’en trouve facilité pour donner à ses acteurs la possibilité de vivre des fruits des échanges avec les pays de la sous-région. Pour répondre au second volet de votre question, sachez que le fait d’augmenter la gamme des produits localement finis crée de la croissance, réduit les importations, freine l’hémorragie des devises et aboutit à mettre sur le marché intérieur des produits à prix abordables pour les consommateurs nationaux. En commerce tout est lié : un marché intérieur dynamique facilite la distribution des produits pour la consommation locale. Je peux donc affirmer que la sécurité alimentaire qui doit donner aux producteurs les moyens de vivre de leur production, l’une des missions de mon département, est ainsi assurée. Vous êtes leader de l’union nationale pour le renouveau (UNR), parti fusionné avec le RPG Arc-en-ciel au pouvoir.

En début d’année, vous avez déclaré que si la Constitution était modifiée en 2020, vous resteriez fidèle au président Condé, et l’on présume même s’il briguait un 3e mandat. Votre position est-elle partagée par tous les leaders politiques de la majorité ?

Je confirme mes propos et mon soutien ferme au président de la République, le professeur Alpha Condé. Cependant, je ne peux présager du point de vue de nos différents alliés. Ce qui est certain est que le RPG Arc en- ciel reste droit dans ses bottes et, bien évidemment, est logiquement solidaire avec ses partenaires et alliés.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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