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Entretien – Ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme: « Le programme ivoirien de logements sociaux s’inspire du modèle marocain »

Bruno Nabagne Koné, ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, reconnaît l’existence de difficultés qu’il s’efforce de surmonter pour atteindre l’objectif de son programme : la construction d’au moins 150 000 logements sociaux d’ici à 2020.

Pourquoi avoir tenu à visiter, pour votre première sortie en tant que ministre de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, le site des logements sociaux à Songon Kassemblé, sur la route de Dabou, en août 2018 ?

Bruno Nabagne Koné : Le choix du site de Songon pour cette première visite est lié à plusieurs raisons. Le site est le plus grand terrain prévu pour recevoir des logements sociaux. Le chantier
couvre une superficie de 439 ha, contre 80 et 40 respectivement pour les chantiers de Bassam et Bingerville. Le chantier accueille 29 promoteurs immobiliers, contre 4 pour le chantier de Bingerville. La cité de Songon abritera à terme plus de 80 000 logements, soit en moyenne 500 000 habitants, c’est-à-dire la population actuelle de notre capitale politique Yamoussoukro. Le chantier a  connu un grand retard des travaux de VRD primaires, de paiement des purges des détenteurs des droits coutumiers, etc. Il était donc important de prendre la mesure des défis à relever afin d’y apporter assez rapidement des solutions efficaces.

Pensez-vous que le gouvernement pourra d’ici à 2020 respecter son engagement de doter la Côte d’Ivoire d’au moins 150 000 logements sociaux ?

C’est un objectif que nous nous étions fixé. Mais nous nous sommes heurtés à quelques difficultés qui relèvent aussi bien de l’État que des promoteurs. Les raisons du retard sont liées principalement à des difficultés pour l’État à mobiliser suffisamment de ressources pour la purge des droits coutumiers et l’achèvement des travaux de VRD primaire, et pour la majorité des promoteurs à des difficultés à obtenir des crédits pour le financement de leurs projets à cause de l’insuffisance d’implication du secteur bancaire et de l’incapacité à produire des logements à grande échelle. Ces problèmes sont en train d’être résolus au fur et à mesure avec l’arrivée de nouveaux promoteurs ayant de réelles capacités financières et utilisant les nouvelles techniques de construction rapide et en masse. La mobilisation par l’État des ressources suffisantes pour le foncier et les VRD est en cours. Quant au secteur bancaire, son implication est de plus en plus nette avec l’application de taux de 4,5 à 7,5 % pour le crédit acquéreur et une durée de remboursement plus longue, soit entre 20 et 25 ans.

Dans les mois à venir, la création par l’État d’un fonds de  garantie à l’image du FOGARIM au Maroc et du Fonds de garantie hypothécaire du Mali (FGHM) facilitera l’intervention des banques dans l’octroi de crédits aux entreprises de construction. Á vos yeux, le programme présidentiel de logements sociaux représente trois enjeux majeurs pour la Côte d’ivoire. Peut-on savoir lesquels ?

Les trois enjeux majeurs que présente le programme présidentiel de logements sociaux sont d’abord l’accélération de ce programme et la réalisation par l’État desa part d’engagement. Cela pourrait nécessiter la prise d’un certain nombre de dispositions : le recrutement de promoteurs disposant de capacités techniques et financières de production en masse de logements, la
revue du cahier des charges du logement social (mission récemment confiée au BNETD), la mise en oeuvre de techniques innovantes de construction, la facilitation de l’accès au crédit à la fois pour les promoteurs et pour les acquéreurs, etc. Ensuite, une vraie réflexion est à engager sur la politique de l’État en matière de logements à caractère social, destinés en principe aux couches les plus défavorisées de la société, en prenant en compte des éléments aussi concrets que le Smig, qui est fixé à 60 000 FCFA/mois, le revenu mensuel moyen inférieur à 200 000 FCFA, le fait que plus d’un million d’Abidjanais – un 1/5 de la population – habite dans un quartier précaire… Enfin, il s’agit de mettre en oeuvre une politique du logement efficace, et cela est lié à l’existence d’une régulation pertinente du marché, une régulation qui incite à l’investissement du promoteur tout en facilitant les procédures d’accès ou d’acquisition. Cela consiste entre autres à allonger les durées
de remboursement du crédit acquéreur, à réduire le plus possible les taux d’intérêt (objectif de 5,5 % visé à travers le CDMH), ainsi qu’à renforcer l’offre de logements locatifs, seule alternative pour beaucoup de personnes souhaitant accéder à un logement décent.

Quelles sont les retombées attendues de la première édition du Salon africain de l’habitat à Paris (SAHPARIS) tenu en novembre 2018 et dont le thème était « Acquérir un logement en toute sécurité en Afrique de l’Ouest » ?

Pour notre pays, les retombées du salon sont de plusieurs ordres : le renforcement de notre position de leader dans la résolution de la problématique du logement social en Afrique subsaharienne en tant que pays parrain de ce premier salon, une meilleure mise en oeuvre de notre programme de logements sociaux à travers le renforcement institutionnel basé sur l’expérience du Mali avec la création de l’Office malien de l’habitat et du Fonds de garantie hypothécaire du Mali, un renforcement des capacités des promoteurs nationaux à travers les échanges d’expériences par le biais de la Fédération des promoteurs immobiliers d’Afrique de l’Ouest, et enfin un renforcement de la confiance de notre diaspora envers le programme de logements sociaux.

La Côte d’Ivoire était invitée d’honneur à la 17e édition du Salon international du bâtiment (SIB) le 21 novembre 2018 à Casablanca. Comment se sont déroulés les échanges entre le Maroc et la Côte d’Ivoire ?
Je voudrais vous rappeler que depuis novembre 2012, la Côte d’Ivoire a reconnu le Maroc en Conseil des ministres comme étant le pays africain ayant les meilleures pratiques en matière de production de logements sociaux pour les ménages les plus pauvres. Ainsi, le processus de mise en oeuvre du programme ivoirien de logements sociaux a été largement inspiré du modèle marocain. Vous me donnez à nouveau l’occasion de renouveler mes remerciements à l’endroit du peuple frère du Maroc, et en particulier de Saad Eddine Othmani, chef du gouvernement du Maroc, Abdelahad Fassi Ferhi, ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, et Fatna El Khyel, secrétaire d’État chargé de l’Habitat, pour la place qui a été réservée à la Côte d’Ivoire durant ce salon.

D’ici à 2020, outre le programme présidentiel de logements sociaux, quelles sont vos autres priorités ?

Les autres priorités de mon département ministériel portent notamment sur la résorption de la problématique des quartiers précaires, la sécurisation des informations foncières, la relance de l’offre en terrains urbains équipés et sécurisés, et enfin la réalisation des plans d’urbanisme de détail du SDUG.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

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