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Entretien – Ministre de la Santé publique: « Développer la stratégie de couverture universelle de santé »

Le docteur Illiassou Maïnassara, ministre de la Santé publique, évoque les réformes mises en oeuvre par son gouvernement en matière de santé, et notamment leur impact sur la gestion des ressources humaines et celle des centres de santé.

Depuis votre prise de fonctions en octobre 2016, vous avez initié des réformes dans le secteur de la santé. Peut-on avoir un aperçu des mesures prises et de leur application effective ?

Dr Illiassou Maïnassara : En effet, d’importantes réformes ont été entreprises. Tout d’abord le renforcement de l’offre de soins et de services de qualité à toute la population, afin que les Nigériennes et les Nigériens puissent bénéficier de bonnes prestations de santé, et ce à travers plusieurs actions dont l’opérationnalisation de différents centres de santé : le Centre national de lutte contre le cancer, par l’instauration effective d’activités de chimiothérapie, par la finalisation des travaux de bâtiment et d’électricité ainsi que par le processus d’acquisition de l’accélérateur déjà lancé, et l’Hôpital général de référence de Niamey, avec l’organisation de plusieurs campagnes de chirurgie de pointe ayant permis la prise en charge de 286 dossiers compliqués devant normalement faire l’objet d’évacuation à l’extérieur. La prise en charge de ces 286 cas a coûté plus de 738 millions de FCFA à l’État, contre plus de 2,318 milliards de FCFA si ces malades avaient dû être évacués à l’étranger, soit une économie de plus de 1,579 milliard de FCFA. Ceci a contribué à l’allégement du fardeau des évacuations sanitaires, tant pour les patients que pour l’État. Ajoutons à cela le renforcement du contrôle et de l’inspection des établissements de soins et pharmaceutiques publics et privés avec plusieurs missions inopinées par les inspecteurs de service et sous la supervision du ministre de la Santé publique, qui a abouti à la fermeture de 52 établissements sanitaires privés pour non-conformité et pour exercice illégal de la profession de santé, ainsi que de 7 centrales pharmaceutiques privées pour non-respect de la loi portant exercice à titre privé de la profession pharmaceutique.

Quel est l’impact de ces mesures en matière de gestion des ressources humaines ?

Sur le volet ressources humaines, l’un des obstacles majeurs est la disponibilité du personnel en quantité et en qualité, surtout en milieu rural, avec 25 % du personnel seulement y travaillant pour desservir 90 % de la population. Afin de corriger ce déséquilibre en tant que premier responsable du secteur, nous avons encouragé un redéploiement des effectifs existants et y avons procédé dans une volonté d’équité pour que cette couche majoritaire de notre population bénéficie de soins. Cette dynamique a été conduite dans la concertation avec les partenaires sociaux du secteur mais également avec le concours de la société civile, consultations que nous avons entreprises dans toutes les régions du pays dans le but de parvenir à un consensus autour de ce redéploiement. Cette action a permis le redéploiement de 1 875 agents de santé, toutes catégories confondues, à l’intérieur du pays, rehaussant significativement la proportion du personnel travaillant en zone rurale.

Qu’en est-il de la gestion des services de santé ?

L’introduction de l’approche à résultats rapides (ARR) ou initiative à résultats rapides (IRR/RRI) a permis de mobiliser les acteurs au niveau communautaire relativement aux questions de planification familiale, d’accouchements, de vaccination et de nutrition. Les principaux acteurs sont le personnel de santé, les autorités administratives, les chefs traditionnels, les responsables communaux et autres leaders au niveau communautaire, les chefs religieux, les relais communautaires, les ONG et agents des autres secteurs partenaires pour réaliser des résultats significatifs en 100 jours ou moins. Cette approche appliquée dans cinq des huit régions du pays a généré de réelles améliorations avec des résultats tangibles au niveau des indicateurs des services, mais aussi et surtout comme facteurs déterminants dans les nouvelles façons de travailler. Á titre illustratif, en 2017, les cinq régions ont enregistré 1 058 024 femmes ayant entre 15 et 49 ans qui utilisent les contraceptifs modernes, contre 549 304 utilisatrices en 2014, soit une augmentation de 92,61 %.

Qu’avez-vous prévu en matière de financement du secteur ?

Pour réduire les coûts des soins à la population et donc réduire le risque d’appauvrissement des usagers des services de santé ainsi que pour améliorer la qualité de l’offre et augmenter la motivation du personnel et la qualité des données, le ministère de la Santé a initié la stratégie de financement basé sur les résultats (FBR). Á travers cette stratégie, le ministère de la Santé veut instaurer une réelle culture de performance au niveau des prestataires du secteur public. Il s’agit donc d’un changement radical par rapport à la situation actuelle de financement classique basé sur les moyens, où les structures de soins reçoivent tous les intrants nécessaires au fonctionnement sans aucune obligation de résultats. Un premier pilote a été mis en oeuvre dans le district de Boboye, dans la région de Dosso, avec l’appui de la Banque mondiale. Le ministère de la Santé publique envisage de développer cette approche graduellement dans 6 autres districts : 2 avec le financement du programme de santé de la Coopération nigéro-belge et 4 sous financement du programme de santé de la Coopération nigéro-allemande. Le ministère entend s’appuyer sur le FBR et la gratuité des soins pour développer la stratégie de couverture universelle en santé en vue d’une meilleure protection des populations.

À quelles avancées les Nigériens peuvent-ils s’attendre d’ici à 2021 en matière de santé avec le Programme Renaissance II ?

Le dispositif Renaissance acte II s’est fixé comme objectif, d’ici à 2021, d’améliorer les conditions de santé et d’augmenter l’accessibilité des populations aux services de santé, et notamment : la couverture sanitaire, le développement de la santé de la reproduction en mettant l’accent sur la santé de la femme, de l’enfant, des jeunes et des adolescents, l’accroissement de l’efficacité du système de prévention sanitaire, l’efficacité et l’efficience de la gestion des ressources humaines, financières et matérielles mises à la disposition des services de santé, et enfin la réduction significative de la morbidité et de la mortalité dues aux affections aiguës et chroniques les plus meurtrières. C’est pourquoi, en conformité avec le Programme de la Renaissance, mon département a élaboré un Plan de développement sanitaire (PDS) 2017-2021 qui privilégie la prévention sanitaire, la promotion de la couverture universelle en santé et le renforcement de la gestion du système de santé. Cela s’opère autour des axes stratégiques que sont le renforcement du leadership et de la gouvernance, l’amélioration de l’offre de soins, de leur qualité ainsi que de la demande de prestations, ou encore l’amélioration de la disponibilité des ressources physiques et des intrants : infrastructures, équipements et médicaments, etc.

Serge-Henri Malet

Auteur

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