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Entretien – Ministre de l’Agriculture et des Aménagements hydrauliques

Entretien – Ministre de l’Agriculture et des Aménagements hydrauliques: « Des investissements pour rompre avec les cycles de déficits céréaliers »

Jacob Ouédraogo, ministre de l’Agriculture, détaille comment le gouvernement s’emploie à apporter des solutions aux populations confrontées à l’insécurité alimentaire. Il indique aussi de quelle façon il va revaloriser le métier d’agriculteur et oeuvrer à l’émergence d’un statut d’entrepreneur rural.

Pourquoi le face-à-face entre le chef de l’État et les
producteurs à l’occasion de la Journée nationale du
paysan (JNP) est-il devenu un événement biennal et
non plus annuel dont l’organisation a été confiée à un
secrétariat permanent ?
Jacob Ouédraogo : La JNP constitue le cadre privilégié par excellence où les acteurs du monde rural ont
l’opportunité d’échanger de façon franche et directe
avec le président du Faso sur les priorités du secteur
agricole dans la perspective de dégager les orientations
pertinentes susceptibles de booster les performances
dudit secteur. Les recommandations formulées dans
ces instances de dialogue et de gouvernance sont ainsi
capitalisées dans les documents d’orientation stratégique
ou permettent d’engager des réflexions pour
des investissements plus structurants dans le secteur
agricole. La dernière édition de la JNP tenue en mai
2017 sur le thème « Journée nationale du paysan, 20 ans
d’existence : bilan et perspectives », a en effet formulé
des recommandations après un bilan approfondi des
différentes éditions tenues depuis celle du 28 décembre
1993, dont la transformation de la JNP en événement
biennal et la création de son secrétariat permanent.
Le bilan établi de manière participative et les recommandations
formulées depuis la 1re édition des JNP
avaient permis de relever que le taux de mise en oeuvre
des différentes recommandations serait nettement meilleur
si les différents départements disposaient d’un
délai optimal. Par ailleurs, les JNP se tiennent généralement
entre avril et mai, en cours d’exécution des
programmes de travail et de budget annuel, rendant ainsi difficile la prise en compte des recommandations
dans les programmations. C’est cette volonté d’amélioration
de la mise en oeuvre des recommandations
qui explique la révision de la périodicité de tenue des
JNP. Par ailleurs, dans la mise en oeuvre des recommandations
prises lors des différentes éditions de la JNP, l’une des insuffisances constatées était l’absence
de suivi et de capitalisation des résultats y relatifs. En
effet, le suivi-évaluation des recommandations était
confié à un comité national d’organisation. Mais ce
comité n’étant pas une structure pérenne, il était difficile
d’assurer un suivi permanent des
recommandations et une capitalisation
des résultats. En outre,
les organisations de producteurs
ont souhaité une plus grande
responsabilisation dans la veille
citoyenne sur la mise en oeuvre
des recommandations. Telles sont
donc les raisons essentielles qui ont fortement milité
pour l’option d’un secrétariat permanent de la JNP.
Sait-on déjà quelle ville abritera la 21e édition de la
JNP prévue en 2019 ?
Les projets de textes pour la création de ce secrétariat
permanent, de même que le budget nécessaire à sa mise
en place et à son fonctionnement sont en cours de finalisation
par un comité technique. Ces projets de textes et
de budget ainsi que le choix de la ville devant abriter la
21e édition prévue en 2019 seront incessamment soumis
aux acteurs non étatiques du secteur rural.
Votre gouvernement a choisi plusieurs pistes visant à
revaloriser le métier d’agriculteur et à oeuvrer à l’émergence
d’un statut d’entrepreneur rural. Cette option
va-t-elle changer le regard des jeunes sur les métiers
de la terre ?
Les contraintes majeures qui limitent l’engagement
des jeunes dans le secteur agricole sont essentiellement
leur faible accès aux crédits agricoles, la pénibilité du
travail agricole, l’incertitude du marché pour l’écoulement
des productions à des prix rémunérateurs, et enfin
l’insuffisance d’emplois agricoles décents tant dans le
maillon de la production que de la transformation.
On peut également relever la très faible attractivité
du secteur liée à l’absence de mesures incitatives en
faveur des investisseurs et à l’insuffisance des espaces
de production dédiés aux jeunes. C’est au regard de
ces contraintes que durant la 19e édition de la JNP
tenue en 2016 sur le thème « Agriculture et lutte contre
le chômage : développer et soutenir l’entreprenariat
agro-sylvo-pastoral, halieutique et faunique pour l’insertion
socioprofessionnelle des jeunes », des pistes
avaient été dégagées dans l’objectif de parvenir à une
revalorisation du métier d’agriculteur et d’oeuvrer à
l’émergence d’un statut d’entrepreneur rural.
Selon l’ONU, qui a concocté un « Plan d’urgence et
de résilience 2018 », cette année est difficile pour la
population du Burkina Faso confrontée notamment à
l’insécurité alimentaire et à la malnutrition. Comment
votre gouvernement s’emploie-t-il à apporter des solutions
à cette situation ?
La production céréalière définitive de la campagne
agricole 2017-2018 a effectivement connu des baisses
respectives de 11,03 % et 11,65 % par rapport à la campagne
agricole 2016-2017 et par rapport à la moyenne
des cinq dernières années. Ces baisses ont entraîné un
déficit céréalier brut estimé à 477 448 tonnes. Pour
prévenir et gérer efficacement cette situation alimentaire
qui s’annonçait difficile, le gouvernement, avec
l’appui de ses partenaires, a élaboré un plan de réponse
et de soutien aux populations vulnérables d’un montant
de plus de 81 milliards de FCFA pour soutenir
les personnes exposées à l’insécurité alimentaire. Les
principales actions de ce plan concernent les appuis
aux personnes vulnérables à travers le Cash/Food for
Work ou le Cash inconditionnel, c’est-à-dire l’octroi de
numéraire ou de vivres en contrepartie ou non de travail
ainsi que l’ouverture et l’animation de 250 points de
vente de céréales aux personnes vulnérables. Il s’agira
de mettre 95 000 tonnes de céréales à prix réduit à
la disposition des populations affectées, notamment
pendant la période de soudure. Il est également prévu
la mise à disposition des éleveurs d’aliment pour bétail
à prix subventionné dans la zone à déficit fourrager,
et des actions de prévention et de prise en charge de
la malnutrition chez les enfants de moins de cinq ans.
Au bilan actuel, plus de 75 % des besoins de financement
du plan ont été couverts. Grâce à cette bonne
mobilisation de ressources, plus de 21 000 personnes
ont bénéficié du Cash for Work, 48 568 ménages vulnérables
ont bénéficié du Food for Work et plus de
16,8 milliards de FCFA ont été versés en Cash ou Food
inconditionnel sur l’ensemble des provinces à risque.
Plus de 22 000 tonnes de sous-produits agro-industriels
ont été vendus dans les zones déficitaires. En outre,
les 250 points de vente de céréales aux personnes vulnérables
sont fonctionnels et ont contribué à stabiliser
les prix des produits alimentaires sur les marchés.
Ces interventions ont permis de contenir l’insécurité
alimentaire. Au-delà de la mise en oeuvre de ce plan,
le gouvernement a engagé plusieurs investissements
structurants pour rompre définitivement avec les cycles
récurrents de déficits céréaliers.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

EA Magazine

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