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Entretien – Ministre de l’Agriculture et des Amenagements hydro-agricoles

« Nous allons consolider la transformation structurelle de notre agriculture »

Salifou Ouédraogo, ministre de l’Agriculture, souligne les avancées en matière d’aménagements hydro-agricoles et met en avant le nouveau modèle visant à moderniser le secteur agricole en utilisant l’eau souterraine à partir d’un dispositif de pompage solaire.

En début de quinquennat, il était question de passer d’une agriculture assujettie à la pluviométrie (75 %) à une agriculture irriguée, avec maîtrise totale ou partielle de l’eau.  Votre département s’est-il approché de cet objectif ?

Salifou Ouédraogo : Dans l’objectif de « réduire fortement la dépendance du secteur agricole à la pluviométrie en portant la part des productions irriguées dans la production agricole totale de 15 % en  2015 à 25 % en 2020 », le président Roch Marc Christian Kaboré s’est engagé à aménager 25 000 ha de basfonds et 5 000 ha de périmètres avec maîtrise totale de l’eau, et à réhabiliter 2 500 ha de  périmètres irrigués. De 2016 au 30 septembre 2019, nous avons réalisé près de 17 000 ha de bas-fonds, soit 67 % des 25 000 ha prévus. D’ici à 2020, compte tenu des initiatives en cours, la cible de  l’engagement du président sera atteinte. Pour la maîtrise totale de l’eau, 6 373 ha ont été aménagés pour une cible de 5 000 ha dans le programme présidentiel, soit un dépassement de plus de 30 %. Nous envisageons de réaliser les 10 800 ha de périmètres irrigués inscrits au PNDES : les ressources nécessaires pour les aménagements de 2 000 ha de périmètres hydro-agricoles à Dangoumana (Boucle du Mouhoun), 1 500 ha à Samendeni (Hauts-Bassins) et 2 000 ha sur le site de Bagrepôle (Centre-Est) sont disponibles. En outre, pour conforter la modernisation du secteur agricole, le ministère a entrepris la promotion et la mise à l’échelle d’un nouveau modèle d’exploitation agro-sylvo-pastorale innovant, résilient et très compétitif qui utilise l’eau souterraine à partir d’un mécanisme de pompage solaire, de système d’irrigation, d’étang piscicole et de dispositif d’abreuvage pour animaux. Ce nouveau modèle constitue une réponse stratégique à l’insécurité alimentaire ainsi qu’à la problématique de l’emploi et de la migration de la jeunesse. En effet, 100 000 exploitations seront mises en place à terme, avec un potentiel de production de 5 000 000 tonnes de céréales supplémentaires et la création de plus 500 000 emplois décents pour les jeunes et les femmes. Du 21 au 24 septembre dernier, vous étiez en tournée dans les régions pour suivre l’évolution de la campagne agricole 2019-2020.

L’objectif de produire 5 800 000 tonnes de céréales sera-t-il atteint ?

Nous avons, lors de ces tournées, constaté des séquences de sécheresse, des inondations, des pluies tardives et des attaques de la chenille légionnaire. Mais le régime pluviométrique a fini par s’améliorer et la nuisance des ravageurs a été maîtrisée. La production céréalière prévisionnelle de la campagne agricole 2019- 2020 est évaluée à 5 029 321 tonnes, soit 86,71 % de l’objectif de production de 5 800 000 tonnes de céréales. Au regard des difficultés dans le déroulement de la campagne agricole et de la situation sécuritaire, ces résultats sont satisfaisants. Du reste, ce niveau de production est en hausse de pratiquement 12 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Comparé aux besoins de consommation nationale, il fait ressortir un excédent brut de 204 626 tonnes. Par ailleurs, le volume de production des cultures de rente s’établit à 1 375 709 tonnes, soit une hausse de 25,38 %. Cette production est dominée par le coton avec 608 200 tonnes, soit une hausse de 26,14 %. Le secteur rural burkinabè emploie 86 % de la population pour une contribution d’environ 35 % à la formation du PIB mais connaît d’énormes difficultés de rendement.

Comment rassurez-vous les agriculteurs ?

Lors des différents cadres de concertation et de dialogue comme la 21e édition de la Journée du Paysan, il ressort que les principaux obstacles à l’accroissement des rendements sont l’accès aux intrants et équipements de qualité et en quantité suffisante, l’accès au financement, etc. Pour lever ces difficultés, nous avons engagé l’opérationnalisation de la Centrale d’approvisionnement en intrants et équipements agricoles (CAIMA) qui permettra notamment une réduction du prix des engrais. Les travaux de construction de l’unité de montage de tracteurs et de motoculteurs à Bobo-Dioulasso seront achevés au troisième trimestre de 2020.

De plus, la mise en place d’une unité de production d’engrais à base de phosphates est avancée. Quelles seront vos priorités en 2020 ?

Nos priorités en 2020 consisteront à consolider les initiatives entreprises pour la transformation structurelle de notre agriculture : poursuite des actions pour la maîtrise de l’eau agricole, modernisation de l’agriculture par sa mécanisation et amélioration de la productivité agricole. L’accès des producteurs au financement et la mise en marché de la production agricole à travers la contractualisation et la transformation des produits agricoles constituent des buts essentiels. Pour la maîtrise de l’eau, plus de 10 000 ha de périmètres irrigués et de bas-fonds seront réalisés, et le nouveau modèle d’exploitation agricole à base de forages solaires sera mis à l’échelle. L’opérationnalisation de la CAIMA et la mise en place effective d’unités de production d’engrais et de montage de tracteurs vont mécaniser notre agriculture et la rendre performante. L’opérationnalisation du fonds de développement agricole ainsi que la création de l’assurance agricole favoriseront l’accès au financement et l’augmentation de l’investissement. Plus de 350 unités de transformation, des infrastructures de stockage et des comptoirs seront mis en place. Nous lançons aussi l’initiative « Un million de tonnes de riz d’ici à 2020 ».

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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