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Entretien – Ministre de l’Économie, des Finances et du Développement

« Nous projetons une croissance à 6,4 % en 2020 »

Le grand argentier Lassané Kaboré rappelle que ses priorités en 2020 portent sur le budget de l’État burkinabè qui s’établit à 2 233,316 milliards de FCFA en recettes et 2 518,456 milliards en dépenses, mais aussi sur le volet investissements, qui prévoit une hausse de 238,10 milliards par rapport à 2019.

Comment expliquez-vous que depuis 2016, le taux de croissance du PIB moyen soit de 6,0 % alors que votre pays connaît une insécurité grandissante et des remous sociaux ? Et quelles sont vos prévisions sur le PIB 2020 ?

Lassané Kaboré : Il est indéniable que dans un contexte national marqué par une intensification des attaques terroristes et l’amplification des revendications sociales dans le secteur public, l’économie burkinabè s’est montrée résiliente et même performante, avec des taux de croissance économique de 5,9 % en 2016, de 6,3 % en 2017 et de 6,8 % en 2018. Ces performances ont été favorisées par la bonne tenue des services financiers ainsi que des postes et télécommunications, par l’amélioration des salaires et des transferts sociaux, par l’intensification des investissements publics dans le BTP (infrastructures de transport et logements) dans le cadre de la mise en oeuvre du Plan national de développement économique et social (PNDES), par la pluviosité relativement favorable et par l’augmentation des  productions d’or (de 38,5 tonnes en 2016 à 52,6 tonnes en 2018) ainsi que de zinc (de 155 700 tonnes en 2016 à 183 400 tonnes en 2018). Pour l’année 2019 qui s’achève, malgré des prévisions de  décélération principalement due à la baisse de la production minière (- 9,0 % par rapport à 2018) et à un léger fléchissement de la production céréalière (- 2,9 %), la croissance resterait robuste, projetée à  6,0 % car soutenue par l’amélioration de la production de rente – coton, sésame et anacarde –, mais aussi par le dynamisme des secteurs du BTP et des services. Nos prévisions tablent sur le maintien de la   résilience et sur une reprise de la croissance économique, qui se situerait à 6,4 % en 2020, soutenue par les bonnes perspectives de production et d’égrenage de coton, la poursuite des travaux d’infrastructures routières, la mise en oeuvre du programme de construction de logements sociaux, le développement des services innovants dans les postes et télécommunications, le maintien du dynamisme du tourisme interne, et enfin des transferts publics favorables au raffermissement du secteur des services.

La consommation et les investissements ont été les principaux moteurs de la croissance en 2019. Quid de 2020 ?

Pour 2020, la croissance économique projetée à 6,4 % serait impulsée notamment par les investissements, et surtout par la consommation, avec la poursuite des actions entreprises depuis quelques années dans le cadre du PNDES. Les investissements, eux, devraient soutenir la croissance par la poursuite des grands chantiers d’infrastructures socio-économiques notamment, la consolidation des investissements dans l’énergie et les infrastructures routières et de télécommunication, la poursuite de l’exploration et de l’exploitation minières ainsi que l’amélioration du climat des affaires. La consommation, publique et privée, devrait aussi soutenir la croissance en 2020, à travers notamment la poursuite des mesures sociales (travaux à haute intensité de main-d’oeuvre, gratuité des soins obstétricaux et néonataux d’urgence, recrutement d’agents de santé à base communautaire) et d’autres mesures, entre autres celles visant à réduire les goulots d’étranglement dans les infrastructures, précisément dans les secteurs de l’énergie et du transport, à accroître la productivité et la valeur ajoutée dans le secteur agricole et à rendre la croissance plus inclusive.

Par rapport à 2019, quelles seront les priorités dans la loi de finances 2020, année de double scrutin présidentiel et législatif ?

Le budget 2020 qui vient d’être adopté a été élaboré sur la base des priorités et choix stratégiques budgétaires définis par le gouvernement et compte tenu de ses engagements vis-à-vis des partenaires techniques et financiers. Aussi un accent particulier a-t-il été mis sur la sécurisation du territoire et des citoyens, avec des allocations budgétaires conséquentes aux ministères en charge de la Défense nationale et de la Sécurité. Concrètement, la part du budget de l’État qui leur est allouée est passée de 12,49 % en 2016 à 18,59 % en 2020. Mais les efforts en faveur de ces secteurs n’ont pas fait perdre de vue la nécessité de poursuivre les actions de développement dans ceux de l’enseignement et de la santé, qui bénéficient respectivement de 30,35 % et de 12,67 % des dotations budgétaires. Quant à  l’organisation du double scrutin présidentiel et législatif, l’État a prévu des ressources à hauteur de 21,120 milliards de FCFA, en plus de l’accompagnement attendu des partenaires techniques et financiers.

Quelles seront vos priorités en 2020 ? Peut-on dire que c’est une année cruciale puisqu’il s’agira pour le président Roch Marc Christian Kaboré de mettre en avant son bilan économique ?

Nos priorités pour 2020, comme je l’ai déjà indiqué, portent sur le budget de l’État qui s’établit à 2 233,316 milliards de FCFA en recettes et 2 518,456 milliards en dépenses. Le volet investissements s’élève à 866,16 milliards, contre 628,06 milliards en 2019, soit une hausse de 238,10 milliards. Outre les secteurs de la défense et de la sécurité, les principaux investissements se situent dans les infrastructures routières et scolaires, ainsi que dans la construction de centres hospitaliers. Il prend également en compte l’organisation des prochaines élections. L’inscription des crédits nécessaires à l’organisation de ces scrutins indique effectivement que cette année est cruciale par le défi d’une organisation réussie, avec de surcroît la participation des Burkinabè de l’extérieur.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

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