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Entretien – Ministre de l’Économie, des Finances et du Développement

Entretien – Ministre de l’Économie, des Finances et du Développement: « La part du budget 2018 accordée au volet social est de 31,94 % »

Distinguée par l’API comme meilleure ministre des Finances d’Afrique de l’Ouest et de l’Est, Hadizatou R. Coulibaly/Sory y voit le résultat d’un « effort collectif ». Elle revient sur la part accordée au social dans le budget 2018 et sur le devenir des fonds communs touchés par un projet de réforme qui a suscité la colère des syndicalistes du ministère de l’Économie, des Finances et du Développement (MINEFID).

Quelles sont les priorités du budget 2018 qui se
chiffre à plus de 2 018 milliards de FCFA en recettes
et 2 444 milliards en dépenses ?
Hadizatou Rosine Coulibaly/Sory : Le 20 juillet 2016,
le gouvernement a adopté le Plan national de développement
économique et social (PNDES) sur la période
2016-2020, avec comme objectif de transformer structurellement
l’économie burkinabè pour une croissance
forte, durable, résiliente, inclusive, créatrice d’emplois
décents pour tous et induisant l’amélioration du bienêtre
social. L’orientation donnée est de budgétiser en
priorité les dépenses liées à ces réformes et investissements,
et de s’assurer qu’elles soient incompressibles.
Á partir de 2018, les réformes programmées visent la
consolidation des acquis dans les trois axes stratégiques
du PNDES : réformer les institutions et moderniser
l’administration, développer le capital humain, et
enfin dynamiser les secteurs porteurs pour l’économie
et les emplois. En matière de sécurité et de défense
du territoire, il s’agira de mener des actions visant à
apporter une réponse appropriée au défi sécuritaire.
Les financements seront orientés en priorité vers le
renforcement des capacités opérationnelles des forces
de défense et de sécurité afin de parvenir à des résultats
tangibles dans la lutte contre le terrorisme.
Quelle est la part accordée au volet social dans ce
budget ?
Les dépenses sociales de réduction de la pauvreté sont
celles des secteurs abritant les programmes prioritaires
identifiés dans le PNDES pour accélérer la réalisation
des objectifs de réduction de la pauvreté. Elles doivent
garantir l’accès des pauvres aux services sociaux de
base et à la protection sociale, promouvoir leur accès
aux services de santé et aux programmes de nutrition,
lutter contre le VIH/SlDA, promouvoir l’accès des pauvres à l’eau potable, améliorer leur cadre de
vie (habitat, voirie et assainissement) et leur garantir
une protection sociale. Dans le budget 2018 ajusté et
hors financements extérieurs, la part accordée au volet
social est de 31,94 %, et de 27,42 % en tenant compte
des financements extérieurs. Fin avril 2018, le niveau
d’exécution des dépenses sociales de réduction de la
pauvreté se chiffrait à 198,57 milliards de FCFA sur
un crédit de paiement ajusté de 598,38 milliards, soit
un taux d’exécution de 33,18 %, un taux sensiblement
égal à la cible de 30 % attendue à fin avril.
Afin d’assainir le climat social, que prévoit le gouvernement
pour dédommager les victimes de violences
politiques ?
Pour ce qui concerne les personnes victimes de violences
en politique, le gouvernement a pris l’engagement de
leur apporter son soutien : le budget 2018 a prévu un
montant de 4 milliards de FCFA pour entamer dès cette
année l’accompagnement de l’État, qui concerne aussi
les opérateurs économiques ayant subi des pertes lors
des manifestations à caractère politique.
Pourquoi le fameux Fonds commun (FC) passé de
20,11 milliards de FCFA en 2012 à 55 milliards en
2017 a-t-il suscité tant de mécontentement chez le
personnel de votre département ?
Au sein de mon département, en plus d’une prime
de rendement servie sur la base des performances en
matière de recouvrement des recettes, il existait un
FC basé sur les pénalités, amendes et contentieux. Les
négociations avec les syndicats ont conduit en 2011 à
changer son mode d’indexation, ce qui rendu la masse
à partager très importante et en constante évolution.
Les autorités ont alors constaté le niveau insoutenable
du fonds commun – qui n’avait pas de base légale –
servi aux agents du MlNEFID. Dans son adresse à la
Nation du 31 décembre 2017, SEM le président du
Faso a alors annoncé un vaste chantier de réforme
du système de rémunération des agents de l’État. Je
rappelle que plus de 50 % des recettes intérieures de notre pays vont aux salaires des fonctionnaires, et ce
chiffre n’intègre pas les sommes servies au titre des FC.
Il ne se dégage donc plus de marge pour financer les
dépenses d’investissement une fois les autres dépenses
de fonctionnement de l’État couvertes. La réforme évoquée par le chef de l’État a généré des inquiétudes
sur le devenir des FC. La « Conférence des forces vives
de la Nation sur le système de rémunération des agents
publics de l’État » qui s’est tenue du 12 au 14 juin
2018 a recommandé d’encadrer par une loi les fonds
communs en les indexant aux amendes et pénalités,
de plafonner les montants à servir à 25 % de la masse
salariale annuelle des bénéficiaires avec date d’effet au
1er janvier 2019, et enfin de prendre un décret précisant
les modalités de répartition des FC. Je souhaite que
ces recommandations rencontrent l’adhésion de tous
les employés du MINEFID pour que ce département
sensible apporte sa contribution au développement de
notre cher pays.
Comment avez-vous vécu le fait d’être sacrée leader
du dernier Top 10 des meilleurs ministres des Finances
d’Afrique de l’Ouest et de l’Est par l’Africa Performance
Index (API) vous attribuant la palme d’or dans la
gestion de la croissance ?
Après la crise socio-politique de 2014, le gouvernement
a entrepris à travers son ambitieux PNDES pour
la période 2016-2020 d’avoir une croissance forte,
durable, inclusive et génératrice d’emplois. Nous nous
sommes donc attelés à traduire la vision du chef de
l’État et à engager des réformes fortes : meilleure gestion
du développement, programmation budgétaire axée sur
les résultats, et enfin amélioration des performances de
mobilisation des recettes et d’exécution de la dépense
publique. À travers des investissements structurants
accompagnés par l’accélération des procédures des
marchés publics et la dématérialisation, la croissance
est restée soutenue et aurait été encore plus forte avec
une meilleure pluviométrie.
Malgré une baisse des recettes fiscales et une hausse
réussie des dépenses sécuritaires, comment avez-vous
gagné le pari de la reprise économique après une
période d’instabilité politique et une campagne agricole
2015 maussade ?
Les recettes fiscales ont en effet connu des hausses
respectives de 14,4 % et 15,1 % pour
les années 2016 et 2017. Il en est de
même pour les dépenses d’investissement,
qui ont varié de + 10,8 % en 2016 à
+ 49,8 % en 2017. C’est tout cela qui
nous a valu d’être reconnue comme
la meilleure ministre des Finances de
l’Afrique de |’Ouest et de l’Est. Je me
félicite de ce que les efforts menés au sein du département
avec l’accompagnement de tous les agents aient
porté des fruits. C’est un effort collectif, motif de fierté
et d’encouragement pour tous.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

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Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

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