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Entretien – Ministre de l’Emploi et de la Protection sociale: « Renforcer la contribution du secteur privé à la création d’emplois »

Pascal Abinan Kouakou, ministre de l’Emploi et de la Protection sociale, souligne l’importance accrue donnée aux personnes en situation de handicap dans la politique de l’emploi. En outre, il fait un bilan du lancement de la Couverture maladie universelle (CMU) et des enrôlements.

La politique nationale de l’emploi sur la période 2018- 2020 est évaluée à 52 milliards de FCFA pour la création de plus de 800 000 emplois. Comment cela se passe-t-il dans les faits ?
Pascal Abinan Kouakou : Cet objectif répond à une volonté de traiter efficacement la question du chômage en général, et particulièrement celui des jeunes, par la création massive d’emplois en nombre et en qualité. C’est à ce prix que le gouvernement pourra résorber durablement le chômage. Il s’agit donc de mettre en oeuvre plusieurs actions en faveur de la création d’emplois, notamment dans le cadre de la Stratégie nationale d’insertion des jeunes (SNIEJ), tout en s’appuyant sur les résultats des études des bassins d’emplois qui mettent en exergue les potentialités des différentes régions. Ainsi, des emplois seront créés dans des secteurs pourvoyeurs : l’agriculture et les ressources animales et halieutiques, le commerce, les TIC, la construction et le BTP, le  tourisme et l’artisanat, et enfin les emplois verts. La mise en oeuvre de ce programme appelle la participation et l’implication de plusieurs acteurs : l’État à travers ses démembrements, les  partenaires techniques et financiers, les partenaires sociaux, et surtout le secteur privé comme vecteur de création de richesses et d’emplois. Votre ministère a fait adopter un nouveau Code du
travail.

En quoi est-il différent du précédent et quelles sont ses innovations ?
Le Code du travail de 2015 s’est appuyé sur le Code du travail précédent mais est allé plus loin en apportant de nombreuses innovations. Ainsi, la loi du travail de 2015 a apporté des avancées majeures en matière d’amélioration de l’employabilité des jeunes et des personnes en situation de handicap. Pour les dernières citées, il est prescrit aux employeurs de leur réserver un quota d’emploi. Les jeunes pourront quant à eux bénéficier de dispositifs tels que le contrat stage-école pour valider rapidement leur diplôme, le contrat stage de qualification ou d’expérience  professionnelle, et enfin le chantier-école pour acquérir une expérience ou une qualification. Plusieurs autres innovations majeures ont été apportées, dont l’augmentation de l’âge d’accès à l’emploi, qui passe de 14 à 16 ans, le renforcement de la protection des couches vulnérables, qui concerne principalement les femmes et les personnes en situation de handicap, l’accroissement de la lutte contre la précarité, avec notamment des restrictions au recours au contrat à durée déterminée et l’instauration d’une indemnité de fin de contrat, le renforcement de la liberté syndicale, la définition et l’interdiction du harcèlement au travail, et enfin le renforcement de la prévention en matière de santé et de sécurité au travail.

De 2014 à 2018, quel bilan pouvez-vous dresser en terme d’embauches pour les personnes en situation de handicap ?

En termes d’embauches de cette catégorie de population, nous pouvons noter que le gouvernement a procédé au recrutement dérogatoire à la fonction publique de 300 personnes handicapées en 2015 et 158 personnes handicapées en 2018, avec environ 30 % de femmes, tout type de handicap confondu. Á partir de 2019, cette opération à caractère social sera reconduite et poursuivie les années à venir. Au niveau du secteur privé, les conventions en cours et l’adoption du décret relatif à l’embauche des personnes handicapées dans les entreprises renforceront l’intégration de cette cible sur le marché du travail.

Où en êtes-vous avec le lancement de la Couverture maladie universelle (CMU) ? Quel est le bilan des enrôlements ?

Il faut d’abord souligner qu’en prélude à la prise en charge effective des prestations de soins de santé des assurés de la CMU à l’échelle nationale, le choix a été fait d’éprouver le dispositif mis en place par la Caisse nationale d’assurance maladie à travers une phase d’expérimentation qui s’est réalisée conformément au schéma préétabli sans difficultés majeures. Aussi, depuis le 20 mars 2019, le Conseil des ministres a-t-il fixé le début du paiement des cotisations de la CMU au 1er juillet 2019, ce qui fait que les prestations commenceront le 1er octobre 2019 en tenant compte de la période de carence obligatoire de 3 mois. En ce qui concerne l’enrôlement, environ 1 628 359 personnes ont été enrôlées à la CMU à la date du 7 avril 2019, dont 1 234 500 au cours des opérations d’enrôlement classiques et 393 859 par le croisement des bases de données opéré par l’Office national de l’identification, qui est la structure nationale chargée de la confection des cartes nationales d’identité.

Quelle est votre stratégie pour accélérer et généraliser la CMU à l’ensemble des populations ivoiriennes ?
Concernant la généralisation, il est prévu à compter du 1er juillet 2019 l’extension de la CMU aux personnes occupées dans le secteur informel et effectivement enrôlées à la CMU, aux personnes
occupées dans le secteur formel (public et privé) ainsi qu’aux indigents. Il convient cependant de souligner que la prise en charge des indigents a déjà commencé le 23 novembre 2018 dans les
districts sanitaires de Dabakala, Issia et Yamoussoukro. Quant aux planteurs ou producteurs de cultures de rente, une étude les concernant est actuellement en cours, dont les conclusions permettront de définir les modalités de prélèvement de leurs cotisations dues au titre de la CMU. Ils seront intégrés à la CMU d’ici la fin de l’année 2019.

En matière d’emploi et de protection sociale, quelles sont vos priorités en 2019 et 2020 ?

Les priorités en matière d’emploi sont de renforcer la contribution du secteur privé à la création d’emplois, surtout pour les jeunes, de renforcer l’entrepreneuriat des jeunes et des femmes, de  conduire des études de bassins d’emplois sur l’ensemble du territoire national, et enfin de renforcer les programmes d’emploi en faveur des jeunes et des personnes vulnérables. Quant à la protection sociale, il s’agit notamment de la généralisation progressive de la couverture maladie universelle (CMU) et de la mise en oeuvre effective du Projet national d’assistance aux personnes  âgées (PNAPA) qui s’appuie sur trois principaux axes : la prise en charge sanitaire, la prise en charge sociale et l’autonomisation socio-économique des personnes âgées. D’autres chantiers en faveur du PNAPA vont être lancés : la création des régimes de retraite complémentaire par capitalisation dans les secteurs public et privé, l’institution de régimes de prévoyance sociale au profit
des travailleurs indépendants (RSTI), la poursuite de la prise des textes relatifs à la promotion et à l’insertion socioprofessionnelle des personnes en situation de handicap, et enfin l’organisation des recrutements dérogatoires pour les personnes en situation de handicap à la fonction publique en 2019 et en 2020.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

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