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Entretien – Ministre de l’Hydraulique: « Le taux d’accès à l’eau potable est passé de 50 à 81 % en sept ans »

Laurent Tchagba, ministre de l’Hydraulique, soutient que les investissements tous azimuts du programme « Eau Pour Tous » lancé en 2017 permettront à son gouvernement d’atteindre l’objectif de 95 % d’accès à l’eau potable en 2020.

Quelles sont les raisons qui ont motivé le chef de l’État Alassane Ouattara à procéder en juillet 2018, lors du dernier remaniement, à la création d’un ministère dédié exclusivement à la problématique de l’eau ?
Laurent Tchagba : Le président de la République a initié le 2 août 2017 le programme « Eau Pour Tous » qui vise à assurer une couverture en eau potable à au moins 95 % de la population d’ici à 2020. Pour atteindre cet objectif dans un premier temps, puis pour garantir l’accès durable de toutes les populations à l’eau potable, le ministère de l’Hydraulique a été créé
en juillet 2018. Il s’agit donc d’une part de renforcer l’approvisionnement en eau potable pour les populations et d’autre part d’anticiper les effets néfastes du changement climatique. De façon spécifique, il faudra
assurer un suivi régulier des chantiers engagés afin que la Côte d’Ivoire réponde de façon adéquate à l’évolution de la demande en eau. Pour ce faire, les attributions du ministère de l’Hydraulique sont la participation
au suivi et à la protection des ressources en eau, la gestion des infrastructures du secteur de l’eau potable, le développement des infrastructures d’alimentation en eau, et enfin l’élaboration et le suivi de la réglementation en matière d’études, de réalisation et d’exploitation des ouvrages d’hydraulique humaine.
En 2016, le président de la République a annoncé que l’État allait investir 1 320 milliards de FCFA, soit plus de 2 milliards d’euros, dans le secteur de l’hydraulique dans les deux années qui viennent. Comment va s’articuler la répartition de cet investissement colossal
entre les grandes villes et les zones rurales ?

Cette volonté politique du président a été réaffirmée lors du Conseil des ministres du 2 août 2017 où a été adopté le programme « Eau Pour
Tous ». Ainsi a été autorisé l’investissement de cette enveloppe globale de 1 320 milliards dans le secteur de l’eau d’ici à 2020. L’objectif visé est de relever les différents défis auxquels notre pays est confronté dans le secteur de l’eau potable. La répartition de ce budget va se faire autour des très grands projets structurants prévus dans les villes d’Abidjan, Bouaké, et Yamoussoukro ainsi que dans les capitales régionales. D’ores et déjà, nous annonçons que la première phase de cet investissement d’un coût de 200 milliards servira à réaliser des systèmes d’alimentation en eau potable (AEP) dans 200 chefslieux de sous-préfecture pour 100 milliards de FCFA,
à améliorer la desserte en eau potable dans le district d’Abidjan pour 14 milliards de FCFA, à renforcer la production d’eau potable dans 20 chefs-lieux de région et de département pour 40 milliards de FCFA, à réaliser
450 000 branchements sociaux pour 31 milliards de FCFA, et enfin à réhabiliter et entretenir 21 000 pompes à motricité humaine pour 15 milliards de FCFA. En ce qui concerne la ville de Bouaké et la région du Gbeke, des dispositions sont prises pour résoudre durablement d’ici à deux ans les problèmes d’approvisionnement en eau potable : une somme globale de 232 milliards de FCFA sera investie jusqu’en 2045. L’optimisation du réseau de la ville d’Abidjan et de la commune d’Abobo est une priorité qui va nécessiter un investissement de 14 milliards de FCFA ayant fait
l’objet de la signature d’un protocole d’accord entre l’État de Côte d’Ivoire et ASPAC International. Dans les villes de l’intérieur du pays, plusieurs projets structurants dont les protocoles d’accord ont été signés seront
financés pour renforcer l’approvisionnement en eau potable des grandes villes et de leurs localités environnantes qui connaissent des problèmes
de déficit : San-Pedro, Soubré, Gueyo, Daoukro, Bongouanou, Bocanda, etc.
Au niveau des zones rurales, 470 localités de plus de 4 000 habitants ont été recensées, donnant lieu à plusieurs projets dont les protocoles d’accord
ont été signés en vue du financement de leurs ouvrages de production d’eau potable. En outre, la réalisation de 7 000 forages en milieu rural
sur l’ensemble du territoire est déjà actée, et les protocoles d’accord signés avec des partenaires financiers pour une estimation globale de plus de
250 milliards de FCFA. Tous ces investissements doivent pouvoir rassurer les populations des zones où subsistent des problèmes de pénurie d’eau.
Votre gouvernement s’est engagé à combler le déficit en eau potable avec le programme « Eau Pour Tous ».

Pensez-vous atteindre votre objectif de couverture en eau potable d’ici à 2020 ?
En effet, avec le Programme « Eau Pour Tous », le gouvernement s’est engagé à combler un déficit en eau potable estimé à 350 000 m3/jour. Il
compte ainsi assurer la couverture en eau potable à au moins 95 % de la population d’ici à 2020. Plus spécifiquement à Abidjan, la demande en
eau potable se situait à 600 000 m3/j à la sortie de la crise, soit de 2002 à 2011, alors que la production se situait, elle, à 350 000 m3/jour.
La Côte d’Ivoire a dû investir plusieurs milliards de FCFA pour résoudre les problèmes urgents afin de rétablir l’équilibre de production d’eau
potable à Abidjan et dans certaines localités en 2015. Comme j’ai pu le dire, les investissements du programme « Eau Pour Tous », d’un montant total
de 1 320 milliards, vont être répartis dans des projets de renforcement d’alimentation en eau potable (AEP) à Abidjan, dans 200 sous-préfectures non alimentées et dans certaines grandes villes de l’intérieur. Pour la zone rurale, la construction des forages à motricité humaine va permettre d’atteindre les objectifs fixés. Il faut savoir que tous les investissements
déjà consentis ont fait passer le taux d’accès à l’eau potable de 50 % en 2011 à 81 % en 2018. Nul doute que l’aboutissement des investissements tous azimuts du programme « Eau Pour Tous » sera l’atteinte de notre objectif de 95 % du taux d’accès à l’eau potable en 2020.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

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Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

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