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Entretien – Ministre de la Santé du Burkina Faso: « La santé est un investissement rentable »

Pour le professeur Léonie Claudine Lougue/Sorgho, la ministre de la Santé burkinabè, le Covid-19 a mis en exergue les faiblesses des systèmes de santé. Elle pense aussi que face aux menaces, les États devraient faire preuve de plus de solidarité au lieu de se replier sur eux-mêmes.

Face à la pandémie de Covid-19, comment le Burkina Faso a-t-il organisé sa riposte ?

Pr Léonie Claudine Lougue/Sorgho : Face à la crise, le Burkina Faso a élaboré un plan de préparation et de riposte et a mis en place un cadre multisectoriel et multidisciplinaire organisé en comités nationaux, ministériels et déconcentrés de gestion de la crise. La coordination de la riposte a été placée sous le leadership de Son Excellence Monsieur le Premier ministre. Au niveau de mon département, dès le mois de janvier 2020, le Centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires (CORUS) a été activé, un coordonnateur nommé et dix groupes thématiques mis en place. Cette organisation permet de couvrir tous les domaines liés à la réponse et les groupes travaillent sept jours sur sept et parfois 24 heures sur 24. Dès la notification des premiers cas au Burkina Faso, des mesures fortes ont été prises, notamment au plan sanitaire avec la réquisition du centre hospitalier universitaire de Tengandogo, d’une capacité de 500 lits, et la création d’un numéro vert, le 3 535, et au plan des libertés publiques avec un couvre-feu, la mise en quarantaine des villes, la fermeture des frontières, etc. Á côté de ces mesures restrictives de libertés, le chef de l’État, Son Excellence Monsieur Roch Marc Christian Kaboré, a pris une série de mesures sociales et économiques d’un montant de 394 milliards de FCFA : réduction des factures d’eau et d’électricité, soutien aux entreprises en difficulté, etc. Au 30 mai, on recensait officiellement dans votre pays 883 cas d’infection au coronavirus, 53 décès, 741 guérisons et 89 cas actifs.

Pensez-vous avoir maîtrisé la propagation du virus avec la quarantaine appliquée notamment aux villes de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso ?

Les mesures de quarantaine ainsi que les autres mesures restrictives de libertés ont contribué à l’atteinte des résultats que nous avons aujourd’hui. En effet, depuis un mois, nous observons une relative maîtrise de l’épidémie, avec une diminution notable des nouveaux cas notifiés par jour et une baisse de la létalité de la maladie. Toutefois, la vigilance doit rester de mise. Ainsi, dans l’optique de l’ouverture des frontières, nous avons prévu un dispositif pour réduire les risques d’un éventuel rebond.

Suite à la crise du Covid-19, la part accordée aux questions de santé dans le budget national va-t-elle être revue ?

Á travers cette crise sanitaire, il a été suffisamment démontré que la santé est un investissement rentable et que tout part de la santé. Malgré les efforts réalisés au niveau mondial dans le domaine de la sécurité sanitaire après l’avènement d’Ebola en Afrique de l’Ouest, le monde n’est pas encore suffisamment prêt pour faire face à des pandémies majeures. Le Covid-19 a mis en exergue les faiblesses des systèmes de santé à faire face à des crises majeures, et même les systèmes les plus développés ont montré leurs limites. C’est la raison pour laquelle les États doivent poursuivre leurs efforts afin d’assurer la résilience des systèmes de santé : face à ces menaces, les pays devraient faire preuve de plus de solidarité au lieu de se replier sur eux-mêmes. Pour venir à bout d’une telle pandémie, les États devraient développer cette solidarité pour aider les plus fragiles et les plus vulnérables car cela éviterait qu’un État fragile ne soit un facteur d’entretien, voire de dissémination de la pandémie.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

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