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Entretien – Ministre de la Santé publique de Guinée-Bissau: « Le Covid-19 a mis en lumière certaines fragilités de notre système de santé

Antonio Deuna, ministre de la Santé publique de Guinée-Bissau, indique que, avant de déclencher une riposte à la pandémie de Covid-19, son gouvernement a d’abord dû assurer la reprise des paiements des salaires et des arriérés du personnel de santé.

Comment le ministère de la Santé a-t-il pu organiser sa riposte à la pandémie du Covid-19 alors que le pays était confronté à une crise politique du fait d’un contentieux électoral ?

Antonio Deuna : En effet, nous vivions déjà dans une situation de crise de contentieux électoral après les élections du 29 décembre 2019, à laquelle s’est ajoutée la crise sanitaire avec la pandémie de Covid-19. Malgré tout, la décision a été prise de réactiver la coordination du Centre des opérations pour l’émergence en santé (COES) en élaborant un plan de riposte sanitaire avec l’aide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Toutefois, nous nous sommes heurtés à une difficulté de taille, dans la mesure où le gouvernement et le président n’étaient pas encore reconnus par la communauté internationale. Cette situation politique s’est traduite par le blocage des aides et des appuis internationaux, ce qui a immédiatement compliqué la tâche en matière de coordination du COES, d’autant plus que ce dernier manquait cruellement de moyens pour assurer, notamment, le traitement salarial des agents de la santé et de la sécurité, étant donné que le gouvernement mis en place par le président de la République avait hérité d’une situation des finances publiques très difficile, où les caisses de l’État étaient quasiment vides. Dès que les blocages politiques ont été levés, nous sommes parvenus à obtenir des lignes de crédit des bailleurs de fonds. Cette bouffée d’oxygène financier nous a permis d’aménager un centre d’isolement au sein même de l’hôpital national Simão Mendes, d’assurer les arriérés et la reprise des salaires du personnel de santé ainsi que de celui relevant de la sécurité. Cela a contribué à renforcer la motivation de ces fonctionnaires essentiels à reprendre leurs activités et à s’investir dans la lutte contre le Covid-19. Le 25 mai, la Guinée-Bissau comptait 1 178 cas confirmés de Covid-19, dont sept décès et 42 guérisons, sur le million et demi d’habitants qu’elle totalise. Estimez-vous que les mesures de confinement décrétées par le gouvernement ont freiné la propagation du virus et évité un bilan plus lourd ? Les mesures de confinement décrétées par le président de la République n’ont hélas pas totalement arrêté la propagation du virus. Cependant, elles ont contribué à empêcher sa diffusion dans les autres régions du pays, notamment dans les transports interrégionaux. Nous pouvons aussi nous féliciter de ce que ces mesures aient pu, sinon arrêter, au moins freiner la propagation et, surtout, éviter au système de santé une augmentation des cas graves qui auraient conduit à une saturation de nos hôpitaux.

Quels enseignements tirez-vous de cette pandémie, et pensez-vous que la part accordée aux questions de santé dans le budget national sera revue à la hausse suite à la crise du Covid-19 ?

La pandémie a permis de mettre en lumière certaines fragilités de notre système de santé, y compris pour les autres pays de la zone UEMOA qui ont eux aussi été confrontés à des difficultés extrêmement éprouvantes. On a observé que les systèmes de vigilance épidémiologique, les systèmes financiers et logistiques, les procédures de coordination interministérielle, entre autres, devaient être renforcés et améliorés. Un des grands enseignements de cette pandémie réside dans le financement de tous ces systèmes, surtout ceux qui sont directement liés à la santé publique. Il est nécessaire d’obtenir davantage d’appuis financiers et de bénéficier de plus d’attention, aussi bien en Guinée-Bissau que dans l’ensemble de notre région UEMOA.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

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