logo

Entretien – Ministre de la Sécurité

« La sécurisation des élections à venir constitue un grand défi »

Contre les groupes terroristes, Ousséni Compaoré, ministre de la Sécurité, confirme que son pays a lancé un projet visant à recruter des volontaires. De plus, les capacités opérationnelles de plusieurs unités déployées dans les zones visées par des attaques ont été renforcées.

Au lendemain d’une violente attaque survenue en novembre dernier contre un convoi de cinq bus transportant du personnel de la compagnie minière SEMAFO, pourquoi avoir déclaré que : « Les forces de défense et de sécurité (FDS), c’est vous, c’est moi, c’est lui. Chacun de nous a un fils, un frère, une soeur, parfois un père qui est au front. Nous  devons les soutenir » ?

Ousséni Compaoré : C’est une déclaration à portée solennelle visant à relever le rôle majeur et primordial de toutes les composantes de la société burkinabè dans la prévention et le combat contre l’hydre terroriste. Il s’agit ici de faire valoir le caractère transversal de la question sécuritaire et d’inviter les populations à apporter leur contribution à la construction d’une nation forte et résiliente. Parfois, un  simple coup de fil anonyme peut permettre aux forces de défense et de sécurité (FDS) d’anticiper leurs actions sur celles des forces du mal et de sauver des vies.

Le projet de recrutement de volontaires consiste-t-il à donner une arme à chaque Burkinabè ?

Le projet de recrutement de volontaires pour la défense de la patrie annoncé par SEM le Président du Faso a fait l’objet d’un projet de loi adopté en Conseil des ministres le 16 décembre 2019. Il sera soumis à l’appréciation de l’Assemblée nationale. Une fois adoptée, cette loi définira les modalités de mobilisation ou de recrutement, d’encadrement et d’emploi de ces volontaires auprès des forces de défense et de sécurité.

Á la faveur du dernier mouvement général du personnel de la Police nationale, la direction des unités d’intervention a vu ses effectifs renforcés de près d’un demi-millier de policiers. Où vont-ils être envoyés ?

Un nombre important de policiers a été affecté lors des derniers mouvements dans les unités d’intervention pour relever les grands challenges de l’heure. Il s’agit tout d’abord d’oeuvrer au maillage sécuritaire du pays avec, en perspective, la création d’un groupement de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) dans la région des Cascades, plus précisément à Banfora, et l’ouverture de deux antennes de l’Unité d’intervention polyvalente de la police nationale (UIPPN) à Bobo-Dioulasso et à Dori. Une compagnie de CRS mieux formée pour les défis de l’heure sera également installée à la sortie ouest de Ouagadougou, notamment sur la route de Bobo-Dioulasso. Par ailleurs, au regard de la situation sécuritaire de notre pays, ces unités d’intervention renforcent les positions des forces de police déjà présentes, surtout celles en charge du contrôle de la migration aux frontières.  Vos services de renseignements savent-ils qui s’en prend depuis près de quatre ans au Burkina Faso et a assassiné plus d’un demi-millier de personnes, comment les groupes sont financés, quelles sont leurs revendications et qui sont les commanditaires ? Les groupes terroristes actifs sur le sol burkinabè sont connus de nos services. Il s’agit d’abord des deux grandes entités terroristes qui sévissent au Sahel : l’État islamique au Grand Sahel (EIGS) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM). S’y ajoute le groupe terroriste Ansaroul islam, dirigé par Djafar Dicko, frère cadet du fondateur Malam Dicko. Cette liste n’est pas exhaustive. Au début des attaques au Sahel, les revendications étaient d’ordre territorial : il s’agissait de bouter l’administration hors de certaines parties du territoire pour y installer leur administration obscurantiste où l’école n’a pas de place. Ils prétendaient : « L’État central vous a abandonné, donc vous nous devez votre salut. » Au fil du temps, ils ont compris que la grande majorité des populations ne les suivait pas. Ils ont alors commencé à s’en prendre à elles pour qu’elles se retournent contre l’État central. Mais elles ne sont pas dupes. Si les commanditaires de ces actes terroristes restent non identifiés, nous pouvons dire sans ambages que ces groupes sont financés par les trafics divers qui se mènent notamment au Sahel : contrebande, vols de bétail, pillage des commerces, etc.

Un effort a-t-il été consenti pour doter les FDS du matériel et de la formation nécessaires à cette nouvelle forme de guerre ?

Quels que soient le niveau et les qualités de l’équipement d’une armée, il faut, pour gagner une guerre, des hommes bien formés et entraînés, valeureux et courageux. L’État burkinabè a donc oeuvré au renforcement de la formation des FDS, et ensuite à les équiper, en fonction des capacités logistiques, par la dotation en matériels spécifiques adaptés aux missions. Toutes choses qui ont permis de renforcer les capacités opérationnelles de plusieurs unités déployées dans les zones affectées par l’hydre terroriste et le grand banditisme.

En 2020, votre pays va organiser un double scrutin,  présidentiel et législatif. Les groupes terroristes, qui connaissent ce calendrier politique, voudront sans doute perturber ces élections. Réfléchissez-vous déjà au dispositif à mettre en oeuvre pour rassurer les Burkinabè désireux de remplir leur devoir électoral ?

L’année 2020 est une année charnière pour le Burkina Faso avec la tenue des élections présidentielle et législatives. Á coup sûr, la persistance de l’insécurité pourrait impacter la tenue de ce double scrutin. C’est pourquoi l’amélioration du sentiment de sécurité, de même que la sécurisation des élections à venir, constituent pour nous un grand défi. Des réflexions profondes menées dans ce sens ont abouti à une stratégie globale de sécurisation des scrutins à venir. Des dispositions sont donc prises pour faire en sorte que ces élections puissent se tenir dans des conditions de sécurité.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

EA Magazine LLB Afrique
Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.
SAVOIR PLUS
ARTICLES RÉCENTS
Contact Info
LLB Afrique
  • 91 Rue FAUBOURG ST HONORE 75008 Paris – France
  • +33 1 42 65 25 52