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Entretien – Ministre des Enseignements professionnels et techniques: « Il faut élargir les capacités d’accueil de l’enseignement professionnel »

Tidjani Idrissa Abdoulkadri, ministre des Enseignements professionnels et techniques, indique que son gouvernement a mis l’accent sur la création de lycées techniques afin de former aux compétences pointues nécessaires à l’économie du pays.

Ces trois dernières années, la création de lycées professionnels a-t-elle eu un impact notable sur la revalorisation de la formation professionnelle de chaque région ? Peut-on dire que les Nigériens sont de mieux en mieux formés ?

Tidjani Idrissa Abdoulkadri : Assurément oui, puisque la création de ces lycées procédait d’un double objectif : d’un côté doter chacune des 8 régions du pays d’au moins un lycée pour répondre à la demande sociale et rapprocher les apprenants de ces dispositifs de formation, et de l’autre assurer la diversification des formations en fonction des créneaux porteurs en région. Du point de vue du maillage territorial, depuis 2011, le nombre de lycées est passé de deux – un public, le lycée technique Dan Kassawa de Maradi créé en 1970, et un semi-public, le lycée professionnel Issa Béri de Niamey créé en 1966 – à huit : à Zinder, un lycée d’enseignement professionnel dédié au froid, à la climatisation et à la maintenance industrielle ; à Tahoua, un lycée pour les métiers de métreur topographe et de l’électricité ; à Agadez, un lycée hôtelier ; à Téra, un lycée agricole ; à Diffa, un lycée technologique pour le génie électronique et la pétrochimie, et enfin à Doutchi, un lycée technologique spécialisé en génie civil et en techniques commerciales. Les effectifs pour l’ensemble de ces lycées sont passés de 2 303 élèves en 2015 à 8 643 en 2018, ce qui démontre un engouement certain pour ces établissements parmi lesquels quatre sont en train d’être dotés d’infrastructures et d’équipements modernes : les lycées d’Agadez, de Doutchi et de Téra sur financement de la Banque mondiale, et celui de Diffa sur financement de la Banque africaine de développement. Le nombre remarquable de ces lycées techniques traduit la place qu’occupe la formation professionnelle dans le domaine de l’éducation, car il est attendu d’elle qu’elle dote l’économie des compétences techniques et professionnelles nécessaires à l’émergence des secteurs formel et non formel. La création de ces lycées a d’ailleurs permis d’alimenter les huit instituts universitaires de technologie (IUT) des régions ainsi que les universités.

Comment votre ministère contribue-t-il à aider le Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage (FAFPA) à s’investir auprès des guichets internationaux en vue de renforcer ses capacités ?

Le ministère des Enseignements professionnels et techniques est l’autorité de tutelle technique du FAFPA. En tant que tel, il s’investit pleinement auprès des partenaires financiers, des organismes non gouvernementaux ainsi que des bailleurs bilatéraux et multilatéraux afin de mobiliser leurs ressources et leur expertise au profit du FAFPA dans la mise en oeuvre des actions de formation/insertion des jeunes Nigériens. Cet investissement s’est traduit ces huit dernières années par la signature de plusieurs conventions de partenariat avec des ensembles régionaux ou sous-régionaux ainsi qu’avec certaines institutions de financement. Ceci a permis au FAFPA de financer la mise dans le circuit de l’économie nationale des jeunes diplômés en difficulté d’accès à l’emploi à travers des sessions de formation, d’apprentissage et de reconversion. Ainsi, des dizaines de milliers de jeunes scolarisés, non scolarisés ou déscolarisés provenant de toutes les catégories sociales ont pu bénéficier de ces formations/apprentissages/actions d’insertion. Á ce titre, le FAFPA bénéficie de l’appui de la Banque mondiale, de l’Union européenne, de la Coopération suisse, etc. Le FAFPA a aussi signé plusieurs conventions de partenariat avec notamment le ministère algérien de la Formation professionnelle, l’Office de formation de perfectionnement professionnel et du travail (OFPPT) du Maroc ainsi qu’avec d’autres pays amis. Ce partenariat se traduit depuis plusieurs années par l’équipement de dizaines de centres de formation aux métiers et par l’assistance technique au personnel d’encadrement. De ces centres de formation sont sortis des milliers de jeunes Nigériens formés aux différents métiers et suivis dans leur insertion professionnelle. Il faut également rappeler que le FAFPA est membre du Réseau africain des institutions et fonds de formation professionnelle (RAFPRO) dont la présidence est actuellement assurée par le Niger à travers le directeur général du FAFPA. C’est le lieu de remercier tous ces pays et ces institutions amis du Niger pour leur apport inestimable dans la résorption de l’épineux défi que constitue la question de l’emploi des jeunes.

Pour 2019, quels sont les objectifs inscrits sur la feuille de route de votre ministère ?

Le défi de la mobilisation des ressources s’impose. En dépit des ressources mesurées de l’État qui a fait de l’enseignement et de la formation techniques et professionnels (EFTP) une priorité, ou des appuis des partenaires à travers les projets, les programmes et le Fonds commun sectoriel de l’éducation et de la formation, les besoins perdurent. Il s’agira pour le sous-secteur d’élargir les capacités d’accueil de l’EFTP pour porter la proportion des apprenants de 25,57 % en 2015 à 40 % en 2021, en veillant à ce que les formations répondent qualitativement aux besoins de l’économie et du marché du travail. Il faut aussi noter que ce système est appelé à prendre en charge la masse critique des non scolarisés et déscolarisés, et à assurer jusqu’à l’âge de 16 ans le maintien dans le système éducatif des enfants qui ne peuvent pas poursuivre leurs études dans l’enseignement général. Le défi est grand. Le ministère a commandité deux études qui seront réalisées avec l’appui des partenaires, une sur le financement de l’EFTP et l’autre sur une stratégie pour l’atteinte de l’objectif de 40 %. La deuxième priorité est d’ordre institutionnel. Le gouvernement vient d’adopter cinq décrets d’application de la loi déterminant les principes fondamentaux de l’EFTP. Une trentaine d’arrêtés d’application viendront compléter le dispositif réglementaire et permettront d’assurer une meilleure organisation et un fonctionnement efficace de tous les maillons du système EFTP. La mise en application de tous les textes va conduire le sous-secteur à concrétiser les réformes nécessaires prenant en compte les audits institutionnels et analyses diagnostiques, les fora et colloques internationaux ainsi les évolutions internationales de l’EFTP.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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