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Entretien – Ministre des Finances: « L’exercice 2019 repose sur une croissance du PIB de 6,5 % »

Aux confrères de L’Agence nigérienne de presse et du quotidien économique français Les Échos, le ministre des Finances Massoudou Hassoumi (1) livre ses commentaires sur le débat concernant la zone FCFA, mais aussi sur la situation économique du pays, sur le PIB et enfin sur le budget 2019 du Niger, qui s’élève à 2 050,76 milliards de FCFA.

Comment analysez-vous les polémiques récurrentes que suscite la zone FCFA ?

Massoudou Hassoumi : Il faut aborder cette question sans passion, ni oeillères idéologiques. La zone franc a des avantages évidents, comme l’illustre la croissance moyenne de 6 % des pays membres, contre 1,4 % pour le reste du continent, ce qui montre qu’elle ne nuit pas à la compétitivité. Elle garantit une convertibilité illimitée de la devise et un taux de change stable, des éléments attractifs pour les investisseurs internationaux, ainsi qu’une inflation modérée, qui protège le revenu et le patrimoine des ménages. Á propos de la polémique sur la centralisation auprès du Trésor français de la moitié des réserves de change des pays membres, je rappelle qu’il s’agit en réalité d’un placement rémunéré. J’entends aussi dire qu’une devise rattachée à l’euro serait le vestige d’un pacte colonial, mais c’est tout à fait courant dans le monde, c’est le cas de 33 pays africains sur 55. Les échanges avec Paris représentent seulement 14 % des importations de la région et 6 % des exportations, et la France doit se battre pour conserver ses parts de marché, comme tout le monde. Enfin, le Fonds monétaire international s’avère bien plus influent ici que la Banque de France. Le pacte de la zone franc a évolué et il continuera d’évoluer, sans précipitations ni ruptures.

Les détracteurs affirment que la discipline instaurée par la zone franc n’est pas adaptée à des pays en développement et qu’il faudrait dévaluer, ou encore lier le franc à un panier de devises.

Dévaluer ? Pourquoi ? Une étude du FMI a établi que la valeur du FCFA correspond aux fondamentaux des économies de la région. Quant à un panier de devises, pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Pour ce qui est du corset volontaire que représente le pacte, heureusement qu’il est là pour empêcher de faire tourner la planche à billets et pour éviter une crise de la dette comme celle qui nous a frappés en 1990-1994. Cette discipline n’empêche d’ailleurs pas la politique de crédit de la banque centrale de l’UEMOA d’être plus expansionniste que celle de nombre d’autres banques centrales en Afrique.

Comment se porte l’économie du Niger ?

Nous sommes en première ligne dans la guerre mondiale contre les djihadistes sur trois fronts – au Mali, au Nigeria et en Libye – et cela contribue à plus d’un tiers de notre déficit public. La communauté internationale devrait en tenir compte. Parallèlement, en 2019, la croissance sera vigoureuse, soit 6,5 %, et l’inflation maîtrisée à 2,4 %. L’économie poursuit sa diversification vers le pétrole et le tourisme, puisque l’uranium représente désormais moins de 5 % de nos recettes. Un ensemble d’éléments potentiellement attrayants pour les investisseurs.

Vous avez présenté le jeudi 27 septembre 2018 au Parlement le projet de loi sur un budget 2019 qui s’élève à 2 050,76 milliards de FCFA, contre 1 971,97 milliards en 2018. Tient-il compte de la conjoncture régionale ?

J’ai rappelé aux députés nationaux que le présent rapport de la loi de finances 2019 retrace le contexte d’élaboration du budget 2019 et décrit les grandes orientations, ainsi que les mesures fiscales nouvellement proposées. Quant au budget de l’État 2019, il intervient dans un contexte international, régional et national marqué par des perspectives favorables pour notre économie. Au plan international, en juillet 2018, la croissance de l’économie mondiale s’est consolidée sur les trois dernières années en passant de 3,2 % en 2016 à 3,7 % en 2017 et 3,9 % en 2018. Et sur le plan régional, les projections du FMI de juillet 2018 indiquent pour 2018 une croissance de 3,4 % qui devrait se raffermir en 2019 pour atteindre 3,8 %. À l’échelle nationale, les dernières estimations du produit intérieur brut 2017 indiquent une stabilisation de la croissance économique avec un taux de 4,9 %, soit identique à celui de 2016. Ainsi, on note que sur la période 2015-2017, le taux de croissance économique s’est établi à 4,7 % en moyenne. Le taux d’inflation a quant à lui atteint 2,4 % en 2017, contre 0,2 % en 2016 : il se situe en dessous de la moyenne communautaire fixée à 3 % maximum par la Commission de l’UEMOA dans le cadre du suivi des critères de convergence. Dans le registre des finances publiques et de la dette, nous indiquons que malgré la gestion du contexte sécuritaire du pays, particulièrement difficile au niveau des frontières avec le Nigeria, le Mali et la Libye, combinée à la conjoncture internationale défavorable sur certaines matières premières, la recette totale et les dons (hors exonérations) ont connu une évolution en dents de scie, avec une hausse de 6,8 % en 2015, une baisse de 8,6 % en 2016 et une hausse de 11,9 % en 2017. Sur la période 2015-2017, ils ont enregistré une croissance de 3,3 % par an. Les recettes budgétaires totales ont enregistré, elles, une hausse de 5,7 % pour se situer à 680,8 milliards de FCFA en 2017, soit 14,4 % du PIB, contre une baisse de 16,1 % en 2016 et une hausse de 7,4 % en 2015.

Que prévoit ce budget comme PIB pour le Niger en2019 ?

Le budget 2019 tire sa substance des principales orientations et axes stratégiques des ambitions profondes du Programme de Renaissance acte II dont il constitue le principal instrument de mise en oeuvre. Il s’appuie également sur la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre. Le cadrage budgétaire pour l’exercice 2019 repose sur une croissance du PIB de 6,5 %, sur un taux d’inflation projeté à 2,4 %, sur un cours du baril de pétrole à 55,06 dollars avec une production de 20 000 barils/jour, sur un solde budgétaire global, dons compris, de 4, 6 % du PIB, et enfin sur un déficit extérieur courant plafonné à environ 7,8 % du PIB. Par ailleurs, pour l’année 2019, les ressources internes prévues s’élèvent à 1 128,61 milliards, en hausse de 3,78 % par rapport à 2018, soit 41,07 milliards de FCFA. Elles représentent 55,03 % des prévisions budgétaires totales.

Propos rassemblés par Louise Bibalou-Durand

Auteur

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