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Entretien -– Ministre des Mines: « La redevance minière est estimée à 8 milliards de FCFA en 2018 »

Hassane Barazé Moussa, ministre des Mines, évoque l’attrait que suscite ce secteur, son poids par rapportau PIB et les investissements en cours. Il revient aussi sur les raisons qui ont conduit son pays à se retirer de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE).

Depuis la mise en oeuvre du projet de société Renaissance II, comment ont évolué la diversification de la production minière, l’intensification de la recherche et l’amélioration de l’environnement institutionnel en vue de promouvoir l’investissement privé ? Hassane Barazé Moussa : Afin d’apporter une alternative à l’exploitation de l’uranium en diversifiant et développant le secteur minier, le Niger a consenti d’énormes efforts et fourni les moyens nécessaires à la mise en oeuvre d’un développement minier harmonieux et durable. Ainsi, des efforts de diversification de la recherche et de l’exploitation minière ont été entrepris depuis quelques années suite à la chute du prix de l’uranium. Les travaux portent particulièrement sur la recherche et la mise en valeur des indices d’or dans le Liptako, le Djado, le Tafassesset et l’Aïr. On peut notamment citer la réforme sur l’artisanat minier par institution dans le code minier en 2017 de deux nouveaux titres miniers, à savoir l’autorisation d’exploitation minière semi-mécanisée et l’autorisation de l’exploitation de haldes, terrils et résidus de mine et de carrière, ce qui a conduit à l’augmentation de la production artisanale de l’or, qui passe de 350,707 kg en 2017 à 4,5 tonnes en 2018. Ainsi, plus de 79 titres miniers ont été attribués à des sociétés minières pour la recherche de métaux et pierres précieux (or et diamant) et de métaux de base. Plus de 84 milliards de FCFA ont été investis de 2011 à 2017. Les premiers résultats sont très prometteurs : les gisements commencent à être cernés et les réserves géologiques de quelques prospects du Liptako ont déjà été évaluées. Les potentialités restent intactes pour les autres substances et les autres régions. Ces chiffres correspondent à l’ensemble des investissements miniers à l’échelle du territoire national. Des dépenses très importantes dans le cadre du Programme de compétitivité et de croissance sur financement de la Banque mondiale sont en cours d’engagement, notamment avec la réhabilitation du Laboratoire d’analyse du CRGM (Centre de recherche géologique et minière) et la vérification au sol des anomalies géophysiques. Quel a été l’apport des redevances minières aux recettes de l’État en 2018, ainsi que la contribution du secteur au PIB ces deux dernières années ? La contribution de la redevance minière au budget de l’État à date est d’environ 5,3 milliards de FCFA pour une prévision estimée à 8 milliards de FCFA concernant l’année 2018. En 2017, elle était de 9 milliards de FCFA. Le secteur artisanal a contribué en 2017 à 430 155 726 MFCFA et en 2018 à 640 782 269 MFCFA. La contribution au PIB est de l’ordre de 6 %. En 2016 et 2017, comment ont évolué les productions d’uranium et de charbon et quelles sont vos prévisions en 2018 ? En matière d’évolution de la production pour l’uranium, elle est en 2016 de 3 478 tU, en 2017 de 3 885 tU et estimée à 2 906 tU pour 2018. En ce qui concerne le charbon, la production est de 246 631 tonnes en 2016, de 232 736 tonnes en 2017 et estimée à 233 308 tonnes pour 2018. S’agissant de l’attrait de nouveaux investissements, comme nous sommes conscients des dangers macroéconomiques que représente la dépendance trop poussée à un seul produit, les différents gouvernements ont opté pour une politique de diversification du secteur minier et ont mis à jour des textes réglementaires relativement incitatifs. Le nouveau cadre juridique et le potentiel géologique ont attiré environ une trentaine de sociétés vers la recherche de l’or, de l’uranium, et d’autres minéraux. Pouvons nous avoir un aperçu de l’attrait que suscite ce secteur ? Les activités d’exploration ont connu une régression ces deux dernières années, alors que l’on comptait 121 permis d’exploration d’uranium, 14 pour les métaux de base, 3 pour le groupe titane/vanadium et 3 pour le charbon en 2009-2010. Le cadastre minier comporte actuellement 87 permis de recherche minière en vigueur répartis comme suit : 29 permis de recherche pour l’uranium et substances connexes, 49 permis pour l’or, les métaux de base et substances connexes, 4 permis pour le charbon, 4 permis pour le lithium et substances connexes, 2 permis pour l’étain et substances connexes. Le nombre de permis correspond au nombre de conventions minières signées. La conjoncture défavorable marquée par la morosité du marché des produits miniers a ralenti l’essor du secteur minier ces deux dernières années, occasionnant ainsi le report des projets de mise en valeur de gisements importants, notamment Imouraren et Madaouéla I. Estimez-vous justifiée la réaction du directeur régional de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) pour l’Afrique de l’Ouest francophone qui a qualifié de « recul » la décision du Niger de quitter l’ITIE ? Ce retrait est-il définitif de la part du gouvernement nigérien ? La décision de retrait du Niger au processus ITIE est une décision souveraine et une réaction normale à une sanction injuste. Faut-il le rappeler, le retrait du Niger est intervenu suite à la suspension du Niger décidée par le conseil d’administration de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE) du 26 octobre 2017 tenu à Manille, aux Philippines. Cette suspension est due à un déficit de communication. Suite à ce retrait, les partenaires du Niger, dont la Banque mondiale et l’Union Européenne, ont demandé au gouvernement de renouer le dialogue avec l’ITIE, qui a également émis le voeu de se rendre au Niger pour rencontrer les autorités. Á ce sujet, le secrétariat international de l’ITIE a effectué une mission au Niger du 13 au 15 mars 2018. Pour concrétiser la reprise des relations avec l’ITIE, le secrétariat international a préconisé la mise en oeuvre de certaines actions dont l’organisation d’une conférence sur la gestion des ressources minières et pétrolières au Niger. Un comité ad hoc chargé de la réforme de l’ITIE Niger et de la préparation de la conférence sur les industries extractives a aussi été créé et travaille actuellement pour que cette conférence se tienne avant la fin 2018. L’uranium est indispensable aux centrales nucléaires en Asie et en Europe, et votre pays en est à ce jour le plus important producteur en Afrique. Regrettez-vous que la Chine, ayant réussi à casser le monopole d’Areva, n’ait pas fortement financé le développement de la Société des mines d’Azelik (Somina) ? La Chine a beaucoup fait et continue de faire beaucoup pour maintenir la Société des mines d’Azelik. Ce sont les perspectives du marché de l’uranium qui ne sont pas du tout favorables. Dans un tel contexte, nous comprenons aisément la position de la Chine.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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