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Entretien – Ministre d’État auprès de la Présidence du Faso, président du MPP

Entretien – Ministre d’État auprès de la Présidence du Faso, président du MPP: « Les Burkinabè ne sont pas amnésiques »

Le ministre d’État Simon Compaoré, qui est aussi le patron du parti Le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), se confie sans langue de bois sur des sujets tels que l’enjeu des votes des Burkinabè de l’étranger, la stratégie de son parti en 2020 ou l’alliance entre les deux partis d’opposition CDP et UPC.

Comment se porte le MPP sous votre direction un peu plus d’un an après le décès prématuré de Salif Diallo ?

Simon Compaoré : À la famille de feu le président Salif Diallo, toute notre compassion et l’expression de la solidarité de toutes les militantes et de tous les militants du MPP. Nous venons de commémorer le 19 août dernier un bien triste anniversaire, celui de la disparition brutale de notre camarade et ami Salif Diallo, qui fut
un homme de convictions, pragmatique, qui se jetait
avec toutes ses forces dans la défense des causes qu’il
avait épousées : il en fut ainsi tout au long de sa vie
militante. Cette disparition est une très grande perte
pour le parti et la nation entière.
Le MPP se porte bien et a pris l’engagement de relever
avec brio le défi de l’absence de son président en se
montrant conquérant et victorieux sur tous les chantiers
de développement socio-économique de notre pays.
Dans ce sens, nous avons pris le pari de faire bouger
les lignes en parachevant l’oeuvre laissée par feu Salif
Diallo, à travers la vision qu’il avait imprimée dans
la gouvernance du parti. Nous lui ferons honneur en
faisant mieux ce qu’il a bien fait.
Comment analysez-vous la nouvelle donne politique
que constitue le retour du CDP, avec à sa tête Eddie
Komboïgo, et son rapprochement avec l’UPC de Zéphirin
Diabré ?
La question que vous évoquez n’a aucun intérêt pour
le MPP. Mais enfin ! Si ces deux partis estiment qu’ils
peuvent s’allier et obtenir de bons résultats, nous
sommes en démocratie et nous leur souhaitons le
meilleur. Les Burkinabè ne sont pas amnésiques, et ils
sauront faire la différence en temps opportun. La donne
politique dont vous parlez révèle aussi l’inconséquence
et la compromission de certains politiques burkinabè qui ont vite oublié le prix du sang des Burkinabè versé
et agissent en girouette. Le MPP ne demande pas l’ostracisme
pour les partis qui ont fait du tort au peuple
burkinabè, mais le bon sens commande qu’on soit
cohérent, si tant est qu’on ait pris une part active contre
le népotisme et la négation de la démocratie qu’on a
tenté de faire revêtir comme une camisole de force à
notre peuple en 2014. Que certains insurgés d’hier,
toute honte bue, estiment aujourd’hui qu’il est de bon
ton de faire comme si de rien n’avait été relève de la
tragi-comédie politique et participe à la souillure de
la mémoire de l’insurrection.
Quelle est la stratégie du MPP à l’approche de 2020 et
comment s’applique le projet de société du MPP pour
lequel vous avez été élus ?
Certes, 2020, c’est déjà demain. Nous y pensons. En
temps opportun, nous exposerons notre stratégie pour
2020. Mais pour l’heure, le MPP et la majorité présidentielle
ont les affaires publiques à gérer au quotidien.
C’est la préoccupation du moment au MPP.
Le plan national de développement économique et
social (PNDES) est le chantier sur lequel convergent
les efforts de l’action gouvernementale en vue de la
mise en oeuvre du programme du président Roch Marc
Christian Kaboré intitulé « Bâtir avec le peuple un
Burkina Faso de démocratie, de progrès économique
et social, de liberté et de justice ». L’élaboration et la
mise en oeuvre de ce PNDES, qui a reçu l’appui
des partenaires lors de la conférence de Paris
des 7 et 8 décembre 2016, est la traduction de
l’opérationnalité du programme présidentiel. À
bientôt deux ans de la fin du mandat présidentiel,
les indicateurs du PNDES sont satisfaisants :
626 engagements traceurs qui tournent autour de
l’eau, de l’énergie, des infrastructures routières,
de la santé et de l’éducation. Environ 150 programmes
traceurs ont été réalisés et la majeure partie, dont le
niveau d’exécution est satisfaisant, en est au stade
de finition ou de chantier. Ce qui est sûr, c’est que le
Burkina Faso est en plein chantier, et c’est ce qui est
important pour le MPP.
Il faut noter également que le PNDES englobe un autre
programme d’envergure que nous avons appelé le Programme
d’urgence pour le Sahel (PUS/BF). La zone
d’intervention retenue est la région du Sahel étendue à
quatre communes frontalières des provinces du Yatenga
et du Lorum pour des raisons de découpage militaire
ainsi que de défis sécuritaires et socio-économiques
similaires à ceux de la région du Sahel. Les bénéficiaires
directs seront les populations, les collectivités territoriales,
les chefs de circonscriptions administratives
locales et les forces de défense et de sécurité (FDS).
Ce programme d’urgence pour le Sahel a pour objectif de contribuer à l’amélioration de la sécurisation
des personnes et des biens dans la région du Sahel.
Cet objectif global se décline en objectifs spécifiques :
l’accès aux services sociaux de base et la résilience des
populations, l’amélioration de la gouvernance administrative
et locale, et enfin le renforcement de la sécurité
des populations et de leurs biens. Précisons que ce
programme comporte quatre composantes : socio-économique,
gouvernance administrative et locale, sécurité
et défense publiques, gestion du programme et appui
institutionnel. En 2017, le coût estimatif et provisoire
du programme pour le Sahel a été de 88,55 milliards de
FCFA, et il sera de 366,79 milliards de FCFA pour la
période 2018-2020, soit un coût global de 455,34 milliards
de FCFA sur la période 2017-2020.
Avec la création d’un ministère entièrement dévolu
aux Burkinabè de l’extérieur, faut-il considérer que
leur vote devient une priorité à l’approche de 2020,
alors qu’une rumeur disait vos compatriotes de la diaspora,
surtout ceux de Côte d’Ivoire, acquis à l’ancien
président Compaoré ?
La loi sur le vote des Burkinabè de l’étranger a été
actée le 30 juillet dernier par les deux tiers des députés
de l’Assemblée nationale. Le 17 août 2018, le Conseil
constitutionnel a débouté l’opposition qui avait introduit
des recours en vue de retoquer la loi en ses articles
52 et 72 relatifs aux pièces d’état civil à fournir pour l’enrôlement et la votation, ainsi que pour les lieux de
vote. Le MPP n’a pas peur du vote des Burkinabè de
l’étranger, encore moins de la présence de l’ancien président
du Faso en Côte d’Ivoire. L’électorat burkinabè
de l’étranger n’est l’apanage d’aucun parti politique.
Nous avons pour souci de sécuriser et rendre transparent
le vote de nos compatriotes de la diaspora, et de
donner toute la crédibilité à ces élections. Á l’opposé,
nos adversaires politiques envisageaient, sans doute,
d’organiser un hold-up électoral en s’arc-boutant sur
la prise en compte des cartes consulaires, qui ne sont
pas uniformes d’une représentation diplomatique à
l’autre, pour réaliser leurs forfaits. Quoi que l’on dise,
le vote des Burkinabè de l’étranger est une victoire
du président Roch Marc Christian Kaboré, qui a pris
l’engagement de faire voter les Burkinabè de l’étranger
en 2020. Le pari sera tenu.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

EA Magazine

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