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Entretien – Ministre d’État, ministre de la Défense nationale et des Anciens Combattants

« Je n’ai aucun doute : nous sortirons victorieux de cette guerre »

Le ministre de la Défense Chérif Sy indique que la dégradation du climat sécuritaire a conduit l’armée burkinabè à mettre l’accent sur le renforcement de ses capacités dans certains secteurs tels que les forces spéciales et le renseignement ainsi que la formation et l’aguerrissement des hommes.

L’armée burkinabè a fêté son 59e anniversaire sur le
thème« Union sacrée autour des Forces armées nationales
dans la lutte contre le terrorisme ». Durant cette
cérémonie, vous avez fait une lecture nominative des
militaires tombés au combat avant une remise de
médaille. Quels efforts sont consentis pour la prise
en charge des familles des décédés et pour les blessés ?
Chérif Sy : Merci pour ce rappel de la lecture nominative
des militaires tombés au combat faite par nos structures
en charge de la communication lors de la célébration
de la cérémonie du 59e anniversaire
des Forces armées nationales. C’était
pour nous une façon symbolique de
montrer que nous n’oublierons jamais
nos camarades tombés au champ d’honneur
ainsi que de témoigner à toutes ces
familles éplorées notre solidarité. Il est
évident que les allocations versées ne
pourront jamais remplacer une vie ou
rétablir dans leur intégrité physique
les personnes blessées, mais le gouvernement
a adopté des mesures par une
délibération du Conseil des ministres
en septembre 2018 : pour le militaire
blessé, l’avancement à titre exceptionnel
d’un échelon dans le grade, la création
d’un congé spécifique de la position
d’activité au profit du militaire blessé
appelé « congé du blessé en opération
» pour qu’il conserve ses droits
de façon permanente, la majoration
de la rente d’incapacité de 15 % par
rapport au taux normal, les exemptions
diverses à des obligations liées à l’état
du blessé dans les cas des concours
et examens, l’avancement au grade
supérieur, etc. Ajoutons la reconversion,
si nécessaire, du blessé à un autre
emploi militaire ou civil. En plus de ces
mesures, les blessés en opération bénéficient
de l’allègement des procédures
d’évacuation sanitaire en attendant que
notre département se dote d’une capacité autonome d’évacuation sanitaire et de soins de
psychothérapie.
Qu’en est-t-il pour la famille du militaire décédé ?
L’avancement à titre exceptionnel du décédé au grade
supérieur à compter du 1er jour du mois suivant le
décès, le versement du capital-décès à la famille suivant
l’indice de solde au nouveau grade, le versement
en une fois d’une indemnité spéciale forfaitaire d’un
montant de dix millions de FCFA pour préjudice
moral payée par la Caisse autonome de retraite des
fonctionnaires et le versement d’une délégation de
solde au conjoint non remarié pendant cinq ans au
taux de 100 % les deux premières années et de 50 %
les trois dernières.
Le Burkina Faso connaît une guerre asymétrique
et non conventionnelle contre des terroristes. Cette
situation a-t-elle conduit à revoir le budget de la
Défense et quelles ressources déployez-vous en ce
moment pour un renforcement de capacités des unités
militaires et des commandos ?
Déjà en février 2016, au regard de la situation de notre
armée et de l’évolution prévisible de la menace, il a
été procédé à la mise en place d’une commission de
réforme des Forces armées nationales qui a élaboré un
Plan stratégique de réforme adopté par le gouvernement
en 2017 pour la période 2018-2022. Ce plan prévoyait
déjà l’acquisition d’équipements et la formation d’unités
spécialisées dans la lutte antiterroriste. Cela se traduisait
naturellement par une augmentation substantielle des
allocations des crédits budgétaires traditionnellement
consacrés aux dépenses militaires. Ce plan a donné
lieu à une loi de programmation militaire votée par
l’Assemblée nationale et il est mis en oeuvre depuis
2018. Avec l’évolution de la menace, les prévisions
sont constamment réexaminées pour les adapter aux
besoins réels sur le terrain, et cela concerne aussi bien
les besoins en équipement et en accroissement des
effectifs qu’en renforcement de capacité au niveau de
la formation de toutes les unités. Sans vous donner des
chiffres, je peux vous dire que les dotations budgétaires
à ce niveau ont crû de 3 fois en comparaison avec leur
niveau d’avant l’adoption de ce plan. Avec la dégradation
de la situation, nous avons mis l’accent sur le
renforcement de nos capacités dans certains secteurs
comme les forces spéciales, le renseignement ainsi que
la formation et l’aguerrissement des hommes. Nos
Forces armées nationales bénéficient du soutien du
gouvernement et de l’Assemblée nationale pour disposer
des ressources nécessaires.
Les terroristes qui attaquent le Burkina Faso sont pour
certains, dit-on, affiliés à Al-Qaïda et pour d’autres au
groupe État islamique. Que veulent-ils ? Et pensez-vous
gagner cette guerre ?
Concernant l’identité de ceux qui nous attaquent, des
terroristes affiliés aux deux groupes que vous citez
ont déjà revendiqué des attentats contre notre pays.
Quant à ce qu’ils veulent, je ne saurais vous le dire.
Par contre, sur l’issue de cette guerre, je n’ai aucun
doute : nous en sortirons victorieux.
Quelles seront vos priorités en 2020 ?
L’année 2019 se termine avec une situation sécuritaire
assez difficile pour notre peuple. La menace terroriste
est toujours très présente dans certaines localités de
notre pays, où des écoles sont fermées, les services
publics ne fonctionnent pas et des centaines de milliers
de personnes sont obligées d’abandonner leur résidence.
Il va sans dire qu’avec une telle situation, nous n’aurons
d’autres priorités en
2020 que celles de la lutte
farouche contre les ennemis
de notre peuple. Cela
passe naturellement par le
renforcement continu des
capacités opérationnelles des Forces armées nationales,
la sensibilisation et l’organisation des populations pour
leur adhésion consciente dans cette guerre ainsi que
le renforcement de notre partenariat stratégique avec
les pays amis.
Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

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