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Entretien – Ministre d’État, ministre de l’Agriculture et de l’Élevage: « Un bilan céréalier de plus 700 000 tonnes en 2018 »

Pour Albade Abouba, ministre d’État, ministre de l’Agriculture et de l’Élevage, la plus importante composante de l’Initiative 3N est la maîtrise de l’eau pour les productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques.

Le Niger est un pays agricole, avec une économie à 80 % rurale et une population majoritairement constituée d’agriculteurs et d’éleveurs. Quels sont les objectifs du Programme de Renaissance II en matière agricole ? Albade Abouba : Le ministère de l’Agriculture et de l’Élevage est le ministère clé de la mise en oeuvre de l’Initiative 3N, « les Nigériens Nourrissent les Nigériens », qui constitue aujourd’hui l’unique cadre de référence pour la gestion et l’exploitation de l’espace rural afin de lutter efficacement contre l’insécurité alimentaire et la malnutrition. Le Niger, pays sahélien et enclavé, connaît de façon récurrente des crises alimentaires. Cette situation est due à la conjugaison de plusieurs facteurs, notamment les sécheresses, les inondations, les attaques parasitaires, en un mot l’effet des changements climatiques. Les réponses d’appoint apportées à chaque fois n’ont pas eu d’impact significatif durable
à moyen et long termes, et les populations sont toujours confrontées à une situation alimentaire souvent critique. Ainsi, à l’épreuve des faits et dans le souci de répondre efficacement aux besoins alimentaires croissants ainsi que d’améliorer les revenus, l’agriculture irriguée semble être la solution la plus durable. C’est dans ce cadre que l’Initiative 3N est conçue et est en train d’être mise en oeuvre. L’objectif est la « faim zéro au Niger ». L’atteinte de cet objectif passe par la promotion de la recherche agronomique pour mettre au point des technologies adaptées aux différentes zones agro-écologiques du pays. Pour les cultures sous pluies, l’objectif est d’augmenter, d’ici à 2021, les rendements des différentes filières (céréales de 20 à 30 % et cultures de rente de 10 à 30 % sur 50 % des superficies cultivées) afin de porter la production céréalière
de 5,5 millions de tonnes en 2015 à 8 millions de tonnes en 2021. Pour réaliser cet objectif, il faut de manière générale rendre totalement opérationnelle dans chaque commune la Maison du Paysan, promouvoir la recherche agronomique, rapprocher les facteurs de production et l’encadrement des producteurs, intensifier la production de semences améliorées, accroître en moyenne annuelle de 20 % les superficies emblavées avec des semences améliorées, mettre à la disposition
des producteurs des produits phytosanitaires et des engrais, et enfin réduire les pertes de production. Et qu’en est-il de l’élevage ? Pour les productions animales, il s’agit de développer des races améliorées par le biais de l’insémination
artificielle en utilisant des races introduites qui soient productives et adaptées à notre environnement ainsi que par l’édification de fermes modernes pour la production de lait, de viande et d’oeufs. En quoi consiste réellement l’Initiative 3N ? C’est le programme phare du Programme de Renaissance acte II du président de la République, et il est
structuré en cinq composantes dont la plus importante est la maîtrise de l’eau pour les productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques. L’objectif global assigné à cette maîtrise de l’eau est de porter les superficies irriguées et en décrue de 120 000 ha en 2015 à 358 000 ha en 2021, pour une production agricole portée en équivalent céréalier de 500 000 tonnes en 2015 à 1 500 000 tonnes en 2021. Dans le cadre de cette composante, il est prévu pour la période 2016-2021 et pour un montant d’environ 650 milliards de nos francs les réalisations suivantes : 40 000 ha d’aménagement de nouvelles terres pour la grande irrigation, 10 000 ha de réhabilitation d’aménagements hydro-agricoles existants, 8 000 ha de confortation d’aménagements hydro-agricoles existants, 30 000 ha d’aménagement de petits périmètres irrigués pour la petite irrigation, 8 000 ha de petits périmètres consolidés, 168 000 ha de cultures de décrues, et enfin 997 ouvrages de mobilisation d’eau construits et/ou réhabilités : 45 barrages, 484 seuils, 268 mares aménagées et 200 bassins de rétention. Quelles sont les caractéristiques de la campagne agricole 2018 ? Elle est satisfaisante dans toutes les régions et dégage un bilan céréalier provisoire net de plus 700 000 tonnes. En dépit de cet excédent, on enregistre 2 694 villages déficitaires à plus de 50 %, soit 21 % des villages agricoles, pour cause de sécheresse, d’arrêt précoce des pluies, de lessivage des sols, de dégénérescence variétale, d’ennemis des cultures, d’avortement des semis, de retard de croissance et d’inondations. La situation pastorale est aussi globalement satisfaisante, avec un bilan fourrager excédentaire de 3 513 091 tonnes de matière sèche, contre un déficit de plus de 10 millions en 2017. Toutefois, cet excédent est menacé par la récurrence des feux de brousse. D’importants efforts ont été déployés par l’État et ses partenaires dans la restauration et la préservation de l’environnement, mais les résultats demeurent insuffisants face aux effets des changements climatiques. Les réalisations dans le domaine de l’hydraulique ont amélioré l’accès des populations à l’eau potable. La situation alimentaire est marquée par une disponibilité acceptable des denrées alimentaires et un approvisionnement régulier des marchés. En juin 2018, vous avez effectué aux côtés du président Issoufou une visite de travail en Italie où vous avez rencontré les dirigeants du PAM (Programme alimentaire mondial), de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) et du FIDA (Fonds international de développement agricole). Quels ont été les aspects abordés concernant les intérêts du Niger ? En juin 2018, effectivement, le président de la République a eu à Rome avec les responsables du PAM, de la FAO et du FIDA des rencontres auxquelles nous avons eu l’honneur d’assister. Les questions débattues ont été celles qui touchent au développement économique et social du Niger, notamment la mobilisation et la valorisation des eaux du ruissellement, la protection de l’environnement et la Maison du Paysan. Ces agences se sont montrées favorables au principe d’accompagner le Niger dans la résolution de problèmes tels le Programme intégré de renforcement de la sécurité alimentaire et nutritionnelle et de développement agricole durable, qui a été soumis au PAM et est en train d’être mis en oeuvre. Le programme répond à une volonté du président de la République, qui a fait de la sécurité alimentaire et nutritionnelle, du développement agricole durable et du renforcement du capital humain ses priorités majeures. Ces domaines constituent une partie importante du Programme de la Renaissance. L’objectif global est de contribuer à la résilience à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle des populations à travers le développement durable et l’éducation et la formation des filles.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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