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Entretien – Ministre d’État, ministre des Transports, porte-parole du gouvernement

« Le Port de Conakry se modernise »

Aboubacar Sylla, ministre d’État en charge des Transports et porte-parole du gouvernement, revient sur les actions menées en 15 mois sur le transport terrestre, aérien et maritime, expliquant par ailleurs pourquoi il est ouvertement partisan d’un changement de Constitution dans son pays.

Déjà un an que vous êtes à la tête du ministère stratégique des Transports. Quel bilan pouvez-vous dresser, sachant que d’ici à 2020, les priorités de votre feuille de route seront plus politiques du fait de la fin du mandat présidentiel ?

Aboubacar Sylla : En termes de bilan, citons le renforcement du cadre institutionnel et réglementaire du secteur des transports. En plus des codes maritime, de la route et de l’aviation civile qui, tous, ont intégré les standards internationaux de sécurité et de sûreté, nous avons créé des institutions : l’Agence guinéenne pour la sécurité routière (AGUISER), l’Autorité de régulation du transport fluvio-maritime (ARTFM), et enfin l’Autorité organisatrice des transports urbains (AOTU) qui, aujourd’hui, renforcent la gouvernance institutionnelle des transports. En ce qui concerne le chemin de fer, après une longue période d’arrêt, j’ai relancé le train de passagers Conakry Express dont le trafic profite quotidiennement à plus de 10 000 personnes. Dans les semaines à venir, le second train Dubreka Express, qui va exploiter la ligne Rusal-Friguia, entamera son trafic avec la même capacité d’embarquement de passagers. Nous pensons relancer le transport ferroviaire avec le lancement des travaux de construction des chemins de fer Conakry-Kouria, premier lot de la ligne Conakry-Kankan. S’agissant des transports terrestres, j’ai remis sur pied la Société de transport urbain, dont la flotte transporte plus de 40 000 passagers par jour. En matière de signalisation routière, 1 000 nouveaux panneaux ont été installés. Très prochainement, nous lancerons la ré-immatriculation du parc automobile national et la sécurisation des titres de transports. Dans le secteur maritime, la concession de l’exploitation et de la modernisation du port autonome de Conakry (PAC), grâce à un partenariat passé entre l’État et le groupe Albayrack, une entreprise privée, avec plus de 500 millions de dollars d’investissement, permettra d’en consolider les capacités et la compétitivité dans la sous-région. Nous travaillons aussi au développement du transport maritime avec les bateaux-bus à Conakry, car je pense que l’avenir de la mobilité dans la capitale réside dans le ferroviaire et le maritime. Quant au secteur aérien, grâce au renforcement des capacités de l’aéroport international Conakry-Gbessia, nous avons pu doubler le nombre de compagnies desservant le pays, mais aussi et surtout le trafic. Récemment, avec la réforme du capital de la Société de gestion et d’exploitation de l’aéroport de Conakry (SOGEAC), ce sont plus de 100 millions d’euros d’investissement en faveur de la plate-forme aéroportuaire qui ont été mobilisés. Enfin, en matière de météorologie, nous
avons modernisé la diffusion du bulletin de la météo. La modernisation de tous les transports est une priorité du gouvernement figurant en bonne place dans le PNDES. À l’approche de 2020 et de la fin de mandat du président, quelles ont été les avancées ? En effet, la modernisation des moyens et des infrastructures de transport figure en bonne place dans les priorités gouvernementales et dans le Plan national de développement économique et social (PNDES). Comme avancées, on peut citer le renforcement du réseau routier qui assure, pour l’essentiel, les échanges économiques internes. Avec la modernisation en cours du port autonome de Conakry grâce à la convention Albayrack, celui-ci est en passe d’augmenter ses capacités de traitement du fret de plus de 40 %. Le Plan de déplacements urbains (PDU) constituera quant à lui une réponse efficace aux énormes défis de fluidité dans la circulation routière à Conakry.

Ancien porte-parole de l’opposition, leader du parti UFC, vous avez marqué par votre entrée au gouvernement votre volonté de contribuer au rassemblement défendu par votre président de la République. Selon vous, d’ici à 2020, faut-il s’attendre à d’autres « prises de guerre » de premier plan dans les rangs de l’opposition ?

Comme nous l’avions déjà dit, en entrant au gouvernement de la République, notre volonté était de saisir la main tendue du président de la République dans le cadre d’une ouverture politique. Nous pensons qu’à l’ère des compromis politiques, et pour sortir rapidement notre pays du marasme économique dans lequel il se trouve, il est nécessaire que les acteurs politiques fassent taire leurs divergences et s’accordent sur un programme commun de gouvernement. Je crois que cette volonté du chef de l’État est toujours d’actualité, et je ne serais pas surpris que d’autres acteurs de l’opposition rejoignent la majorité.

En août dernier, comme porte-parole du gouvernement, vous avez tenté d’expliquer pourquoi il faut changer la Constitution et non la modifier. Quelle est la nuance ?

D’abord, je ne comprends toujours pas la position de certains acteurs politiques qui ont fait le choix de s’inscrire dans le déni total du droit du président de la République à proposer, en toute légitimité, une nouvelle Constitution, d’autant plus que nous avons depuis 2010 une Constitution mise en oeuvre par des autorités illégitimes. En plus de sa non-légitimité, la Constitution du 7 mai 2010 a révélé à l’usage de nombreuses et graves insuffisances et lacunes qui affectent le fonctionnement normal de notre vie institutionnelle. C’est pourquoi une démarche révisionniste du texte constitutionnel qui toucherait à près d’une trentaine de dispositions nous semble opportune. Dans le contexte guinéen, il convient de procéder à l’établissement d’une nouvelle Constitution fondatrice d’une nouvelle République à même d’ouvrir une nouvelle ère dans la gouvernance de notre pays.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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