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Entretien – Ministre du Pétrole: « Atteindre 110 000 barils par jour en 2022 »

Foumakoye Gado, ministre du Pétrole, confirme que d’ici à 2022, son pays a l’ambition de devenir un acteur significatif en matière de production pétrolière : la stratégie et les moyens nécessaires ont été mis en place pour atteindre cet objectif.Depuis 2011, année du début de la production pétrolière au Niger, quel bilan en termes d’infrastructures et de ressources financières votre pays a-t-il tiré de son exploitation pétrolière ? Foumakoye Gado : Le bilan est positif. En effet, la première phase d’exploitation d’Agadem a permis la construction de toutes les infrastructures de production (puits, camps, piste d’aviation), mais également d’un pipeline intérieur de 462,5 km ainsi que d’une raffinerie d’une capacité de 20 000 barils par jour qui permet au Niger non seulement de couvrir ses besoins domestiques en produits pétroliers, mais également d’exporter la moitié de sa production de carburants au Nigeria, au Mali et au Burkina Faso notamment. On peut également citer la construction en cours de la route de l’Unité de la région de Diffa jusqu’à la frontière du Tchad. Des discussions sont en cours pour approvisionner les villes de Zinder, de Maradi et de Malbaza en électricité générée par la raffinerie. En parallèle, de nombreux projets sociaux ont vu le jour dans les régions concernées : construction de cliniques, écoles, puits d’eau, forages, et projet d’électrification de la commune rurale de N’Gourti. Enfin, les recettes amont cumulées de l’État tirées de la production de pétrole brut pendant la période 2012-2018 sont proches de 325 milliards de FCFA. Où en est le projet de construction de l’oléoduc de plus de 1 000 km allant du Niger au Cameroun en passant par le Tchad ?Le choix du tracé de l’oléoduc n’est pas encore définitivement arrêté par l’État et la société CNPC. D’autres options sont en étude, comme celles consistant à passer par le Bénin ou le Nigeria. Les critères de choix sont notamment économiques et opérationnels. La production du Niger est actuellement proche de 20 000 barils par jour. L’oléoduc export en transportera 90 000 par jour, soit une production totale de 110 000 barils par jour. Quelle est la portée de la signature du protocole d’accord entre le ministère du Pétrole et la société chinoise CNPC ? Et pourquoi semble-t-il que votre pays ait donné l’exclusivité de l’exploitation pétrolière à la Chine ? Je ne sais pas de quel protocole d’accord vous souhaitez parler en particulier, mais les différents accords signés avec la société CNPC sont tous uniquement liés à la recherche et à l’exploitation de trois blocs pétroliers : Agadem, Ténéré et Bilma. Le Niger n’a donc pas donné l’exclusivité de l’exploitation pétrolière à la Chine, mais a attribué 3 blocs à la CNPC, étant entendu qu’il existe plus d’une trentaine de blocs au Niger. Le Niger a également attribué 5 autres blocs à d’autres sociétés : 4 à Savannah Petroleum (Grande Bretagne) et 1 à SIPEX (groupe SONATRACH, Algérie). Ces deux sociétés ont réalisé en 2018 plusieurs découvertes importantes qui, nous l’espérons, permettront d’accroître les réserves et la production futures. Quelles dispositions votre gouvernement a-t-il prises en matière de respect des normes de sécurité dans les industries extractives pour lutter contre les conséquences socio-économiques de l’activité des sites d’exploitation du pétrole ? On parle de la santé des populations et de la mort de camélidés à Agadem. Du point de vue juridique, nous avons le code pétrolier, son décret d’application, le contrat de partage de production et la loi sur l’environnement. Des missions de suivi et de contrôle sont effectuées de manière permanente par les agents du ministère du Pétrole. Il faut aussi noter qu’avant le début de chaque projet, des études d’impact environnemental et social sont effectuées : elles aboutissent à l’obtention d’un certificat de conformité délivré par le ministère de l’Environnement, avec un programme de gestion environnementale et sociale comme cahier des charges destiné à atténuer les impacts environnementaux. L’application de ce cahier des charges est suivie par le ministère de l’Environnement de façon semestrielle en collaboration avec le ministère du Pétrole. Pour la question des chameaux, ce sont des cas très isolés, et chaque cas avéré lié à l’activité pétrolière est automatiquement remboursé par les industriels. Pour les normes de sécurité industrielle, des efforts sont déployés pour renforcer les capacités de nos agents qui concourent de jour comme de nuit au respect des normes admises dans l’industrie pétrolière. De quelle part des ressources bénéficient les populations locales ? La part des ressources bénéficiant aux populations locales, au-delà de la contribution sociétale des entreprises (cliniques, classes, puits, recrutement, formation, etc.), est celle prévue par le code pétrolier, soit 15 % de la redevance ad valorem. Les institutions de Brettons Woods insistent auprès des pays pétroliers pour qu’une partie des ressources tirées de l’exploitation des hydrocarbures soit réservée aux générations futures. Comment a été traitée cette question ? L’État du Niger vient d’adopter une Politique pétrolière nationale dans laquelle est précisément inscrite comme étant l’un des objectifs principaux une réflexion sur la gestion des revenus pétroliers afin que ceux-ci bénéficient à l’intérêt général du Niger et aux générations futures. L’objectif visé est d’éviter la « malédiction du pétrole » que connaissent ou ont connue une grande partie des pays producteurs de pétrole en Afrique. D’ici à 2022, le Niger a l’ambition de devenir un acteur significatif en matière de production pétrolière. Commentvotre pays compte-t-il atteindre cet objectif ?Le Niger dispose déjà de réserves pétrolières proches du milliard de barils récupérables. Jusqu’à aujourd’hui, ces réserves ne servaient qu’à alimenter la raffinerie à raison de 20 000 barils par jour, soit environ 7 millions de barils par an. La production actuelle est donc limitée en comparaison des réserves. Grâce à la construction de l’oléoduc export, ces réserves pourront être exportées et la production devrait atteindre les 110 000 barils par jour en 2022. Par ailleurs, les découvertes réalisées en 2018 par les autres compagnies pétrolières présentes au Niger ainsi que les découvertes futures permettront sans doute de maintenir ce niveau de production pendant plusieurs années. Le Niger a donc déjà mis en place la stratégie et les moyens nécessaires pour devenir dès 2022 un acteur régional significatif en matière de production pétrolière.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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