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Entretien – Ministre haut-commissaire à l’Initiative 3N

« Près de 2 000 milliards de FCFA investis en 7 ans grâce à l’Initiative 3N »

Ali Bety est ministre haut-commissaire à l’Initiative 3N (HC3N), une initiative dont les actions sont félicitées par la FAO. L’objectif de l’Initiative 3N est de mettre les populations nigériennes à l’abri de la famine et de leur garantir les conditions d’une pleine participation à la production nationale et à l’amélioration de leurs revenus.

Pouvez-vous nous rappeler les origines, raisons et buts de l’élaboration et de la mise en oeuvre de l’Initiative 3N (I3N) ? Ali Bety : Afin que la sécheresse ne soit plus synonyme de famine, les autorités nigériennes ont adopté en avril 2012 la Stratégie nationale de sécurité alimentaire et nutritionnelle et du développement agricole durable,
ou Initiative 3N : « Les Nigériens Nourrissent les Nigériens ». Le fondement de cette initiative apparaît dans le discours d’investiture du président de la République prononcé le 7 avril 2011 : « Le peuple nigérien a un immense défi à relever, un défi qui a un rapport avec sa dignité et son honneur : le défi de l’éradication de la faim. Il est choquant que, de manière récurrente, nous soyons réduits à mendier notre pain quotidien auprès des autres peuples. Comme en témoignent les dernières élections, notre peuple a conquis sa liberté politique : il lui reste maintenant à réaliser l’alliance de la liberté et du pain. » C’est ce défi que l’I3N se propose de relever à travers une stratégie volontariste d’accroissement de la production agricole nationale et de renforcement de la résilience des ménages urbains et ruraux dans les situations de crise alimentaire ou de catastrophe naturelle. Quel est l’objectif de l’Initiative 3N pour le quinquennat 2016-2021 et quelle est votre stratégie pour l’atteindre ? Il s’agit de satisfaire la demande alimentaire nationale avec les produits agricoles et agroalimentaires locaux, tout en favorisant la création de revenus pour les producteurs. L’Initiative 3N se propose de promouvoir des modèles d’intensification agricole et de gestion durable des ressources naturelles qui permettront d’accroître la disponibilité en sous-produits animaux (viande, lait, oeufs, cuirs et peaux), en produits alimentaires de grande consommation (céréales, légumineuses alimentaires, tubercules…) et/ou à haute valeur ajoutée. Il s’agit d’exploiter au mieux les atouts et avantages comparatifs du secteur agricole et rural tout en s’insérant dans l’économie régionale et mondiale et en préservant le capital productif. À cet effet, l’Initiative 3N constitue un axe majeur du Programme Renaissance du Niger actes I et II du président de la République. Son objectif pour le quinquennat 2016-2021 est la réalisation de la « faim zéro au Niger ». Le cadre stratégique de cette initiative est décliné en 5 axes, qui constituent un ensemble d’actions et de mesures synergiques et complémentaires permettant de faire un saut qualitatif vers la réalisation de son objectif global. Quels sont exactement ces cinq axes que vous évoquez ? Ces axes correspondent aux effets généraux attendus des investissements et des mesures à prendre. L’axe 1 prévoit l’accroissement et la diversification des productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques. L’axe 2 porte sur l’approvisionnement régulier des marchés ruraux et urbains en produits agricoles et agroalimentaires. L’axe 3 consiste à améliorer la résilience des populations face aux changements climatiques, aux crises et aux catastrophes. L’axe 4 concerne l’amélioration de l’état nutritionnel des Nigériens et l’axe 5 vise à animer et coordonner l’I3N, à conduire les réformes grâce à la structure créée auprès du cabinet du président de la République : le Haut-Commissariat à l’Initiative 3N (HC3N). Pouvez-vous nous donner un aperçu du bilan de l’Initiative 3N depuis sa création ? Le premier plan d’action 2012-2015 de l’I3N a été évalué fin 2015 et les résultats de sa mise en oeuvre étaient jugés satisfaisants. Pendant cette phase, le Niger a accéléré l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), notamment les OMD 1 et 7, en particulier la réduction de 50 % du nombre de Nigériens souffrant de sous-alimentation. Ceci a valu au Niger les félicitations de la FAO, qui lui a décerné deux attestations de réussite en 2013 et 2015 pour son Initiative 3N. Le second plan d’actions 2016-2020 de l’I3N découle des leçons tirées de la mise en oeuvre du premier plan d’investissement et repose sur 12 programmes stratégiques dont la maîtrise d’ouvrage est assurée par les ministères et institutions du secteur. Grâce à l’Initiative 3N, le Niger a fait partie des 7 pays distingués et lauréats de « Future Policy Award 2017 » et 3e Prix de Bronze décerné par le World Future Council (WFC) en collaboration avec le Secrétariat exécutif de la  Convention des Nations unies pour la lutte contre la désertification (UNCCD) dans la catégorie « restauration des terres dégradées et lutte contre la pauvreté ». Peut-on se faire une idée du financement consenti dans le développement agricole depuis la création de l’I3N il y a 7 ans ? En sept années de mise en oeuvre, l’Initiative 3N a permis d’investir près de 2 000 milliards de FCFA (300 milliards par an en moyenne) dans le secteur du développement agricole et rural. Des investissements qui ont servi notamment à restaurer et réhabiliter plus de 350 000 ha de terres agricoles, à irriguer 368 000 ha de terre pour l’agriculture, à accroître la production céréalière de 15%, à étendre à plus de 80% la couverture vaccinale du bétail ou encore à construire et équiper plus de 150 maisons de paysans dont 34 complètes et 114 offrant l’essentiel des services prévus. Quelle place accorde le PDES 2017-2021 à la transformation du monde rural ? Avec l’adoption en 2017 du Plan de développement économique et social (PDES) 2017-2021, la Transformation du monde rural (TMR) constitue désormais un axe majeur dont la mise en oeuvre est centrée sur l’Initiative 3N et se fait par l’utilisation de techniques culturales modernes, l’accès à l’eau, le développement des chaînes de valeur des productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques, le crédit, l’artisanat et enfin l’accès à l’énergie, aux infrastructures et aux services du numérique avec les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC). On escompte d’un secteur agricole plus productif un développement, surtout par les femmes et les jeunes, de PME agroalimentaires et artisanales, et un développement des services et infrastructures de base : électrification rurale, promotion de la finance inclusive, accès à l’eau potable et à l’assainissement de base, etc. L’augmentation des revenus agricoles et la diversification de l’économie rurale permettront de réduire la vulnérabilité des ménages ruraux face aux changements climatiques et aux autres risques de crises et catastrophes naturelles et socio-économiques.

Propos recueillis par Louise Bibalou-Durand

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