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Entretien – Ministre des Investissements et des Partenariats public-privé

« Je travaille à la diversification des IDE »

Gabriel Curtis, ministre des Investissements et des PPP (partenariats public-privé), s’emploie à diversifier les investissements, à participer à l’amélioration du climat des  affaires et à accélérer le rythme des réformes pour rendre son pays éligible au  Millenium Challenge Corporation.

Avec 1,6 milliard de dollars d’investissements réalisés en 2016 et 3 milliards engagés en 2017 dans les mines, l’énergie, les industries et l’agriculture, estimez-vous que la Guinée attire les investisseurs ?

Gabriel Curtis : La Guinée, avec ses six frontières terrestres et ses 300 km de côte sur l’Atlantique, constitue un carrefour naturel de la sous-région, riche en ressources du sol, du sous-sol ainsi que des  eaux et forêts. Depuis 2011, grâce aux réformes entreprises, elle a fait son « come back » dans le concert des nations. Donc oui, la Guinée attire, rassure et retient. Les réformes ont eu un impact positif sur  l’environnement des affaires, la sécurité, l’éducation et la santé. Parmi elles, l’entrée en vigueur de l’OHADA en 2014, l’ouverture du tribunal de commerce en 2019, et enfin l’adoption d’un code des investissements plus attractif en 2015 et d’un nouveau code minier dans la foulée de l’adhésion à l’initiative de transparence dans les industries extractives (ITIE). L’État guinéen est aussi engagé pour le développement du secteur privé avec la création de la Plate-forme de concertation du secteur privé pour renforcer le dialogue public-privé. Outil de mise en oeuvre de la Lettre de politique nationale du contenu local, la Bourse de sous-traitance et de partenariats inaugurée en 2018 doit faciliter l’accès au marché des PME locales en les mettant en relation avec les donneurs d’ordres. Les évaluations des institutions les plus crédibles montrent d’ailleurs que la Guinée se porte bien et avance avec confiance. Dans l’édition 2020 du Doing Business de la Banque mondiale, elle a progressé de 23 places depuis 2012 et occupe le 156e rang sur 190. Dans celui sur la compétitivité du World Economic Forum (Davos), elle est 122e sur 141 pays. Ces évaluations prouvent la bonne santé des politiques entreprises par le gouvernement, traduites par une augmentation significative des investissements directs locaux (IDL) et des investissements directs étrangers (IDE). Ainsi, sur la période 2009-2015, la part des IDE dans le PIB guinéen se situait en moyenne à 3,4 %. Ces trois dernières années, ce taux a franchi la barre des 10 % pour se situer à 18,8 % en 2016 et à 15,9 % en 2017. L’engouement croissant pour l’investissement dans l’économie guinéenne est visible : leur taux a plus que triplé entre 2015 et 2016, passant de 7,3 % à 25,2 % du PIB. En outre, la signature de l’accord-cadre de financement de nos projets prioritaires avec la République populaire de Chine pour 20 milliards de dollars couvrant une période de 20 ans (2017-2036) est un parfait exemple de l’attractivité de notre pays. Les PPP, nouveaux types de contrats en Afrique, ont de plus en plus de succès.

Quel impact peuvent-ils avoir sur la qualité de vie des populations et peuvent-ils être considérés comme un levier de développement soutenu et inclusif ?

Le PPP est un instrument qui prend de plus en plus d’importance en Guinée et qui peut servir de fort levier de développement économique pour le pays. Il peut faciliter et accélérer la réalisation de projets de grande envergure avec l’implication du secteur privé local. Cette forme de partenariat permet au secteur privé local d’avoir accès à un savoir-faire, une expertise et une assise financière ce qui facilitent sa compétitivité pour en faire un véritable moteur de croissance, créateur d’emplois décents, donc de richesse. Á cet effet, une loi sur les PPP est en vigueur, mais nous n’avons pas attendu son application pour en faire usage. Les deux plus importants barrages hydroélectriques, Kaléta (240 MW) et Souapiti (450 MW), ont été réalisés sous forme de PPP. Actuellement, nous collaborons avec les départements concernés pour la réalisation des projets PPP. Nous avons signé 3 projets immobiliers, 1 dans l’énergie solaire, et nous avons une vingtaine de projets en perspective dans l’habitat, l’agriculture, la culture, le transport, les mines, l’assainissement et l’énergie.

Quelles sont les priorités inscrites sur votre feuille de route en 2019 et 2020 ?

Pour 2019 et 2020, je travaille sur plusieurs fronts, notamment la diversification et l’attraction des investissements ainsi que la réalisation de projets structurants tels que le Grand Conakry Vision 2040. Depuis des décennies, les IDE sont majoritairement captés par le secteur minier. C’est une tendance que nous souhaitons inverser en attirant davantage d’investissements vers l’agriculture, l’innovation, les industries culturelles, l’immobilier, l’énergie renouvelable, etc. Je compte également m’atteler à aider à accélérer le développement du secteur privé national. Nous bénéficions d’ailleurs d’un outil intéressant avec la Politique du contenu local, déclinée sur trois axes : la formation, la sous-traitance et l’approvisionnement local. Cela est crucial afin de rendre la croissance plus inclusive. Notre objectif est de soutenir, à travers le contenu local, le secteur privé national, tout en renforçant ses capacités. Nous devons aussi continuer à oeuvrer pour l’amélioration du climat des affaires et accélérer le rythme des réformes. Avec cette amélioration, nous pourrons prétendre aux programmes comme le MCC (Millennium Challenge Corporation) pour aider au développement des infrastructures. Une autre priorité est de travailler sur le « branding » économique du pays afin de refléter les réalités du terrain, d’accroître l’attractivité de la destination Guinée et de réduire la perception du risque-pays. Je suis également commissaire général de la participation de la Guinée à l’Exposition universelle de Dubaï en 2020 : un événement extraordinaire pour vendre l’image du pays.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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