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Entretien – Ministre des Mines et de la Géologie

« Plus de 17 000 emplois créés entre 2011 et 2018 »

Abdoulaye Magassouba, ministre des Mines et de la Géologie, dresse un bilan global de son action durant 9 ans et rappelle les initiatives de son pays devenu, avec son choix d’abriter le siège du Centre africain de développement minier de l’UA EN 2018, le porte-flambeau de la Vision minière africaine.

Depuis le lancement du Symposium Mines Guinée, qui en est à sa 6e édition, êtes-vous parvenu à faire de cet événement un moyen de replacer la Guinée auprès des  compagnies minières internationales ?

Abdoulaye Magassouba : Depuis la tenue de la 5e édition du Symposium Mines Guinée en 2017, le secteur minier guinéen poursuit sa dynamique sans précédent eu égard à l’amélioration du climat des affaires, faisant suite aux réformes initiées et mises en oeuvre par le gouvernement depuis 2011. Le Symposium Mines Guinée est redevenu ainsi l’une des principales vitrines de promotion du secteur minier guinéen en s’imposant tous les deux ans comme le lieu de rendez-vous privilégié de tous les acteurs du secteur minier au niveau mondial, notamment les grandes compagnies minières internationales.

Quel bilan faites-vous des vastes réformes lancées par votre département et visant à redynamiser le secteur durant ces neuf dernières années ?

Dès son élection en 2010, le  président de la République, le Pr Alpha Condé, a décidé d’engager une transformation sans précédent dans la gouvernance du secteur minier pour en faire un véritable catalyseur de l’économie nationale. Ainsi, depuis 2011, la Guinée a adopté une nouvelle politique minière qui a donné lieu à des réformes portant sur le cadre législatif et réglementaire, les capacités institutionnelles, la transparence et l’équilibre de partage des bénéfices entre les parties prenantes. Cela a permis à la Guinée d’améliorer significativement le cadre d’investissement dans le secteur et de la positionner comme l’une des destinations les plus prisées par les investisseurs de l’industrie minière mondiale. En quelques années, la Guinée est devenue le porte-flambeau de la Vision minière africaine (VMA). D’où son choix, en 2018, d’abriter le siège du Centre africain de développement minier (CADM) de l’Union africaine. L’intérêt des investisseurs s’est donc traduit par de nouveaux projets et par la relance des projets en souffrance. Entre 2010 et 2018, plus de 10 milliards de dollars ont été mobilisés dans le secteur minier, dont 4 milliards sont en cours d’exécution. La production minière de bauxite, qui stagnait en dessous des 20 millions de tonnes avant 2015, a atteint pour la première fois en 2018 près de 60 millions de tonnes, faisant passer le pays de la 7e à la 3e place mondiale derrière l’Australie et la Chine, dont nous sommes désormais le premier fournisseur.

De 2017 à ce jour, quels ont été les développements des nouveaux projets miniers ?

Au-delà du boom de la bauxite, plusieurs projets miniers significatifs sont en cours de développement. Nous pouvons citer le groupe Managem qui a initié, dans la préfecture de Mandiana, un investissement dans l’or s’élevant à environ 180 M$. De même, les sociétés SAG et la SMD ont engagé respectivement de nouveaux investissements d’environ 120 et 100 millions de dollars pour renouveler leurs usines de production d’or. Depuis 2016, outre les avancées constatées sur les trois anciens projets de raffineries (Cobad, CDM Henan Chine, GAC), la mise en oeuvre de la nouvelle politique minière a permis d’initier six nouveaux projets de raffineries (SMB, SBG, SPIC, TBEA, Chalco, Kimbo) et un nouveau projet de fonderie d’aluminium. La raffinerie de Friguia, avec la société Rusal, a été relancée en 2018 avec plus de 2 000 travailleurs guinéens. Enfin, la Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG) a récemment engagé le processus de réalisation des études pour la construction d’une raffinerie d’alumine.

D’ici à 2020, année de la fin du quinquennat de votre président de la République, quelles sont votre feuille de route et vos priorités ?

Il nous reste à relever un certain nombre de défis : la diversification de la production minière, la transformation locale des produits miniers, le renforcement des capacités des acteurs et la gestion durable des impacts du développement du secteur minier. Mais, parmi tous ces défis, la gestion durable des impacts économiques, sociaux et environnementaux est celui qui nous interpelle avec le plus d’urgence et d’acuité. Le lancement en 2018 de la Bourse de sous-traitance et des partenariats, et la mise en oeuvre du dispositif du Fonds de développement économique local (FODEL), qui prévoit de 0,5 à 1 % des revenus des sociétés minières en faveur des communautés impactées et riveraines des sites, sont un début de réponse. En outre, le budget 2019 de la Guinée prévoit l’affectation effective de 15 % des revenus miniers de l’État aux collectivités locales dans le cadre du Fonds national de développement local (FNDL) à travers l’ANAFIC, dont les projets s’exécutent déjà dans toutes les collectivités du pays.

Connaissant le poids de la filière dans l’économie, comment contribue-t-elle à la réduction de la pauvreté ?

Le secteur minier représente autour de 15 % du PIB, près de 30 % des recettes publiques de l’État et au moins 80 % des exportations du pays. Ainsi, par la création de richesses, il participe activement à la réduction de la pauvreté à travers la création d’emplois et la gestion optimale des revenus miniers. S’agissant de la création d’emplois, le secteur a permis de créer, pour les Guinéens notamment, plus de 17 000 emplois directs et plus de 50 000 emplois indirects, sans compter les emplois induits entre 2011 et 2018. Quant aux revenus tirés par les mines, qui ont atteint 505 millions de dollars en 2017, nous les utilisons pour financer les infrastructures, à l’instar des 515 millions d’euros approuvés par le Parlement en décembre 2018 sur l’accord-cadre avec la Chine. Cet accord-cadre est basé sur le financement des infrastructures socio-économiques prioritaires – transport, énergie, éducation, etc. – dont le remboursement est assuré par des revenus miniers. Dans cette même logique, pour soutenir le  développement à la base, il est prévu que les revenus miniers soient aussi directement utilisés pour faciliter le financement de l’agriculture.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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