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Entretien – Président de la Banque ouest africaine de développement: « Le bilan de notre mandat a été à la hauteur de nos ambitions »

Christian Adovelande, président de la BOAD, évoque le bilan de la banque ces dernières années et, en pleine pandémie de Covid-19, détaille les mesures prises pour soutenir les plans de riposte et pour atténuer l’impact économique de la crise sanitaire dans les pays de l’UEMOA.

Comment votre institution s’est-elle protégée contre les effets de la pandémie de Covid-19 et quelles mesures a-t-elle prises pour préserver la santé de ses quelque 300 collaborateurs ?

Christian Adovelande : Comme vous le savez, la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 n’a épargné aucun État, aucune entreprise, aucune institution. Dès l’arrivée des premiers cas dans notre zone UEMOA, nous avons activé notre Plan de continuité d’activité (PCA) afin de poursuivre nos activités selon un mode permettant de préserver la santé du personnel. Il s’est agi notamment de la mise en place d’un dispositif  interne de sensibilisation des agents et de l’annulation de toutes les missions, de la prise de température systématique à l’entrée du territoire de la banque, de la circonscription des visites au siège de la banque, de la distribution à tous les agents de solutions hydro-alcooliques et de masques de protection, du confinement des agents ayant effectué un récent voyage dans les zones fortement touchées par le virus ou ayant accueilli à leur domicile des personnes en provenance de ces zones, et enfin de l’activation des dispositifs de télétravail et de visioconférence. Nous ne devons pas perdre de vue que les mesures conservatoires prises dans chacun de nos États membres s’appliquaient de facto à tous les agents. Toutes ces décisions ont fait que, bien heureusement, la BOAD n’a eu à déplorer dans son effectif aucun cas positif au Covid-19. Au sein de la zone UEMOA qui compte huit pays, quelles ont été globalement les mesures prises par la BOAD pour atténuer l’impact économique du Covid- 19, notamment au niveau du tissu des PME ? Dans le cadre de la lutte contre le Covid-19, la banque a mis en place dès la fin du mois de mars 2020 un programme spécial de prêts concessionnels d’un montant de 200 milliards de FCFA à décaissement rapide en vue de contribuer au financement des différents  lans de riposte mis en place dans les États membres. Cette action a été possible avec l’appui de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et de la Commission de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA) qui ont mis à disposition des ressources de bonification d’un montant de 40 milliards de FCFA. Concernant le secteur privé, un programme spécial de 100 milliards de FCFA de lignes de refinancement a été mis en place fin juin 2020 en faveur des établissements de crédit en vue d’aider les PME-PMI, les MPME, les systèmes de financement décentralisés et les fonds de finance inclusive. Cet appui devra servir de contribution à la résorption de la crise de liquidité inhérente au Covid-19, au financement de besoins à court terme liés à la relance des activités et/ou au concours à moyen terme pour des investissements productifs de renforcement ou d’optimisation d’outils de production.

Á quel usage sont destinés les 235 millions d’euros de prêts et subventions en provenance de l’AFD, de la BAD et de la KfW au profit de la BOAD ?

Une ligne de crédit de 100 millions d’euros consentie par l’AFD à la BOAD est destinée à soutenir les États membres et les opérateurs économiques de la zone UEMOA à travers une participation au financement des plans de riposte et de relance économique. La ligne couvre un volet secteur public et un volet marchand à raison de 50 millions d’euros chacun. Une autre ligne de crédit d’un montant total de 75 millions d’euros destinée au financement, dans l’UEMOA, de projets de lutte contre le changement climatique a également été octroyée par l’AFD. Par ailleurs, une facilité de crédit à court terme d’un montant de 50 millions d’euros a été obtenue de la BAD. Elle permettra d’appuyer les entreprises privées pour le maintien de leurs activités et la préservation des emplois dans le contexte de la pandémie de Covid-19. Enfin, dans le cadre de la facilité « Investing for Employment », la Banque a obtenu de la KfW une subvention de 10 millions d’euros destinée à la préservation des emplois dans le secteur privé, plus précisément dans les PME, en réponse aux conséquences néfastes du Covid-19. Les entreprises bénéficiaires sont celles qui, financièrement viables, ont été affectées par la crise sanitaire. Vous êtes à la tête de la BOAD depuis 2011 et votre mandat arrive à son terme courant 2020.

Pensez-vous que le bilan de votre action a été à la hauteur des ambitions que vous poursuiviez pour cette institution ?

Sans verser dans l’autosatisfaction, nous pouvons affirmer que le bilan de notre mandat a été à la hauteur de nos ambitions. En effet, sous le leadership des plus hautes autorités de l’Union, notre action a permis de renforcer la gouvernance de la banque, puis de la porter à une nouvelle dimension. Nous voudrions relever quelques chantiers ambitieux que nous avons contribué à mettre en oeuvre avec succès, comme le défi de la notation financière de la banque. Depuis 2015, elle est notée « Investment Grade » par Moody’s et Fitch Ratings, une qualité de signature qui renforce sa crédibilité et ouvre un accès au marché financier international. Entre 2016 et 2019, nous avons levé 1 407,047 milliards de FCFA (2,43 milliards USD) à des conditions plus avantageuses que le marché financier régional. Au terme de la revue 2020 de sa notation, malgré la crise sanitaire de Covid-19, la BOAD a maintenu son rating « Investment Grade », confirmant la solidité de ses fondamentaux. L’institution détient respectivement les 3e et 4e meilleures notes émises par Fitch Ratings et Moody’s en Afrique. Avec le soutien du Conseil des ministres de l’UMOA, nous avons aussi réussi à mettre en place un mécanisme de bonification en 2015 ; ce qui a permis d’octroyer depuis 2016 environ 322 milliards de FCFA de prêts concessionnels à nos États membres. Nous avons également obtenu l’accréditation de la banque auprès des principaux fonds climat, en particulier le Fonds pour l’Adaptation, le Fonds pour l’Environnement Mondial et le Fonds Vert pour le climat. Environ 97,5 milliards de FCFA de ressources concessionnelles ou de dons ont été mobilisés auprès de ces Fonds pour la préparation et la réalisation de projets climat. En dépit des efforts consentis, force est de reconnaître que les défis restent importants : crise sanitaire de Covid- 19, insécurité dans le Sahel, changement climatique, etc. Ces défis ont été bien identifiés par la banque qui contribuera, aux côtés de ses États membres, des institutions communautaires et d’autres partenaires, à apporter des réponses adaptées dans le cadre de son nouveau Plan stratégique 2021-2025 en cours d’élaboration.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

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