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Entretien – Président de la Chambre des Mines du Burkina

Entretien – Président de la Chambre des Mines du Burkina: « Nous avons renforcé le dialogue avec le gouvernement et la société civile »

Dans le bilan 2017 de Tidiane René Barry, président de la Chambre des Mines du Burkina (CMB), beaucoup d’avancées, notamment dans les domaines de la formation et du renforcement institutionnel. Il se félicite de ce que l’engagement des sociétés minières à privilégier les fournisseurs locaux ait été respecté : le taux s’est accru de 15 %, et ce n’est qu’un début.

Quel est le bilan de votre première année de mandat à
la Chambre des Mines du Burkina (CMB) ?
Tidiane René Barry : L’année 2017 a vu la mise en
oeuvre du plan stratégique de la Chambre des Mines
du Burkina (CMB), qui s’achève cette année. Nous
y avons procédé au renforcement institutionnel de
la CMB, la positionnant ainsi comme interlocuteur
majeur vis-à-vis du gouvernement et des autres parties
prenantes parmi les acteurs privés du secteur minier
du pays. En outre, nous avons redynamisé les commissions
techniques spécialisées qui, par rapport à chaque
domaine d’activité, jouent un rôle de leadership sur les
différents dossiers : environnement, santé-sécurité au
travail, ressources humaines, fiscalité, communication,
responsabilité sociale et sécurité. Nous nous félicitons
d’avoir pu renforcer le dialogue non seulement avec
le gouvernement, mais aussi avec la société civile à
travers des cadres de concertation, notamment avec
les communes qui abritent les sites miniers, avec le
réseau des populations riveraines ainsi qu’avec celui
des journalistes spécialisés dans les questions minières.
Toutes ces démarches avaient pour principal objectif
d’éclairer l’opinion nationale sur l’organisation du
secteur minier et sur les objectifs de la CMB.
Comment s’est porté votre secteur en 2017, sachant
qu’en 2016 il a produit de plus de 38 tonnes d’or,
s’est vu octroyer cinq permis d’exploitation et a
mené plusieurs projets miniers à un stade important
d’avancement ?
De façon générale, le secteur minier s’est bien porté
en 2017 dans notre pays. Trois permis d’exploitation
industrielle de grandes mines ont été octroyés : à
la société Nordgold Yeou SA, puis à la Société des
Mines de Sanbrado (SOMISA) SA dans la commune
de Boudry, dans la région du Plateau-Central, et enfin à
Sahelian Mining SA, dans les communes de Tin-Akoff
et de Gorom Gorom, dans la région du Sahel. De plus,
des sites miniers sont entrés en production en 2017 :
la mine d’or de Houndé, un gisement aurifère détenu
par Endeavour Mining, projet dont la production est
estimée à 190 000 onces d’or sur dix ans, et la mine de
Bouly, avec un gisement qui devrait produire annuellement
une moyenne de 120 000 onces sur la durée de vie
de la mine, soit 10 ans. C’est ainsi que le Burkina Faso
a réalisé une production record de plus de 45 tonnes
d’or, ce dont nous nous félicitons. En ce qui concerne
le zinc, car il n’y a pas que de l’or dans notre pays, la
production a été supérieure à celle de 2016 : le Burkina
a produit plus de 164 290 tonnes métriques sèches de
concentré de zinc, contre 156 680 en 2016.
Lors de votre élection l’année dernière avait été adoptée
à l’unanimité une charte d’éthique selon laquelle
les compagnies minières s’engageaient notamment à
privilégier les fournisseurs locaux et à promouvoir la
formation. Ces deux objectifs ont-ils été respectés en
2017 ?

Ces thématiques sont tellement importantes… Le
contenu local ainsi que la formation ou le renforcement
des capacités sont un véritable cheval de bataille
au sein du CMB. Je peux dire que l’année 2017 a été
importante en termes d’avancée. Privilégier l’achat
local pour les compagnies minières n’est plus un sujet
tabou : elles sont bien conscientes de cette nécessité.
J’ajoute qu’une étude sur la fourniture locale des biens
et services miniers a été enclenchée en 2017. Les résultats
ont été dévoilés en 2018, montrant que sa part
s’était accrue de 15 %. Ce n’est pas mal, quand on
voit les efforts qui ont été déployés pour obtenir ce
résultat. Mais il y a encore des efforts à consentir pour
augmenter cette part de la fourniture locale.
S’agissant de la formation, plusieurs actions ont été
menées dans le sens du renforcement des ressources
humaines dans le secteur minier. Nous avons enclenché
une série de partenariats privilégiés avec certains instituts
comme l’École nationale supérieure des ingénieurs
de Fada, proche de la frontière du Niger, avec laquelle
nous avons ouvert des pistes de collaboration : les sociétés
minières y apportent leur savoir-faire. Il s’agit de
donner aux professionnels et cadres des compagnies
minières la possibilité de dispenser des cours en mettant
en place des modules de formation à destination des
étudiants de cette école. Cela est fondamental puisque
les étudiants bénéficient ainsi d’une base d’expérimentation
théorique solide de la part des professionnels qui
sont sur le terrain au quotidien. Cela renforce l’expertise
et les capacités de cette école. Par la même occasion,
nous poursuivons le développement d’un programme
de stages pour qu’un maximum d’étudiants formés
dans les filières en lien avec le secteur minier puisse
bénéficier d’immersions pratiques dans les sociétés
minières du pays. Et d’autres initiatives ont eu lieu,
telles que les portes ouvertes, qui sont des formes de
salon d’emploi : en 2017, elles ont été dédiées à la
diaspora burkinabè. Ce salon s’est tenu notamment au
Canada. L’industrie minière a pu offrir une information
fournie et détaillée aux cadres burkinabè, dont certains
sont revenus au pays travailler au sein des filiales des
grandes compagnies minières occidentales. Cette année,
nous allons renouveler cette opération portes ouvertes,
mais plutôt ici au Burkina, en partenariat avec certains
établissements et grandes sociétés minières.
Pensez-vous que votre pays va trouver un partenaire
stratégique pour l’accompagner dans l’exploitation de
la mine de Tambao, à l’arrêt depuis 2015 et qui abrite
les plus importantes réserves de manganèse au monde ?
En tant que Burkinabè, je souhaite que ce projet minier
de Tambao, qui a suscité tant
d’espoirs depuis des dizaines
d’années, voie le jour avec un
partenaire solide et fiable. Un
milliard de dollars d’investissement,
c’est tout à fait
possible au Burkina Faso.
La mine Essakane a nécessité
le même capital d’investissement.
Pour un projet de cette dimension, il faut un
bon mariage avec un investisseur fiable et socialement
responsable à qui l’on peut présenter des conditions
qui l’inciteront à réaliser cet investissement. L’investisseur
aura certainement besoin d’être rassuré, d’avoir
des garanties de sécurité et une stabilité fiscale afin
de dessiner un modèle susceptible de le faire venir au
Burkina Faso. Je sais que notre État travaille fort à la
reprise de ce projet.

Propos recueillis par Serge-Henri Malet

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

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