logo

Entretien – Président de la Délégation spéciale de la ville de Niamey et haut-commissaire au programme Niamey Nyala: « Que Niamey rayonne tout en prenant soin de ses administrés »

Mouctar Mamoudou, président de la Délégation spéciale de la ville de Niamey et haut-commissaire au programme Niamey Nyala, nous livre sa vision globale qui va de la satisfaction quotidienne des besoins essentiels des ménages jusqu’à l’exemplarité sous-régionale et au rayonnement international de la capitale dans une perspective durable.

En tant que président de la Délégation spéciale de la ville de Niamey depuis août 2017, l’une de vos priorités est la gestion optimale des ressources humaines et de l’administration. Quelles actions avez-vous entreprises à cet égard ?

Mouctar Mamoudou : S’agissant de cet axe primordial que constitue la motivation ou la re-motivation des ressources humaines, notamment par l’amélioration des conditions de travail des agents municipaux, nos actions ont été efficaces car les agents se sont mis très rapidement au travail. Pourquoi ? Parce que nous avons tenu notre engagement en payant les salaires à terme, en rémunérant correctement les salariés temporaires et en les dotant de matériel performant, mais aussi en effectuant des visites régulières sur le terrain pour échanger avec les agents et faire le suivi nécessaire de la mise en oeuvre effective de nos directives. En étant présent sur les chantiers, nous avons accordé l’importance requise aux prestations, car le travail de curage des caniveaux et d’enlèvement des ordures par les ouvriers et manoeuvres est noble, et il faut le respecter et l’encourager. Notre action a motivé les agents, et c’est un plaisir de constater que la situation est différente de celle que l’on m’avait décrite avant ma prise de fonctions : j’ai trouvé des agents et techniciens dynamiques. Aujourd’hui, voir des responsables, des acteurs, des techniciens et des manoeuvres qui prennent soin de la ville constitue une fierté pour la ville et pour la population de Niamey. Je pense que la fierté est partagée et je profite de l’occasion pour féliciter tous les agents, à tous les niveaux.

La question de la mobilisation des ressources financières est également cruciale. Quelles sont les avancées ?

Nous avons travaillé sur la mobilisation des ressources et le résultat est que nous l’avons multipliée par 6, voire 7, principalement en taxant l’occupation du domaine public. Mobiliser des ressources se manifeste par l’avancement et l’exécution des travaux sur le terrain. Il faut préciser que toutes les réalisations que nous sommes en train de faire sont financées sur fonds propres. C’est l’occasion pour moi de féliciter et de remercier le contribuable et tous ceux qui acceptent de payer leurs taxes en faisant preuve de citoyenneté responsable. Il faudrait que les autres leur emboitent le pas, car c’est avec ces ressources que l’on construit la ville et que nous allons aménager Niamey pour en faire une cité agréable à vivre. Il n’y a pas de secret : il faut maîtriser les dépenses et élargir l’assiette fiscale avant de rechercher des fonds extérieurs. Nous travaillons à son optimisation, et les moyens technologiques nous permettent d’assurer une collecte sûre. Cet effort doit créer la confiance des administrés et nous permettre de mieux mobiliser leurs financements. Si ce travail est bien réalisé, alors il nous donnera plus de légitimité pour bénéficier d’appuis extérieurs, idéalement plutôt techniques que financiers. La ville doit se prendre en charge, gagner en autonomie vis-à-vis du pouvoir central et des bailleurs de fonds. Niamey doit prendre son destin en main.

Votre troisième priorité avait trait à la prise en charge effective et constante des services de base. Comment se présente ce volet de votre action ?

Cela concerne essentiellement l’enlèvement des ordures, l’état de la voirie, l’aménagement des espaces publics, le curage des caniveaux et le développement de l’éclairage public. Sur tous ces aspects, nous avons oeuvré de façon remarquable. En ce qui concerne l’enlèvement des ordures, il faut savoir que chaque jour, la ville de Niamey produit mille tonnes de déchets et que nous en enlevons deux à trois mille tonnes. Résultat : la ville est soulagée et n’est plus ensevelie sous ces monceaux d’ordures dont jadis les populations se plaignaient. Au niveau de la voirie, nous avons sensiblement amélioré l’état des routes en nivelant les nids de poule qui empêchaient les gens de circuler convenablement. Pour les tronçons qui restent à réparer, ce n’est qu’une question de temps. Nous aménageons aussi des espaces publics dans la ville de Niamey. Enfin, nous ne sommes pas en reste sur le curage des caniveaux pour mettre la population à l’abri des inondations. Je pense aux travaux de franchissement de la vallée Gountou-Yéna qui, malheureusement, a été urbanisée, mais elle ne doit pas constituer un obstacle, une rupture urbaine. Enfin, nous avons éclairé tous les grands axes de la ville de Niamey ainsi que les espaces publics et les lieux de regroupement et/ou de forte fréquentation. Nous souhaitons que la ville de Niamey vive 24 heures sur 24 parce que c’est cela, une ville ! Un territoire urbain, forte concentration d’êtres humains et d’activités, vit aussi la nuit. Cela est possible grâce aux techniciens de la ville présents sur le terrain matin, midi et soir. Aujourd’hui, la prise en charge des services essentiels de la ville de Niamey est effective et nous allons poursuivre cette dynamique. Nos engagements sur les trois axes prioritaires sont tenus et nous savons que cela est apprécié par la population. Nous comptons servir les attentes des uns et des autres avec responsabilité, loyauté et détermination. Je rappelle que notre objectif global est d’inscrire Niamey dans une politique de ville durable, ce qui passe surtout par une capacité à traiter les problèmes en amont, à ne plus être constamment dans la réaction. Nous mettons en place des mesures pour anticiper les besoins. Nous cherchons à impliquer les habitants, en lançant par exemple une application Internet e-nyala et un numéro vert qui leur permet de nous alerter en direct.

Justement, comment s’inscrit dans un schéma durable le programme Niamey Nyalavoulu par le président Issoufou et dont l’ambition à court terme est de recevoir décemment les participants au sommet de l’UA en juillet 2019 ?

Pour ce qui est du concept de durabilité, l’on constate que l’implantation et la gestion des réseaux n’est souvent pas en adéquation avec les réalités du terrain car elle est calquée sur un modèle de ville développée. Le changement de paradigme est essentiel pour tendre vers la durabilité. Chaque ville a sa réalité : nous devons trouver les techniques appropriées à Niamey. Il faut dialoguer avec les habitants : d’abord les ménages, puis le quartier. Nous voulons valoriser et moderniser des techniques locales qui disparaissent. Nous promouvons une économie verte, de nouvelles techniques, de nouveaux métiers de la ville pour tendre vers une gestion soutenable et moins coûteuse. Nous aspirons à rejoindre le rang des grandes villes africaines et à devenir un modèle pour l’ensemble du Niger et à l’international. Le président de la République a lancé le programme spécial Niamey Nyala (Niamey la coquette), qui vise à la fois des équipements structurants dignes d’une capitale – santé, voirie, aménagement, éclairage public, etc. – et le fonctionnement quotidien des services essentiels à la population. Notre volonté politique est que Niamey rayonne, mais prenne aussi soin de ses administrés.

Propos rassemblés par Andju Ani (avec Niger Inter Magazine et Villes en développement)

Auteur

EA Magazine

Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.

EA Magazine LLB Afrique
Économies Africaines apporte un nouvel éclairage sur l’évolution des pays du continent africain, ces pays en pleine transition et en plein essor.
SAVOIR PLUS
ARTICLES RÉCENTS
Contact Info
LLB Afrique
  • 91 Rue FAUBOURG ST HONORE 75008 Paris – France
  • +33 1 42 65 25 52